Campagne 2025–2026 : l’avocat marocain sous tension, entre résilience et restructuration

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Campagne 2025–2026 : l’avocat marocain sous tension, entre résilience et restructuration © DR
Avocat

La filière de l’avocat au Maroc, en pleine expansion depuis plusieurs années, traverse une campagne 2025–2026 particulièrement éprouvante. Alors que le Royaume s’était imposé comme un fournisseur stratégique pour les marchés européens, les aléas climatiques de cette saison ont mis à rude épreuve les capacités de production, révélant les fragilités du secteur et les disparités entre exploitations.

Une saison marquée par des pertes massives

Selon les dernières estimations de l’Association marocaine des producteurs d’avocats, la vague de chaleur exceptionnelle survenue fin juin aurait détruit près de la moitié des volumes attendus pour cette campagne. Les températures extrêmes, atteignant jusqu’à 49 °C à Moulay Bousselham, ont provoqué une chute prématurée des fruits, notamment dans les vergers du Gharb, principale zone de production nationale.

Abdelaziz Rhezali, expert du secteur, confirme dans une publication récente que les pertes pourraient atteindre jusqu’à 40 % du potentiel initial. Il souligne que seules les exploitations bien structurées, appliquant des conduites rigoureuses, parviennent à maintenir leur position. Les autres, moins préparées, risquent d’être « écartées de la course ».

Une offre réduite, des prix en hausse

Face à cette contraction de l’offre, les prix de l’avocat marocain devraient connaître une hausse significative, voire exponentielle, selon les professionnels du secteur. Cette dynamique est renforcée par une demande mondiale toujours soutenue, notamment en Europe, où le fruit est devenu un incontournable des rayons frais.

Le Maroc, qui avait atteint une production record de 115 000 tonnes en 2024, table désormais sur une récolte de 80 000 tonnes pour la campagne en cours. Cette baisse de 30 % pourrait impacter les volumes exportables, alors que près de 90 % de la production est destinée à l’exportation.

Une filière à deux vitesses

La campagne actuelle révèle une fracture entre les grandes exploitations, souvent orientées vers l’export et dotées de moyens techniques avancés, et les petits producteurs, plus vulnérables face aux aléas climatiques. Certains opérateurs envisagent de retarder volontairement la récolte pour bénéficier de prix plus élevés en fin de saison, une stratégie qui pourrait créer des tensions sur le marché intérieur.

Abdelkrim Allaoui, président de l’Association des producteurs d’avocats du Gharb, appelle à des efforts agronomiques importants pour sauver la saison. Il insiste sur la nécessité de soigner les arbres et d’obtenir des fruits de gros calibre, malgré les conditions difficiles.

Vers une restructuration nécessaire

Cette campagne pourrait marquer un tournant pour la filière. La résilience des plantations arrivées à maturité permet d’amortir partiellement les pertes, mais elle ne suffira pas à garantir la stabilité à long terme. Une réflexion collective s’impose sur la structuration du secteur, la gestion du risque climatique et la valorisation du fruit marocain.

La création d’un label “Avocat du Maroc”, la généralisation des certifications, le renforcement des coopératives et l’investissement dans la recherche agronomique sont autant de pistes évoquées pour consolider la filière.

La campagne 2025–2026 restera comme l’une des plus contrastées pour l’avocat marocain : des pertes lourdes, mais une capacité de rebond réelle. Le secteur est à la croisée des chemins. Il peut choisir de subir les aléas ou de se réinventer. Et dans cette équation, les producteurs, les institutions et les exportateurs devront jouer collectif pour que l’avocat marocain reste une référence sur les marchés mondiaux.

Sources :
Hespress – Une campagne sous pression après la vague de chaleur
Agence Ecofin – Le Maroc anticipe une chute de 30 % de sa production
Croissance Afrique – Récolte anticipée de 80 000 tonnes d’avocats
Publication LinkedIn d’Abdelaziz Rhezali sur les pertes de la campagne

Catégories : Actu' Export, Culture de l'avocat

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