Oïdium précoce sur courgette sous abri : faut-il intervenir ou attendre ?

Par 5 min de lecture Mis à jour Il y a 1 mois
Oïdium précoce sur courgette sous abri : faut-il intervenir ou attendre ? © Nextnews

Dans les cultures de courgette sous abri, l’apparition précoce de l’oïdium suscite chaque année des interrogations chez les producteurs. Lorsque les premières taches blanchâtres sont observées dès les stades végétatifs, la décision d’intervenir immédiatement ou d’attendre une évolution plus marquée de la maladie n’est jamais anodine. Elle engage à la fois le rendement, la qualité des fruits et la durabilité de la stratégie phytosanitaire.

L’oïdium de la courgette, principalement causé par Podosphaera xanthii, est une maladie bien connue des cultures de cucurbitacées sous climat méditerranéen. Les conditions rencontrées sous abri, caractérisées par des amplitudes thermiques marquées, une humidité relative modérée et une faible ventilation, sont favorables à son développement. Contrairement à d’autres maladies fongiques, l’oïdium ne nécessite pas d’eau libre pour se propager, ce qui explique sa fréquence même en périodes relativement sèches.

Les observations réalisées dans les serres maraîchères montrent que les premières contaminations peuvent apparaître très tôt, parfois avant la fermeture complète du couvert végétal. À ce stade, la maladie reste souvent localisée sur quelques feuilles âgées, avec une évolution lente. Les références techniques soulignent que la simple présence de symptômes précoces ne signifie pas systématiquement un risque immédiat pour la production. L’intensité de l’attaque dépend étroitement de la sensibilité variétale, de la vigueur de la culture et des conditions microclimatiques dans l’abri.

Une intervention systématique dès les premiers symptômes n’est pas toujours recommandée

La question de l’intervention précoce fait l’objet d’approches nuancées dans les guides techniques. Toute une panoplie de pesticides existent pour traiter. Une intervention systématique dès les premiers symptômes n’est pas toujours recommandée. Plusieurs travaux soulignent qu’un déclenchement trop précoce des traitements peut conduire à une multiplication des applications sans bénéfice agronomique réel, tout en augmentant la pression de sélection sur les populations de champignons. Cette problématique est particulièrement sensible pour les substances actives à mode d’action spécifique, largement utilisées contre l’oïdium.

Dans les conditions sous abri, l’évolution de l’oïdium peut cependant devenir rapide lorsque la température se stabilise entre 18 et 25 °C et que la ventilation est insuffisante. Les références européennes indiquent qu’une extension rapide des symptômes vers les jeunes feuilles constitue un seuil d’alerte technique. À ce stade, la surface foliaire fonctionnelle diminue, la photosynthèse est affectée et les conséquences sur le calibre et la régularité des fruits deviennent mesurables.

L’importance de la surveillance plutôt que sur une intervention automatique reste essentielle. L’observation régulière du feuillage, associée au suivi du microclimat sous abri, permet d’anticiper les phases à risque élevé. L’aération des serres, la gestion de la densité de plantation et l’équilibre de la fertilisation azotée sont identifiés comme des leviers agronomiques essentiels pour limiter la pression de la maladie avant toute intervention chimique.

une intervention raisonnée devient pertinente lorsque les facteurs de risque sont réunis et que la progression vers les feuilles jeunes est observée

Lorsque l’intervention devient nécessaire, les documents techniques rappellent que l’efficacité des traitements est maximale lorsque la maladie est encore peu développée, mais bien installée. Les stratégies reposant sur l’alternance de modes d’action et l’intégration de solutions de biocontrôle sont aujourd’hui privilégiées afin de limiter les phénomènes de résistance. Les essais conduits en conditions méditerranéennes montrent que ces approches intégrées permettent de contenir l’oïdium sans multiplier excessivement les applications.

Ainsi, face à un oïdium précoce sur courgette sous abri, la décision d’intervenir ne peut être standardisée. Attendre est justifié tant que les symptômes restent limités et que les conditions climatiques ne favorisent pas une explosion de la maladie. En revanche, une intervention raisonnée devient pertinente lorsque les facteurs de risque sont réunis et que la progression vers les feuilles jeunes est observée. Cette approche graduée, fondée sur l’observation et l’analyse du contexte, permet de sécuriser la production tout en préservant l’efficacité des solutions de protection disponibles.

Sources :
INRAE, Oïdium des cucurbitacées
Fiche technique Ephytia-INRAE — oïdium des cucurbitacées
ANSES, Gestion des résistances fongicides
FAO, Protection intégrée des cultures maraîchères
Guide de protection de légumes sous abri — modalités d’utilisation de fongicides contre l’oïdium
ACTA, Lutte contre l’oïdium des cucurbitacées

Catégories : Culture de la courgette, Cahier Technique, Maladies et ravageurs, Maladies fongiques bactériennes et virales, Technique

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