Salinité de l’eau d’irrigation au Maroc

Par 22 min de lecture

Salinité de l’eau d’irrigation au Maroc : seuils, risques et solutions pour les cultures.

La salinité de l’eau d’irrigation constitue une contrainte agronomique majeure dans plusieurs bassins agricoles marocains soumis à la pression sur les ressources hydriques. Dans le Souss-Massa, le Haouz et d’autres périmètres irrigués, la qualité de l’eau doit être prise en compte au même titre que sa disponibilité. Une eau présentant une conductivité électrique élevée peut perturber l’absorption hydrique, favoriser l’accumulation de sels dans la zone racinaire et pénaliser les cultures sensibles. Pourtant, une eau saline n’est pas systématiquement impropre à l’irrigation. Son utilisation dépend de sa composition chimique, de la tolérance des cultures, des caractéristiques du sol et de la capacité de drainage.

Pourquoi la salinité de l’eau d’irrigation pose-t-elle problème au Maroc ?

Dans les régions agricoles à climat aride ou semi-aride, l’irrigation constitue souvent une condition indispensable à la production. Cependant, l’eau apportée aux cultures transporte naturellement des sels dissous, notamment des ions sodium, calcium, magnésium, chlorure, sulfate et bicarbonate.

Lorsque l’eau est absorbée par les racines ou s’évapore, une partie des sels demeure dans le sol. En l’absence de lessivage suffisant, ces éléments peuvent progressivement s’accumuler dans la zone racinaire.

Cette accumulation augmente la concentration de la solution du sol et rend l’absorption de l’eau plus difficile pour les plantes. Le phénomène peut survenir même lorsque le sol semble suffisamment humide.

Au Maroc, cette problématique prend une dimension particulière dans les périmètres où l’irrigation repose sur des ressources souterraines présentant une minéralisation variable.

Le cas du Souss-Massa

Une étude conduite par des chercheurs marocains sur les eaux souterraines du périmètre irrigué de l’Issen a mis en évidence une hétérogénéité importante de la qualité chimique des ressources.

Les analyses de 36 puits, réalisées au cours de trois campagnes en 2013 et 2014, ont montré que 11 % des points étudiés présentaient une conductivité électrique supérieure à 3 dS/m.

Publiés en 2018 dans la revue Irrigation and Drainage, ces résultats soulignent l’importance d’une gestion différenciée des ressources hydriques.

Ils ne permettent toutefois pas de déterminer la situation de l’ensemble des exploitations du Souss-Massa en 2026.

Pour les producteurs, l’enjeu consiste donc à disposer d’analyses représentatives de leur propre ressource, qu’il s’agisse d’un forage, d’un réseau collectif ou d’un mélange de plusieurs eaux.

Comment mesurer la salinité de l’eau d’irrigation ?

La mesure la plus couramment utilisée est la conductivité électrique, ou CE.

Elle traduit la capacité d’une solution aqueuse à conduire un courant électrique, laquelle dépend principalement de la concentration et de la nature des ions dissous.

Plus l’eau est minéralisée, plus sa conductivité électrique tend à augmenter.

La CE est généralement exprimée en décisiemens par mètre (dS/m), en millisiemens par centimètre (mS/cm) ou en microsiemens par centimètre (µS/cm).

Comprendre les unités de conductivité

MesureÉquivalence
1 dS/m1 mS/cm
1 dS/m1 000 µS/cm
1,5 dS/m1 500 µS/cm
2 dS/m2 000 µS/cm
3 dS/m3 000 µS/cm

Les valeurs doivent être comparées à une température de référence, généralement 25 °C. Les conductimètres dotés d’une compensation automatique de température facilitent les mesures, sous réserve d’un étalonnage adapté.

La conductivité indique le niveau global de minéralisation, mais elle ne permet pas d’identifier les sels présents.

Deux eaux présentant une CE identique peuvent avoir des compositions chimiques différentes et entraîner des risques agronomiques distincts.

