AgriMaroc AgriAlgerie AgriTunisie
samedi 4 février 2023
Accueil / Technique / Cahier Technique / Culture de la tomate au Maroc
Peut-on cultiver des tomates en plein champ de manière durable ?
Tomates - Ph: DR

Culture de la tomate au Maroc

Tomate : aires de cultures, exigences pédoclimatiques, matériel végétal installation fertilisation et irrigation.

La tomate (Solanum lycopersicum L) est une plante herbacée qui appartient à la famille des Solanaceae et du genre Solanum. Au Maroc, cette plante est surtout cultivée dans les régions d’El Jadida, Oualidia, Casablanca et dans le Souss Massa. A El Jadida et Casablanca, on effectue la majorité des serres sont localisées sur le Littoral et il s’agit surtout des primeurs et des cultures d’arrière-saison. La culture de la tomate disposait d’une superficie totale lors de la campagne 2021, presque 10 000 hectares.

Exigences pédoclimatiques pour la croissance des tomates

Pour faire croître de tomates, il faut répondre à quelques exigences pédoclimatiques :

  • Température et lumière : les tomates sont des saisons chaudes. Une température basse (<10°C) ralentira la croissance et le développement des plantes. Elle entraînera également des ramifications des bouquets, la formation des fleurs fasciées et des difficultés de nouaison. En dessous de 17°C, le pollen ne peut germer convenablement, surtout en cas de faible humidité. A l’inverse, des températures élevées favorisent la croissance de la plante au détriment de l’inflorescence. Au-dessus de 30°C, le lycopène (pigment responsable de la coloration rouge du fruit) ne se forme plus.

Il faut donc réunir les conditions optimales qui sont :

  • 20 – 25°C pour les températures diurnes,
  • 13 -17°C pour les températures nocturnes,
  • 14°C – 18°C pour la température du sol.

Par ailleurs, la photopériode n’a aucune incidence sur la culture de tomate, même si elle est exigeante en matière d’énergie lumineuse et qu’un manque peut affecter l’induction florale. Ainsi, la diminution de la lumière amoindrit le pourcentage de germination du pollen.

  • Le type de sol : en ce qui concerne le type de sol, la tomate n’a pas d’exigences particulières. En revanche, elle s’accommode encore mieux aux sols profonds, meubles, aérés et bien drainés. Par conséquent, une texture sablonneuse, ou sablo-limoneuse lui conviendra parfaitement. La tomate tolère également une salinité modérée et est indifférente au pH du sol.

Préparation de la pépinière

Pour la production des plants, il faut procéder comme suit :

  • Les semis : la période de semis de la tomate primeur commence à la mi-juillet et se termine fin septembre pour les plus tardives. Les semis se feront en plateaux alvéolés et il faut prévoir 70 à 80 grammes de semences et 40 à 50 sacs de 80 litres de tourbe. Lorsqu’il s’agit d’un greffage, la quantité de semences du porte-greffe et celle de la tourbe seront majorées de 20 à 30 % à cause de la faible capacité de germination du porte-greffe.

Pensez également à recouvrir les plateaux d’un film plastique les 2 à 3 premiers jours afin de garantir une bonne germination.

Pour entretenir la pépinière, il faut procéder comme suit :

  • En cas de forte chaleur, ombrer la pépinière,
  • Installer un filet protecteur à toutes les ouvertures de la serre pour éviter la nuisance des insectes,
  • Enlever les plants malades ou chétifs,
  • L’irrigation débute au troisième jour de semi à l’aide d’un arrosoir en fonction de l’humidité du substrat et éviter tout excès.
  • Pour protéger les plants des rongeurs, rien de tels que des appâts empoisonnés postés de part et d’autre de la pépinière,
  • Une fois par semaine, traiter les plants à l’aide de fongicides et d’insecticides pour éviter que les plants tombent malades ou alors que les ravageurs ne détruisent les plants.

Il faut attendre 3 à 4 semaines après les semis, lorsque les plants commencent à donner 3 à 4 feuilles vraies pour procéder à la plantation. On irrigue le sol (surtout, s’il est sablonneux) juste avant la plantation et on veille à ne pas arroser les plants 1 à 2 jours avant la plantation.

Installation de la culture de tomate

Avant l’installation de la culture, il faut préparer le sol. Pour ce faire, un sous-solage est requis si la terre est trop argileuse afin de rompre la semelle de labour et le tassement du sol. On veille également à couper le système racinaire précédent. L’idéal est de d’effectuer une rotation culturale comme des céréales afin de briser le cycle d’adventices et de maladies telluriques.

On laboure le sol de façon superficielle pour ameublir le sol et favoriser un bon enracinement des plants de tomates.

Avant d’installer les serres, on procède comme suit :

  • Ôter les pierres si cela s’avère nécessaire,
  • Effectuer un labour profond sur 30 cm,
  • Faites passer la déchaumeuse au moins 2 fois pour ameublir le sol et bien l’aérer,
  • Travailler la densité de la plantation.

