Par une après-midi de plomb sur la route nationale menant à Goulmima, aux portes du désert marocain, une image saisissante bouscule les clichés du nomadisme : un berger avance derrière son troupeau de chèvres, un panneau solaire fixé sur le dos. Une scène où l’ingéniosité semble à portée de main.
Cet homme s’appelle Lahcen. Dans ce paysage minéral où l’horizon s’étend à l’infini, loin de tout réseau électrique, il a trouvé une solution simple pour rompre son isolement. Intrigué par ce reflet technologique au milieu des pistes arides, je décide de couper le moteur pour aller à sa rencontre.
Après les salutations d’usage, chaleureuses et rituelles, la question fuse : pourquoi porter ce panneau photovoltaïque sur le dos ?
Lahcen se retourne. Un large sourire efface la rudesse du climat. Sa réponse tombe avec le bon sens des hommes de la terre :
« Tout simplement pour me permettre de charger mon téléphone portable. »
La révolution technologique à 300 dirhams
Pour la modique somme de 300 DH, Lahcen s’est offert ce qu’aucun réseau public ne pouvait lui apporter en plein désert : une autonomie énergétique. Ce petit investissement, désormais accessible sur les marchés locaux ou auprès de revendeurs spécialisés, est devenu son meilleur allié au quotidien.
Pendant que ses chèvres broutent les rares herbes sèches, le panneau capte l’intense lumière du soleil. Un câble relié à sa poche alimente en continu son smartphone, devenu son principal lien avec sa famille ainsi qu’avec les négociants de bétail de la région.
Quand la technologie rime avec l’écologie
L’histoire de Lahcen n’est pas seulement une anecdote de voyage. Elle illustre, à sa manière, une évolution discrète mais bien réelle des campagnes marocaines. Sans discours théorique, ce berger met en pratique la transition énergétique au quotidien.
Son équipement lui permet de produire une électricité propre et renouvelable, sans émission ni consommation de carburant. Après un investissement unique de 300 DH, il ne supporte plus aucune dépense d’électricité pour recharger son téléphone. Surtout, cette technologie s’intègre naturellement à son mode de vie ancestral, sans le remettre en cause.
À l’heure où le Royaume multiplie les grands projets solaires, Lahcen rappelle, avec beaucoup de pragmatisme, que la transition énergétique se construit aussi à l’échelle des territoires et des usages du quotidien. Parfois, il suffit d’un simple panneau solaire porté sur le dos pour transformer la vie d’un berger.
Errachidia, le 27 juin 2026
Hrou Abouchrif