Ph : DR - Salinisation du solVisuel d'illustration des dépôts salins à la surface du sol.
Ph : DR – Salinisation du sol Visuel d’illustration des dépôts salins à la surface du sol.

Quels sont les seuils de salinité recommandés par la FAO ?

Les recommandations de la FAO, établies notamment dans le document Water Quality for Agriculture d’Ayers et Westcot, proposent des classes d’interprétation de la conductivité de l’eau d’irrigation.

Ces valeurs ne correspondent pas à des limites réglementaires universelles. Elles servent à apprécier le degré de restriction d’utilisation dans des conditions agronomiques données.

Conductivité de l’eau (ECw)Degré de restriction FAOInterprétation
Inférieure à 0,7 dS/mAucune restriction générale liée à la salinitéRisque salin généralement limité
De 0,7 à 3 dS/mRestriction légère à modéréeGestion adaptée selon culture, sol et drainage
Supérieure à 3 dS/mRestriction sévèreÉvaluation approfondie et gestion spécifique nécessaires

Source : FAO, Ayers et Westcot, 1985, tableau 1.

Une conductivité de 2 dS/m ne signifie donc pas automatiquement que l’eau est inutilisable. En revanche, elle peut devenir problématique pour une culture sensible ou dans un sol où les sels s’accumulent.

À l’inverse, une eau faiblement minéralisée n’est pas toujours dépourvue de risque pour la structure du sol, notamment lorsque sa composition ionique est défavorable.

Quelle différence entre la salinité de l’eau et celle du sol ?

Sol salin, sol sodique ou sol salino-sodique : trois diagnostics différents

Un sol salin contient une concentration élevée de sels solubles. Un sol sodique présente une proportion excessive de sodium sur le complexe d’échange, avec un risque de dispersion des argiles, de dégradation structurale et de baisse de l’infiltration. Un sol salino-sodique cumule ces contraintes. La conductivité ECe renseigne sur les sels solubles, tandis que le pourcentage de sodium échangeable (ESP) et, selon les méthodes, d’autres indicateurs d’échange cationique aident à caractériser la sodicité. Le pH et la composition du complexe d’échange complètent le diagnostic. Des seuils historiques de classification existent, mais ils ne doivent pas remplacer une interprétation pédologique spécifique à la parcelle.

Dans les sols à problème, il est utile de réaliser des prélèvements par horizons dans la zone racinaire et de comparer des campagnes réalisées à des périodes comparables. Une mesure de CE effectuée directement sur une suspension sol-eau de rapport arbitraire n’est pas interchangeable avec l’ECe mesurée par la méthode de pâte saturée.

Illustration à intégrer : photographie originale de salinisation du sol, avec crédit et droits vérifiés.

Il est indispensable de distinguer la conductivité de l’eau d’irrigation, notée ECw, de la conductivité de l’extrait de pâte saturée du sol, notée ECe.

L’ECw caractérise l’eau apportée à la parcelle.

L’ECe est une mesure de laboratoire permettant d’évaluer la salinité du sol et d’interpréter les risques pour les cultures à partir de références agronomiques standardisées.

La solution du sol peut devenir plus concentrée que l’eau d’irrigation sous l’effet de l’évapotranspiration.

Par conséquent, une ECw de 2 dS/m ne signifie pas que l’ECe du sol sera également de 2 dS/m.

La relation dépend notamment des apports d’eau, du lessivage, de la texture, des caractéristiques chimiques du sol et de la profondeur racinaire.

Une mesure réalisée directement dans la solution drainée d’une culture hors-sol ne doit pas non plus être assimilée à une ECe mesurée sur un extrait de pâte saturée.

Quelle est la tolérance des principales cultures agricoles à la salinité ?

Toutes les cultures ne présentent pas la même sensibilité aux sels.