Si l’on applique les bonnes techniques culturales, une irrigation fertilisante localisée, la plantation devient rapidement dense. La densité recommandée pour une plantation est de 18 000 à 20 000 plants/ha. Toutefois, vous pouvez la réduire à 12 000 plants/ha s’il s’agit de plant greffés, généralement conduits en 2 bras.

Opérations culturales essentielles

Les principales opérations culturales sont :

  • Le montage des serres,
  • La confection des billons ou lignes de plantations,
  • L’installation du paillage plastique,
  • La désinfection du sol,
  • La gestion de la floraison/nouaison/bourdons pollinisateur,
  • L’Effeuillage, ébourgeonnage, écimage et palissage,
  • La lutte contre les maladies et les ravageurs,
  • Les irrigations fertilisations régulières,
  • L’entretien brise vent si la tomate est plantée en plein champ,
  • Et enfin la récolte.

Techniques de fertilisation

Tenant compte des conditions pédoclimatiques du Maroc, les normes d’exportation de la tomate (fruit et appareil végétatif) en unités/tonne du fruit sont de : N : 2.8 – P205 : 0.85 – K2O : 6 – CaS : 2.8 – MgO : 1.3. Notons que le potassium est le principal constituant minéral de la tomate. Par conséquent, il représente l’élément majeur dans un plan de fumure de tomate sous serre. Le calcium quant à lui est un minéral décisif pour la qualité et la fermeté du fruit.

  • Fumure de fond : S’il s’agit d’une fumure organique, il faut respecter le dosage de 50 à 60 t/ha de fumier bien décomposé si possible. Pour une fumure minérale, la formule est la suivante : N : 100, P205 : 200, K2O : 200, MgO : 50. Ces doses sont à corriger en fonction du type des résultats de l’analyse du sol. Dans un système d’irrigation goutte-à-goutte, il n’est pas nécessaire d’employer la fumure de fond, à moins qu’on souhaite effectuer une correction massive de la structure du sol (ajout de gypse par exemple).
  • Fumure de couverture : en unité/ha, on a : N : 350, P205 : 250, K2O : 550, MgO : 100. Les engrais de couverture sont généralement fractionnés et appliqués en fertigation. Pour le dosage, il faut tenir compte des conditions pédoclimatiques et des stade phénologiques de la plante. Une analyse régulière (feuille et sol en particulier) et une observation visuelle suffisent pour l’amendement du programme de fumure minérale. Lorsque les conditions d’alcalinité sont élevées, il est préférable d’opter pour les formes à fort pouvoir acidifiant. Et l’acidification de la solution fille est recommandée en tenant compte des apports d’éléments N-P-K contenus dans l’acide choisi. Vous pouvez plutôt opter pour l’apport de matière organique et de gypse.

Programme d’irrigation

Il est recommandé d’effectuer des arrosages réguliers pour maintenir le sol humide. On calcule les doses journalières en fonction des paramètres d’évapotranspiration potentielle et des caractéristiques physico-chimiques du sol, tout particulièrement la rétention d’eau. Selon les conditions pédoclimatiques marocaines et sur la base d’un cycle de 9 à 10 mois et d’une densité moyenne de 18 000 plants/ha, les besoins en eau de la tomate sous serre conduite en irrigation goutte-à-goutte sont de 7 000 m3/ha répartis par période de la façon suivante :

Période Dose (litre/plant/jour)
Août – Septembre 0,5
Octobre – Novembre 1
Décembre – Février 1,5
Mars –fin de cycle 2 à 2,5

Il faut régler le débit des goutteurs sous 2 à 4 l/heure. Dans le cas de culture en lignes jumelées, il est possible d’installer un seul goutteur par 2 plants.

Pour la préparation des solutions mères, le pH doit être maintenu entre 5.8 et 6. A cet effet, on peut utiliser de l’acide nitrique ou de l’acide phosphorique en fonction des disponibilités afin d’ajuster le pH. L’utilisation de chacun de ces acides permet également le débouchage des goutteurs et représente une source d’éléments fertilisants. Par exemple, l’acide nitrique contient 20 unités d’azote par 100 litres.

Protection phytosanitaire des plants de tomate

Les principaux ravageurs de la tomate sont : la mouche blanche, la mineuse de la tomate Tuta absoluta, les noctuelles, les acariens, les pucerons et les nématodes. Qu’il s’agisse d’une culture sous serre ou en plein champ, il est essentiel d’utiliser des traitements préventifs et curatifs. Certes, sous abris, les insecticides sont moins utilisés, car il y a moins d’infiltration d’insectes au cours de la saison hivernale du cycle. Par conséquent, la lutte consiste essentiellement au recours du greffage, solarisation, compostage, hors sol, développement rapide de la lutte intégrée.

