La culture de la fraise, en raison de la sensibilité élevée des plants à de nombreuses maladies fongiques, racinaires ou virales, nécessite aujourd’hui une approche de protection sophistiquée. À l’heure où les exigences des marchés internationaux se durcissent, notamment en matière de résidus phytosanitaires, de traçabilité et de qualité, la mise en œuvre de la lutte intégrée (IPM, Integrated Pest Management) s’impose comme le mode de production le plus pertinent, tant pour les petites exploitations que pour les systèmes professionnels destinés à l’export.
Plusieurs pathologies majeures menacent la fraise : l’oïdium (champignon aérien), la pourriture grise (Botrytis cinerea), l’anthracnose, les maladies racinaires (Phytophthora spp.), les taches foliaires, etc.
Le recours exclusif à la lutte chimique n’est plus compatible avec les objectifs de durabilité, les contraintes réglementaires et les attentes des marchés. En conséquence, la protection intégrée — combinant méthodes culturales, biologiques, sanitaires et, en dernier recours, chimiques — apparaît comme la voie la plus équilibrée.
Principes et bonnes pratiques pour une IPM efficace
Choix du site, matériel sain et pratiques culturales
La sélection d’un site adapté avec un sol bien drainé, exposition ensoleillée, bonne aération ; constitue une première barrière contre les maladies. L’installation des fraisiers sur des buttes surélevées ou sous serres, le recours à des paillages propres, l’orientation des rangs pour favoriser la circulation de l’air participent à minimiser les conditions favorables aux champignons.
L’utilisation de plants certifiés, sains, exempts de pathogènes, est un autre pilier fondamental. L’introduction de matériel contaminé constitue parfois l’origine des épiphyties, notamment pour des maladies comme l’oïdium.
La rotation des cultures, l’élimination systématique des débris végétaux, des feuilles ou des fruits malades ou pourris après récolte contribuent à réduire l’inoculum résiduel. Dans le cas de la pourriture grise, la destruction des résidus post-récolte est essentielle.
Maîtrise de l’irrigation et du microclimat
L’irrigation doit être optimisée pour éviter l’humidité foliaire prolongée, qui favorise l’oïdium ou le Botrytis. L’arrosage localisé — goutte-à-goutte — est recommandé, l’arrosage aérien étant à proscrire. De même, la ventilation des serres ou tunnels, l’espacement des plants, le réglage de l’hygrométrie sont des facteurs essentiels pour limiter la propagation des champignons.
Ces conditions sont d’autant plus importantes dans les régions méditerranéennes ou semi-arides, comme au Maroc, où les écarts de température et les risques d’humidité au petit matin ou en serre peuvent contribuer à la prolifération fongique.
Surveillance, détection précoce et décisions raisonnées
La surveillance régulière des parcelles — feuilles, fleurs, fruits, sol — est indispensable pour détecter les premiers signes de maladie : duvet blanc de l’oïdium, taches foliaires, fruits tachés ou moisissures. Une détection précoce permet des interventions ciblées, moins fréquentes et plus efficaces.
Quand les conditions sont défavorables (humidité, rosée, dense végétation), le recours à des fongicides — biologiques ou chimiques — devient nécessaire. Mais ces traitements doivent être appliqués avec rigueur : respect des doses, des intervalles de traitement, des périodes de pré-récolte, alternance des modes d’action pour éviter l’apparition de résistances.
Pour l’oïdium, par exemple, le recours au soufre mouillable ou à des fongicides protecteurs peut être utile, idéalement en association avec des adjuvants et dans le cadre d’un programme de rotation des molécules pour limiter la pression de sélection.

Nouvelles approches et innovations : biocontrôle, éclairage et stockage
La recherche progresse et propose des alternatives intéressantes pour réduire l’usage des produits chimiques tout en garantissant la qualité sanitaire. Un exemple est l’utilisation de la lumière UV-C en serre pour prévenir l’oïdium, étudiée dans des contextes de fraisiers hors-sol. Des essais récents ont montré une réduction significative de l’incidence de l’oïdium sur les fruits sans recourir aux traitements traditionnels.
