Courgette : bilan d’une campagne d’export sous pression et en recomposition

Par 8 min de lecture Mis à jour Il y a 10 mois
Courgette : bilan d’une campagne d’export sous pression et en recomposition
courgette Gautier Semences

La courgette fait partie de ces cultures maraîchères discrètes mais stratégiques pour l’agriculture marocaine. Présente dans les principales zones irriguées du pays, elle s’est imposée au fil des années comme un pilier des exportations vers l’Europe, un marché exigeant mais indispensable pour des milliers de producteurs. Alors que la dernière campagne s’achève, la filière livre un bilan contrasté, marqué à la fois par une consolidation de son positionnement international et par des tensions sur les volumes exportés. Entre compétition féroce, adaptation aux marchés et diversification des débouchés, la courgette marocaine vit une période charnière.

Des performances remarquées et scrutées 

Au cours de la dernière année, le Maroc s’est maintenu dans le peloton de tête des fournisseurs européens. Le Royaume occupe désormais la deuxième place des pays exportateurs de courgettes vers l’Union européenne, avec une part de marché estimée à 7,7 %. Cette performance n’est pas anecdotique et confirme la montée en puissance de la filière. Comme le souligne Hortoinfo, « le Maroc conforte sa place de deuxième fournisseur de courgettes en Europe en 2024 ». Cette position s’explique par plusieurs facteurs structurels : un climat favorable, une proximité logistique avec les marchés européens, et une expertise croissante dans la production sous serre.

Mais derrière cette dynamique se cachent des évolutions moins favorables. Euroestacom, cité par AgriMaroc, révèle un recul notable des volumes exportés sur une décennie. « Les exportations marocaines ont reculé de 25,4 % au cours des dix dernières campagnes », rappelant que la filière traverse une période de réajustement. Ce tassement ne signifie pas un déclin, mais plutôt une reconfiguration des priorités des exportateurs qui cherchent désormais à se positionner sur des segments plus valorisants. AgriMaroc note que l’accent est graduellement mis sur les courgettes premium, notamment les mini-courgettes et les productions certifiées GlobalGAP. Ce repositionnement vers la valeur ajoutée pourrait à terme réduire la dépendance au volume au profit de la qualité.

Lire aussi : Export de courgettes : le Maroc marque le pas

La concurrence, elle, reste intense. L’Espagne, premier fournisseur de l’Europe, demeure un mastodonte. Les chiffres sont sans appel : avec 305,82 millions de kilos exportés, le pays concentre 66,69 % du marché. À titre de comparaison, le Maroc affiche environ 35,57 millions de kilos. Le rapport de force est clair, même si la performance marocaine reste significative compte tenu des différences d’échelle. Ce déséquilibre, loin d’être décourageant, a plutôt incité les exportateurs marocains à opter pour des stratégies de marchés ciblés et des créneaux particuliers où le Royaume peut faire valoir ses avantages.

Cette concurrence est même source de tensions politiques et médiatiques en Europe. En Espagne, certains producteurs ont critiqué l’afflux de courgettes marocaines, notamment durant des périodes où la production locale subissait une baisse due à des conditions climatiques défavorables. Selon différents médias, ces volumes « ont accru de près de 10 % les importations de courgettes marocaines au premier trimestre 2025 ». Les critiques ne sont pas nouvelles, mais témoignent de la sensibilité des filières maraîchères européennes face à la concurrence extra-UE.

Jeanne GAUTIER 2025 GAUTIER SEMENCES BD CopieDes variétés de courgette adaptées au marché marocain

Dans ce contexte de concurrence accrue et de montée en gamme, Gautier Semences joue un rôle stratégique avec des variétés de courgette bien pensées pour le marché marocain et export. Comme l’a confié récemment lors d’une interview Jeanne Gautier, Directrice Générale de l’entreprise : Gautier Semences mise sur le « le développement de variétés résistantes aux maladies et adaptées aux conditions locales ».

Parmi ses variétés phares, Jeanne Gautier met en avant la Satelite ronde et la Majestée blanche, qui remportent un succès réel au Maroc. Ces variétés ne sont pas seulement conçues pour la productivité : grâce à leur robustesse et leur capacité à bien résister aux virus, elles s’intègrent parfaitement dans des chaînes d’export exigeantes.

Lire l’interview complète : Jeanne Gautier : “Notre variété de tomate Domitylia (calibre 2), les courgettes Satelite (ronde) et Majestée (blanche), connaissent un réel succès au Maroc” – AgriMaroc.ma

En quêtes de nouveaux débouchés.