Les principales maladies fongiques de la tomate sont : la pourriture grise, le mildiou et l’oïdium. Voici comment lutter efficacement contre ces maladies :

Le mildiou :

  • On utilise les méthodes culturales et prophylactiques comme la rotation culturale avec des plantes non-hôtes.
  • Utilisation des semences saines,
  • Suppression des racines du précédent cultural et aération adéquate des serres,
  • Identification des gènes de résistance et usage des variétés capables de contrôler Phytophthora infestans,
  • Traitement chimique préventif, raisonné et judicieux,
  • Traitements préventifs en pépinière et en cours de culture pendant les périodes à risque.

Pourriture grise :

  • Dans ce cas, la lutte chimique est essentielle. Elle permet de ralentir la croissance de la maladie sans pour autant complètement détruire le champignon,
  • Supprimer les abris végétaux et protéger les blessures,
  • Réduire l’humidité de l’air dans les abris sous serre par une aération adéquate.

Maladies bactériennes : chancre bactérien, gale bactérienne, moelle noire et moucheture de tomate

  • Eviter les sols infestés,
  • Bien aérer les serres,
  • Eviter un excès d’azote,
  • Ôter les plants malades,
  • Utiliser des fongicides contenant du cuivre pour un effet bactériostatiques,
  • Désinfecter des abris-serre avant la phase de plantation,
  • Utiliser des semences certifiées,
  • Traiter les semences,
  • Opter pour des variétés résistantes.

L’oïdium :

  • Désinfection des structures avant implantation des nouvelles cultures,
  • Suppression des adventices susceptibles de devenir des hôtes potentiels du champignon,
  • Rotation culture, conduite culturale et entretien de la culture par la suppression des adventices sensibles à la maladie,
  • Traitements chimiques préventifs en pépinière et en cours de culture pendant les périodes à risque.

La maladie virale : TYLCV

  • Sélectionner des variétés résistantes,
  • Lutte préventive contre le vecteur Bemisia tabaci,
  • Lutte biologique en utilisant des prédateurs naturels tels que Encarsia formosa contre la mouche blanche,
  • Lutte culturale par la suppression des sources primaires et secondaires du virus en utilisant des filets étanches et en utilisant les plants sains.

Récolte et post récolte des cultures de tomate

Pour la récolte de la tomate sous serre, on procède manuellement et on échelonne sur 5 à 8 mois. Le stade de récolte dépend principalement de la variété, des conditions climatiques, de la destination et des moyens de transport.

Option de conditionnement de la tomate ronde :

  • Calibre 0 : 102 et plus.
  • Calibre 1 : [82 ; 102[.
  • Calibre 2 : [67 ; 82[.
  • Calibre 3 : [57 ; 67[.
  • Calibre 4 : [47 ; 57[.
  • Calibre 5 : [40 ; 47[.
  • Calibre 6 : [35 ; 40[.
  • Calibre 7 : [30 ; 35[

On distingue 3 degrés de coloration à l’export :

  • T : ce sont des tomates qui ont complètement atteint leur développement et qui ont une teinte jaunâtre à rose couvrant 10 à 30 % de leur épiderme,
  • T/R : ce sont des tomates dites mi-rouges. Elles ont généralement une teinte extérieure uniforme qui varie du rose à l’orange et qui recouvre 30 à 60 % de leur épiderme,
  • R : ce sont les tomates dites rouges. Vue de l’extérieur, elles ont une teinte uniforme qui varie du rougeâtre à rouge vif sur plus de 60 % de leur épiderme.

Concernant l’emballage, les tomates doivent être conditionnées de manière à assurer une bonne protection du produit. Les colis doivent porter les indications suivantes : origine, nature du produit, caractéristiques commerciales et marque commerciale.

Wikipedia
Arvalis
FAO
MAPM
Agriculture du Maghreb
AgriMaroc.net
EACCE
CMGP
Caldor
Gerbeaud
Unece

Regardez aussi

La culture de l'avocat en Afrique est promise à un bel avenir

L’avocatier dispose enfin de sa première carte génomique presque complète

La première carte du génome au monde d’un scientifique australien pour l’avocatier. C’est une première …

3 commentaires

  1. Tenemos posibilidad de combatir la Tuta Absoluta con *****

  2. Bonjour je suis fière du professionnalisme du système marocain pour la culture des agrumes. Je suis vraiment intéressé, je suis de la côte d’ivoire, je voudrais reproduire celà dans mon pays. La côte d’ivoire à un climat tempéré et souhaiterais profiter de cette faveur climatique pour sortir toutes l’Afrique de l’autosuffisance alimentaire. Bravo au peuple marocain pour les recherches scientifiques en matière de techniques de culture. Mon visite au maroc m’a laissé une impression de croire qu’on peut sortir du sous développement, l’Afrique à des terres riches et cultivables. Nous pouvons rêver d’un Afrique meilleures…. C’est une question de volonté et de décision politique…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.