Lire aussi : L’oïdium de la fraise : Symptômes, propagation, lutte … – AgriMaroc.ma
Le biocontrôle — via des micro-organismes antagonistes, des champignons bénéfiques, des bactéries, ou des solutions naturelles — est également promu dans le cadre d’une IPM durable, notamment en cas de restriction d’usage phytosanitaire.
Enfin, le stockage post-récolte joue un rôle important, notamment pour la lutte contre la pourriture grise (Botrytis). Un refroidissement rapide, un contrôle de l’hygrométrie pendant le transport et la conservation, ou des traitements alternatifs (emballages, atmosphères modifiées, traitements protecteurs) contribuent à prolonger la vie des fruits tout en préservant leur qualité.
Quelle portée pour le producteur marocain ?
Pour les producteurs marocains l’adoption d’une stratégie de protection intégrée pour la fraise présente plusieurs avantages :
- elle permet de réduire la dépendance aux pesticides chimiques, un atout en faveur de la durabilité, de la santé des consommateurs et de l’environnement ;
- elle augmente la qualité sanitaire des fruits, critère déterminant pour l’exportation vers des marchés exigeants (UE, marchés de niche, marchés bio) ;
- elle améliore la résilience des cultures face aux variations climatiques, à l’humidité et aux stress liés à l’irrigation ou à la gestion sous serre ;
- elle offre une meilleure maîtrise des coûts à moyen terme, en limitant les pertes dues aux maladies, en optimisant les intrants et en prolongeant la durée de conservation des fruits.
Cependant, la mise en œuvre de l’IPM exige un engagement technique, une formation des producteurs, un suivi régulier, la disponibilité de matériel végétal sain, d’outils de biocontrôle ou d’alternatives efficaces, et parfois un investissement initial plus élevé — notamment pour les systèmes d’irrigation, de ventilation ou de stockage.
Mais vu l’évolution des exigences des marchés internationaux et la montée des préoccupations sanitaires et environnementales, la protection intégrée apparaît comme le seul modèle viable pour la fraise marocaine, tant pour le marché local que pour l’export.
| En 2025, la protection intégrée des cultures de fraise prend tout son sens. Elle incarne l’équilibre entre productivité, qualité et durabilité. En combinant bonnes pratiques culturales, sélection variétale, surveillance rigoureuse, utilisation raisonnée de traitements, innovations techniques et biocontrôle, les producteurs peuvent espérer sécuriser leur récolte, protéger l’environnement et répondre aux standards des marchés. Pour le Maroc, qui développe sa production de petits fruits et vise l’export, l’IPM n’est pas une option, mais une nécessité stratégique. |
Sources:
UC Statewide IPM Program – « Powdery Mildew / Strawberry » : https://ipm.ucanr.edu/agriculture/strawberry/powdery-mildew/ (UC IPM)
UC Statewide IPM Program – « Botrytis Fruit Rot / Strawberry » : https://ipm.ucanr.edu/agriculture/strawberry/botrytis-fruit-rot/ (UC IPM)
UC ANR – « Integrated Pest Management for Strawberries » (manual) (UC IPM)
Agrownet – « Strawberry Disease Management » (agrownet.in)
Invenio – « Stratégies de protection contre l’oïdium du fraisier » (invenio-fl.fr)
Phytopathologia Mediterranea – « Epidemiology and control of strawberry powdery mildew: a review » (2023) (oajournals.fupress.net)
Réussir Fruits & Légumes – « La lumière UV-C contre l’oïdium » (2025) (Réussir)
UF/IFAS – « Strawberry Diseases » (Florida) (sfyl.ifas.ufl.edu)
« Grey mould of strawberry, a devastating disease caused by Botrytis cinerea » (PMC, 2019) (PMC)