Les références FAO et les travaux de Maas et Hoffman distinguent plusieurs niveaux de tolérance. Ils utilisent notamment un seuil de conductivité du sol à partir duquel le rendement commence à diminuer dans le cadre de leur modèle expérimental.

Ce seuil dépend de la culture et des conditions de production. Il ne doit pas être interprété comme une valeur garantissant systématiquement un rendement maximal.

Seuils indicatifs de salinité du sol selon les cultures

CultureSeuil ECe indicatif à partir duquel le rendement peut commencer à diminuer
Fraisier1,0 dS/m
Haricot1,0 dS/m
Oignon1,2 dS/m
Avocatier1,3 dS/m
Poivron1,5 dS/m
Agrumes (orange)1,7 dS/m
Tomate2,5 dS/m
Concombre2,5 dS/m
Palmier dattier4,0 dS/m
Blé6,0 dS/m
Orge8,0 dS/m

Source : FAO, Irrigation and Drainage Paper 67, Multiple Uses of Water Services in Large Irrigation Systems, tableau A1.3 (valeurs reprises de Maas et Hoffman, 1977). Ces seuils concernent l’ECe mesurée sur extrait de pâte saturée du sol, et non l’ECw de l’eau. Leur usage reste indicatif en fonction des variétés, des porte-greffes et des conditions agronomiques.

Ces données montrent notamment que l’avocatier, le fraisier et le haricot présentent une sensibilité relativement élevée.

La tomate dispose d’une tolérance supérieure à celle de plusieurs autres cultures maraîchères, mais une salinité excessive peut néanmoins réduire sa croissance et sa productivité.

Dans les plantations fruitières, la sensibilité aux ions spécifiques, notamment au chlorure et au sodium, peut également varier selon le porte-greffe.

Le cas de la tomate sous serre dans le Souss-Massa

Sous serre, la gestion de la salinité doit intégrer la qualité de l’eau, les apports de fertilisants et l’évolution de la conductivité dans la zone racinaire.

Une conductivité élevée de la solution nutritive ne correspond pas nécessairement à une salinité excessive de l’eau brute. Les sels apportés par les engrais contribuent également à la CE totale.

Il faut donc distinguer la minéralisation initiale de l’eau, la concentration de la solution fertilisante et la conductivité mesurée dans le sol ou le drainage.

Dans les systèmes hors-sol, une gestion insuffisante des apports et du drainage peut favoriser une accumulation rapide des sels dans le substrat.

Sodium, chlorures et bore : les risques ne se limitent pas à la conductivité

La salinité globale représente une première information, mais elle ne suffit pas pour juger de la qualité agronomique d’une eau.

Certains ions peuvent exercer des effets spécifiques sur les plantes ou sur les propriétés physiques du sol.

Le sodium, lorsqu’il devient dominant par rapport au calcium et au magnésium, peut favoriser des problèmes de dispersion des argiles et de dégradation de la structure du sol.

Les chlorures peuvent provoquer des toxicités spécifiques chez certaines cultures, notamment des espèces fruitières sensibles.

Le bore, bien qu’indispensable à faible concentration, peut également devenir toxique lorsque sa concentration dépasse la tolérance de la culture.

L’évaluation complète doit donc intégrer les analyses chimiques détaillées.

Qu’est-ce que le SAR et pourquoi faut-il le mesurer ?

Le SAR, ou Sodium Adsorption Ratio, est un indicateur utilisé pour évaluer le risque associé à la proportion de sodium dans l’eau d’irrigation par rapport au calcium et au magnésium.

Il constitue un outil important pour apprécier le risque de sodisation et de dégradation de certaines propriétés physiques du sol.

La formule est la suivante :

SAR = Na / √((Ca + Mg) / 2)

Les concentrations de sodium, calcium et magnésium doivent être exprimées en millimoles de charge par litre (mmolc/L), également appelées milliéquivalents par litre (meq/L) dans ce contexte.