Sur le plan géographique, les débouchés de la courgette marocaine montrent une évolution notable. Si l’Espagne reste un marché incontournable, le Maroc a élargi son horizon. Le site LeNew révèle ainsi une percée remarquable en Suisse, où le Royaume a triplé sa part de marché pour franchir le cap symbolique des 1 000 tonnes exportées. « Le Maroc a triplé sa part de marché en Suisse », souligne la plateforme, preuve que la diversification géographique n’est plus une option mais une stratégie assumée. La Suisse, marché à forte exigence qualitative, valorise davantage les produits premium, un créneau en phase avec les nouvelles orientations de la filière marocaine.

Ce mouvement vers la qualité se retrouve aussi dans l’organisation de la production. Les producteurs et exportateurs mettent davantage l’accent sur les certifications, la traçabilité, et les normes environnementales. Ces efforts répondent à des impératifs commerciaux, mais également à une logique de durabilité qui s’impose dans toutes les filières maraîchères du pays. La gestion de l’eau, en particulier, devient un enjeu central alors que la courgette est cultivée dans des zones parfois fortement dépendantes de l’irrigation.

Les défis logistiques ne sont pas en reste. Pour espérer améliorer leur compétitivité, les exportateurs savent qu’ils doivent investir davantage dans le conditionnement et la chaîne du froid. La fraîcheur et la fermeté du produit à l’arrivée sont des critères déterminants pour les acheteurs européens. La moindre défaillance dans le transport peut influencer les prix ou même déboucher sur un refus de marchandise. L’amélioration des stations de conditionnement, le renforcement des chambres froides et l’optimisation des itinéraires logistiques deviennent donc des sujets prioritaires.

Cette montée en gamme implique aussi un effort de formation et de structuration au sein des producteurs. Les coopératives, dans plusieurs régions, jouent un rôle croissant dans la professionnalisation de la filière. Elles permettent un meilleur accès à la certification, une mutualisation des infrastructures et une meilleure coordination dans les programmes de production pour éviter les excédents soudains qui pourraient faire chuter les prix.

Une culture rentable.

D’un point de vue économique, la campagne écoulée montre également que la courgette reste intéressante pour les petits et moyens producteurs. Nous avions d’ailleurs indiqué précédemment que certaines exportations ont atteint un prix d’environ 10 dirhams le kilo, un niveau relativement attractif. Cela confirme que, malgré la pression concurrentielle, la courgette demeure un produit rentable pour les exploitations bien organisées, notamment celles capables d’assurer une qualité constante.

La question de la durabilité, elle aussi, occupe une place grandissante dans les stratégies de production. Les marchés européens exigent des résidus de pesticides de plus en plus faibles, voire nuls dans certains circuits premium. Plusieurs producteurs marocains se sont engagés dans des programmes de production “résidu zéro” ou biologiques. Là encore, c’est une manière de se distinguer dans un marché où le volume ne suffira plus pour demeurer compétitif.

D’un point de vue global, le bilan de la campagne démontre que la courgette marocaine reste un produit solide à l’export, mais qui nécessite une adaptation permanente pour maintenir sa position. La baisse des volumes exportés sur une décennie est un signal d’alarme, mais aussi une opportunité pour moderniser la filière. Le recentrage vers la qualité, l’exploration de nouveaux marchés, et la professionnalisation des structures de production dessinent une trajectoire où la durabilité et la valeur ajoutée dominent.

L’avenir de la filière dépendra de la capacité à poursuivre ces transformations. L’amélioration des infrastructures, l’investissement dans l’innovation agronomique, la maîtrise des intrants et la montée en gamme de l’offre seront déterminants. Le Maroc a les atouts pour consolider sa place parmi les leaders de la courgette sur le marché européen, mais cela exige une stratégie claire et coordonnée. Le Royaume est déjà reconnu pour la qualité de ses productions maraîchères ; il lui reste à faire de la courgette un exemple de résilience et de compétitivité durable.

Au moment où la campagne se clôture, la filière courgette offre un miroir fidèle de ce que devient l’agriculture marocaine : plus compétitive, plus qualitative et mieux structurée, mais constamment confrontée à des défis internes et externes. Le bilan, s’il est nuancé, souligne surtout que le Maroc dispose d’un potentiel considérable pour renforcer sa présence internationale.

La courgette, humble mais stratégique, montre une fois encore que les cultures maraîchères marocaines restent au cœur des ambitions agricoles du pays.

 

Catégories : Actu' Export, Culture de la courgette

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