Face à la variabilité croissante du climat et à la volatilité de la production céréalière, le Maroc mise sur une nouvelle approche pour sécuriser son agriculture : l’irrigation de complément. À l’occasion d’une visite de terrain dans la région de Casablanca-Settat, le 12 novembre 2025, le ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, Ahmed El Bouari, a réaffirmé l’importance de ce programme structurant pour la résilience et la durabilité du secteur céréalier national.
Ce projet d’envergure s’inscrit dans la stratégie « Génération Green 2020–2030 » et vise à doter le Royaume d’un dispositif moderne d’irrigation capable de soutenir la productivité agricole tout en optimisant la ressource hydrique. Son ambition : atteindre 1 million d’hectares équipés en irrigation de complément d’ici 2030.
Un programme national à fort impact hydrique et économique
Le programme repose sur deux volets majeurs : la sécurisation de l’irrigation sur 500 000 hectares existants, et l’aménagement de 500 000 hectares supplémentaires dans les grandes plaines céréalières du pays. L’objectif est d’atténuer les effets de la sécheresse sur la production, tout en améliorant la régularité des rendements et la stabilité des revenus agricoles.
Dans la région de Casablanca-Settat, le projet prévoit la mise en place d’un réseau d’adduction et de distribution d’eau alimenté par l’interconnexion des bassins Bouregreg-Oum Errabia, un chantier hydraulique structurant. Grâce à cette infrastructure, près de 100 000 hectares de terres céréalières bénéficieront d’un accès à l’eau régulier et maîtrisé, ouvrant la voie à un modèle de production plus équilibré et plus sûr.
Cette approche permet de développer des assolements associant céréales et légumineuses, mieux adaptés aux variations climatiques et plus rentables pour les agriculteurs. À terme, ces systèmes permettront de renforcer la sécurité alimentaire du pays tout en réduisant la dépendance aux importations de céréales.
Un pilier de la résilience face au changement climatique
L’irrigation de complément ne remplace pas la pluie, mais elle vient stabiliser les productions en période de déficit hydrique, en assurant des apports ciblés au moment où la culture en a le plus besoin. Pour les céréales, une irrigation bien programmée pendant la phase de montaison ou de remplissage des grains peut suffire à sauver une récolte entière.
En investissant dans ce type d’infrastructure, le Maroc cherche à concilier sécurité alimentaire et adaptation climatique. Cette stratégie s’appuie sur les acquis du Plan Maroc Vert, tout en répondant aux nouveaux défis de la Génération Green : durabilité, inclusion et performance économique.
Les projets d’irrigation de complément s’inscrivent également dans la politique nationale de gestion intégrée des ressources en eau. En combinant goutte-à-goutte, pompage solaire et stations de déminéralisation, ils permettent d’utiliser efficacement chaque mètre cube d’eau disponible, tout en réduisant l’empreinte énergétique et carbone des exploitations.
Casablanca-Settat, vitrine de la modernisation agricole
La région de Casablanca-Settat, caractérisée par de vastes plaines céréalières et un potentiel de production élevé, constitue un terrain idéal pour le déploiement de ce programme. À Benslimane, la présentation du projet a mis en avant les investissements déjà engagés pour l’installation de forages profonds, de bassins de stockage, de stations de pompage et de filtration. L’ensemble de ces infrastructures participe à la création de périmètres céréaliers à haute productivité, capables de mieux résister aux aléas climatiques.
Selon le ministère, ces projets s’accompagnent d’un appui technique et institutionnel aux agriculteurs afin d’assurer une utilisation optimale de l’eau et une gestion efficiente des équipements. L’objectif est de créer une véritable culture de l’eau agricole, fondée sur la planification, la mesure et la valorisation.
Un investissement pour l’avenir du secteur céréalier
L’irrigation de complément est bien plus qu’un programme technique : c’est un outil stratégique pour la souveraineté alimentaire du Maroc. En stabilisant les rendements, elle réduit la vulnérabilité du pays aux fluctuations des marchés mondiaux et renforce la sécurité économique des producteurs.
À long terme, cette politique favorisera la diversification des cultures et la création d’emplois ruraux qualifiés, tout en améliorant la rentabilité des exploitations. Elle constitue un maillon essentiel de la stratégie nationale visant à faire du secteur agricole un moteur de croissance durable et inclusive.