Il ne faut pas introduire directement dans la formule des concentrations exprimées en mg/L sans conversion préalable.

Exemple de calcul du SAR

Prenons une analyse d’eau fictive présentant les concentrations suivantes :

IonConcentration hypothétique
Sodium (Na)8 mmolc/L
Calcium (Ca)4 mmolc/L
Magnésium (Mg)2 mmolc/L

Le calcul devient :

SAR = 8 / √((4 + 2) / 2)

Le résultat est d’environ 4,62.

Cette valeur ne permet cependant pas, à elle seule, de conclure sur le risque d’infiltration.

Les recommandations FAO évaluent conjointement le SAR et la conductivité électrique, car l’effet du sodium sur la structure du sol dépend également de la concentration totale en électrolytes.

Une eau présentant un SAR donné peut ainsi provoquer des problèmes d’infiltration plus importants lorsque sa conductivité est très faible.

L’interprétation exige également de connaître la texture du sol, sa minéralogie et son état structural.

Comment reconnaître un problème de salinité dans une exploitation ?

Les effets de la salinité peuvent être progressifs et parfois difficiles à distinguer d’autres stress.

Une diminution de croissance, une baisse de vigueur ou une réduction du rendement peuvent apparaître sans symptôme visuel immédiatement caractéristique.

Lorsque le stress devient important, des brûlures marginales, des nécroses foliaires ou une défoliation peuvent être observées, selon l’espèce et les ions impliqués.

Cependant, des symptômes comparables peuvent également résulter de déséquilibres nutritifs, d’un déficit hydrique, d’un stress thermique ou d’autres causes.

Une croûte blanchâtre à la surface du sol peut suggérer une accumulation de sels, mais son absence ne permet pas d’écarter un problème de salinité dans la zone racinaire.

Le diagnostic doit donc reposer sur l’analyse de l’eau, du sol et, lorsque cela est pertinent, des tissus végétaux.

Comment réduire les effets de la salinité de l’eau d’irrigation ?

La gestion agronomique dépend de la nature du problème.

Lorsqu’il s’agit principalement d’une accumulation de sels solubles, l’objectif consiste à maintenir leur concentration dans la zone racinaire à un niveau compatible avec la tolérance de la culture.

Cela nécessite une irrigation maîtrisée et, dans certaines situations, un lessivage approprié.

Toutefois, les solutions varient selon la disponibilité en eau, le drainage et la nature chimique des sels.

Adapter le pilotage de l’irrigation

Des apports mieux répartis peuvent contribuer à limiter les fluctuations importantes de salinité et de disponibilité hydrique dans la zone racinaire.

La fréquence d’irrigation doit tenir compte du système de culture, de la réserve utile du sol et des caractéristiques du réseau.

Un fractionnement plus important peut être pertinent dans certains sols sableux ou substrats à faible capacité de rétention.

Il ne constitue pas pour autant une solution universelle.

La distribution de l’eau doit également être suffisamment uniforme pour éviter des zones recevant des volumes insuffisants.

Assurer un lessivage des sels lorsque cela est nécessaire

Le lessivage consiste à faire circuler une quantité d’eau suffisante à travers la zone racinaire afin d’entraîner une partie des sels vers les horizons inférieurs.

Son efficacité suppose que le sol permette cette circulation et qu’un drainage satisfaisant évacue les sels.

Un apport supplémentaire d’eau sur un sol mal drainé peut au contraire accentuer l’engorgement, favoriser la remontée d’une nappe et aggraver le problème à moyen terme.

La fraction de lessivage doit donc être calculée à partir de la qualité de l’eau, de la tolérance de la culture et des conditions de la parcelle.

Il n’existe pas de pourcentage universel à ajouter systématiquement aux doses d’irrigation.

Éviter les erreurs liées à la fertilisation

Les engrais solubles contribuent à la conductivité de la solution du sol.

Lorsque l’eau d’irrigation est déjà fortement minéralisée, les apports fertilisants doivent être raisonnés avec une attention particulière.

Une analyse complète permet de connaître les éléments nutritifs déjà présents dans l’eau et de les intégrer au bilan de fertilisation.

Le suivi du pH, des bicarbonates et de la composition ionique permet aussi d’anticiper les risques de précipitation et certains déséquilibres nutritionnels.

Réduire systématiquement les engrais sans diagnostic ne constitue cependant pas une stratégie appropriée, car cela peut provoquer de véritables carences.

Le gypse permet-il de corriger un problème de salinité ?

Le gypse agricole, ou sulfate de calcium, est parfois utilisé dans les programmes d’amendement des sols affectés par le sodium.

Son intérêt réside dans l’apport de calcium, susceptible de favoriser le remplacement du sodium échangeable sur le complexe d’échange du sol, lorsque les conditions chimiques s’y prêtent.

Cependant, il faut distinguer deux situations.

Un sol salin présente une concentration excessive de sels solubles.

Un sol sodique présente un déséquilibre lié au sodium échangeable, pouvant détériorer la structure et l’infiltration.

Un sol peut également être à la fois salin et sodique.

L’application de gypse n’est donc pas automatiquement justifiée par une conductivité électrique élevée.

Elle doit dépendre d’un diagnostic comprenant notamment la composition du sol, le sodium échangeable, la présence de calcium et les conditions de drainage.

De plus, remplacer le sodium échangeable ne suffit pas : son évacuation hors de la zone racinaire nécessite une circulation d’eau et un drainage appropriés.

Mélanger différentes eaux d’irrigation : une solution possible ?

Lorsqu’une exploitation dispose de plusieurs ressources, le mélange d’eaux présentant des salinités différentes peut permettre de réduire la concentration globale des sels apportés.

Il faut toutefois raisonner le mélange à partir de la composition chimique des eaux, et non uniquement de leur conductivité.

La proportion de sodium, de calcium, de magnésium et les concentrations en bicarbonates peuvent modifier le risque d’infiltration.

Le mélange doit aussi rester économiquement et techniquement compatible avec les besoins de l’exploitation.

Une vérification analytique de l’eau effectivement distribuée permet de confirmer la qualité obtenue.

Dessalement et irrigation : quelles limites agronomiques ?

Le dessalement constitue une solution possible pour produire une eau moins minéralisée à partir d’une ressource saline.

Dans le Souss-Massa, cette question est particulièrement importante dans le contexte de la diversification des ressources mobilisées pour l’agriculture.

Une eau dessalée peut présenter une faible concentration en sels, mais elle doit néanmoins être évaluée selon sa composition chimique et les caractéristiques du sol.

Une eau très faiblement minéralisée n’est pas automatiquement optimale pour toutes les situations d’irrigation, notamment du point de vue de la stabilité structurale de certains sols.

En culture hors-sol, la fertigation permet de reconstituer une solution nutritive adaptée aux besoins des plantes.

En culture sur sol, l’évaluation doit également porter sur le calcium, le magnésium, les bicarbonates, le sodium et les effets possibles sur l’infiltration.

Le choix entre eau conventionnelle, mélange et eau dessalée dépend donc d’un ensemble de paramètres techniques et économiques.

Comment mettre en place un suivi de la salinité dans une exploitation agricole ?

La maîtrise de la salinité nécessite un suivi régulier plutôt qu’une analyse ponctuelle isolée.

L’analyse de la ressource en eau permet de connaître sa qualité initiale.

Les mesures de conductivité et les analyses du sol renseignent ensuite sur l’évolution de la salinité dans la zone racinaire.

Dans les cultures hors-sol, le contrôle des solutions d’apport et de drainage apporte des informations complémentaires sur la gestion des sels.

ParamètreObjectif du suivi
ECw de l’eau d’irrigationÉvaluer la minéralisation de la ressource
Sodium, calcium, magnésiumCalculer le SAR
Chlorures et boreIdentifier les risques de toxicité spécifiques
pH et bicarbonatesÉvaluer les équilibres chimiques et risques de précipitation
ECe du solMesurer la salinité de la zone racinaire selon une méthode standardisée
Sodium échangeable du solApprécier le risque de sodicité
Humidité et drainageVérifier le fonctionnement hydrique de la parcelle
EC de la solution de drainage en hors-solSuivre l’évolution de la concentration en sels dans le système

La fréquence des contrôles doit être adaptée à la variabilité de la ressource, à la sensibilité des cultures et au système d’irrigation.

Une exploitation utilisant des eaux de plusieurs origines doit notamment être attentive aux modifications de qualité après chaque changement important d’approvisionnement.

Questions fréquentes sur la salinité de l’eau d’irrigation

À partir de quelle conductivité une eau devient-elle trop salée pour irriguer ?

Selon la FAO, une ECw comprise entre 0,7 et 3 dS/m correspond à une restriction légère à modérée, et une ECw supérieure à 3 dS/m à une restriction sévère. Ces catégories ne constituent pas des interdictions absolues : la culture, le sol et le drainage déterminent les possibilités réelles d’utilisation.

Une eau à 2 dS/m peut-elle irriguer la tomate ?

Une telle eau peut être utilisée dans certaines conditions, mais sa compatibilité avec la production dépend notamment de la salinité réelle de la zone racinaire, de la conduite de l’irrigation, du drainage et du système cultural. Il n’est pas possible de garantir un rendement à partir de l’ECw seule.

Quelle différence entre EC et SAR ?

L’EC mesure la conductivité électrique et sert d’indicateur global de minéralisation. Le SAR renseigne sur la proportion relative de sodium par rapport au calcium et au magnésium. Les deux indicateurs sont complémentaires.

Comment faire baisser la salinité du sol ?

Lorsque le problème est lié à l’accumulation de sels solubles, un lessivage adapté associé à un drainage efficace peut permettre de réduire leur concentration. La stratégie doit tenir compte de la qualité de l’eau disponible et des caractéristiques du sol.

Le goutte-à-goutte élimine-t-il les problèmes de salinité ?

Non. Il permet de mieux localiser et piloter les apports, mais les sels peuvent continuer à s’accumuler dans certaines zones du bulbe humide et à ses marges. La surveillance du sol reste nécessaire.

Peut-on mesurer la salinité avec un conductimètre portable ?

Oui, un conductimètre correctement étalonné permet de mesurer la conductivité électrique de l’eau. Il ne remplace toutefois pas une analyse chimique complète nécessaire pour calculer le SAR et identifier les ions présentant des risques spécifiques.

Une meilleure connaissance de l’eau pour sécuriser les productions

La salinité de l’eau d’irrigation représente un enjeu agronomique durable pour les exploitations marocaines, particulièrement dans les régions soumises à une forte pression sur les ressources hydriques.

Mais la conductivité électrique, prise isolément, ne suffit pas pour décider de l’aptitude d’une eau à l’irrigation.

L’interprétation doit associer la composition ionique, le SAR, la tolérance des cultures, l’état du sol et la capacité de drainage.

Pour les producteurs du Souss-Massa, du Haouz et des autres bassins irrigués du Royaume, une gestion fondée sur des analyses fiables et un suivi de terrain constitue un moyen essentiel de limiter les risques d’accumulation de sels, de préserver le fonctionnement des sols et de sécuriser durablement la production agricole.

Convertir une analyse en mg/L avant de calculer le SAR

Certains laboratoires marocains présentent les concentrations en mg/L. Pour obtenir des milliéquivalents par litre (meq/L), il faut diviser la concentration massique par la masse équivalente de l’ion : sodium ÷ 22,99 ; calcium ÷ 20,04 ; magnésium ÷ 12,15. Ces facteurs tiennent compte de la valence des ions.

IonExemple en mg/LConversionRésultat approché
Sodium (Na⁺)184184 ÷ 22,998,00 meq/L
Calcium (Ca²⁺)80,280,2 ÷ 20,044,00 meq/L
Magnésium (Mg²⁺)24,324,3 ÷ 12,152,00 meq/L

Ces chiffres sont fictifs et servent uniquement à reproduire l’exemple de calcul. Dans une analyse réelle, le calcul du SAR doit être associé à l’ECw et à la composition complète de l’eau.

Ce que montrent les études marocaines publiées en 2025 et 2026

Une synthèse scientifique publiée en octobre 2025 dans Journal of Hydrology: Regional Studies par Miftah et ses coauteurs examine la qualité des eaux marocaines et souligne la dégradation de plusieurs nappes souterraines, en lien notamment avec la salinité et les nitrates. Ses conclusions ne constituent pas un inventaire exhaustif de la qualité de chaque forage agricole en 2026. Consulter l’étude nationale de 2025.

Dans la plaine de Triffa, au nord-est du Maroc, une étude de Lazaar, El Moatassem et Kebede, publiée en ligne le 20 décembre 2025 dans Applied Water Science (volume 16, article 46, 2026), classe 88,88 % des échantillons d’eaux souterraines de forages étudiés dans les catégories de restriction élevée à sévère de son indice de qualité pour l’irrigation (IWQI). Cette proportion concerne l’échantillon de l’étude et son indice composite, et ne correspond ni à un taux régional de sols salinisés ni à la seule proportion d’eaux présentant une CE supérieure à 3 dS/m. Lire la publication scientifique.

Dans le Gharb, une étude de Ghachoui El Hassan et ses coauteurs, publiée en ligne le 23 octobre 2025 dans Water Science, rapporte que 50 % des échantillons d’eaux souterraines analysés à Souk El Arbaa sont classés impropres à l’irrigation selon l’évaluation de leur salinité. Les auteurs relèvent également des risques liés à la composition ionique de certains prélèvements. Ce chiffre ne décrit pas l’ensemble des ressources du Gharb. Consulter l’étude sur Souk El Arbaa.

Ces travaux récents confirment surtout que la qualité des eaux souterraines varie fortement selon les bassins et les points de prélèvement. Ils ne permettent pas de déduire un niveau national unique de salinité pour 2026. Une analyse représentative de la ressource utilisée par l’exploitation reste indispensable.

Sources :

SourceInformations utiliséesLien
FAO — Ayers et Westcot (1985)Classes de salinité, ECw, SAR, risque d’infiltrationWater Quality for Agriculture
FAO — Gestion de la salinitéLessivage, drainage, tolérance et gestion de l’eauSalinity Problems
FAO — Multiple Uses of Water Services in Large Irrigation Systems (Paper 67)Seuils ECe des principales culturesPublication FAO
INRA Maroc, El Oumlouki et al. (2018)Étude des eaux souterraines du périmètre IssenÉtude scientifique Souss-Massa
Bouchaou et al. (2008)Salinisation et hydrogéochimie de la nappe Souss-MassaJournal of Hydrology
Miftah et al. (2025)Synthèse marocaine : salinité et qualité des nappesJournal of Hydrology: Regional Studies
Lazaar, El Moatassem et Kebede (2025, vol. 2026)Plaine de Triffa : indice IWQI et restriction d’usageApplied Water Science
Ghachoui El Hassan et al. (2025)Souk El Arbaa : diagnostic des eaux souterrainesWater Science

Les seuils de salinité et les risques d’infiltration proviennent des recommandations FAO. Les seuils ECe des cultures sont des références de tolérance agronomique, et non des limites de conductivité de l’eau d’irrigation.

Catégories : Quelles techniques d’irrigation choisir ?, Technique

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