De Boudnib à Tokyo : le succès de la datte Majhoul bio, portée par la Vision Royale

Par 9 min de lecture Mis à jour Il y a 7 mois
De Boudnib à Tokyo : le succès de la datte Majhoul bio, portée par la Vision Royale

INTERVIEW D’EXPERT

IMG 20250730 WA0015Fruit d’un terroir exceptionnel à Boudnib, au sud-est du Maroc, la datte Majhoul bio séduit aujourd’hui les marchés internationaux en quête de qualité premium.

À quelques semaines du salon Biofach Japan, Messieurs Kamal Salimi et Ali Ben Bachir, cofondateurs de la Société Les Délices Majhoul, nous livrent un retour d’expérience inspirant. Entre savoir-faire ancestral, innovations techniques et stratégie d’export ambitieuse, découvrez l’épopée de la datte Majhoul bio, de Boudnib à Tokyo.

D’après vous, pourquoi la datte Majhoul marocaine séduit autant à l’international ?

Ali Ben Bachir : Il faut rappeler que la datte Majhoul trouve son origine à Boudnib, dans le sud-est du Maroc. C’est depuis cette région emblématique que, dès le début du XXe siècle, les premiers rejets de palmiers dattiers ont été envoyés aux États-Unis, donnant ainsi naissance aux plantations de Majhoul aujourd’hui présentes en Californie et ailleurs.

Le terroir unique de Boudnib, marqué par un climat extrême, un sol minéral, et un air sec et pur, confère à nos dattes une saveur exceptionnelle introuvable ailleurs. D’ailleurs, nos clients en Europe reconnaissent et saluent la richesse aromatique, la texture fondante et l’équilibre sucre-acidité de nos fruits. Ils savent distinguer nos dattes Majhoul de celles cultivées dans d’autres régions du monde.

Je suis ravi d’annoncer notre participation à Biofach Japan en septembre 2025, sous notre marque phare : La Maison du Majhoul

À cela s’ajoute notre engagement pour l’agriculture biologique. Installée à la lisière du Tafilalet, dans la région de Boudnib, notre exploitation s’étend sur 200 hectares et compte plus de 22 000 palmiers dattiers cultivés selon les normes les plus strictes : certifications marocaines et internationales (BRC, Global GAP, USDA Organic, EU Organic, entre autres). Cette traçabilité irréprochable et la qualité premium que nous offrons sont décisives pour séduire les amateurs les plus exigeants.
En cultivant sans produits chimiques, dans le respect du sol et de l’écosystème oasien, avec des taux d’humidité parfaitement maîtrisés, nous permettons à nos dattes Mahjoul d’exprimer leur goût le plus pur et authentique.

Comment passe-t-on du conventionnel au bio sur une culture aussi exigeante ?

Ali Ben Bachir : Je dois dire que cette transition s’est faite dans un mélange d’émotions, avec une certaine appréhension, mais aussi de la joie et du doute. Il a aussi fallu mobiliser toutes les compétences techniques acquises au cours de mes 33 années d’expérience en tant qu’agriculteur !

Concrètement, nous avons procédé par étapes, en commençant par une phase d’observation et d’apprentissage. Il s’agissait d’identifier les principales pathologies qui affectent le palmier et de comprendre en profondeur ses besoins nutritionnels, notamment en macro et micronutriments.

Ensuite, il a fallu tester, pendant plusieurs années, des alternatives efficaces aux produits chimiques, aussi bien pour la protection phytosanitaire que pour la fertilisation.

Avec une bonne dose de patience et de rigueur, ces expérimentations nous ont permis de valider des solutions respectueuses de l’environnement, tout en maintenant la performance agronomique. Puis, rassurés par nos tests et le niveau de technicité acquis, nous avons décidé d’assumer pleinement notre reconversion en agriculture biologique.

Diriez-vous que toutes les cultures marocaines peuvent réussir cette transition vers le bio ?

Ali Ben Bachir : Cela dépend fortement du type de culture.
Certaines cultures, comme celles du palmier dattier, de l’amandier, de l’olivier, ou encore du pistachier, qui sont des espèces endémiques ou bien adaptées aux conditions climatiques marocaines, se prêtent particulièrement bien à une conversion en agriculture biologique. Elles se comportent très bien en bio, notamment dans la région du Tafilalet, avec une excellente qualité du produit final.

Mais attention, cette transition vers le bio doit tenir compte de plusieurs facteurs : les spécificités régionales, les conditions pédoclimatiques, et surtout, le niveau de connaissance et de maîtrise des interactions entre le système plante-sol-atmosphère. C’est pourquoi je recommande une approche fine et différenciée selon les zones de production.

De plus, le passage en bio peut impliquer une baisse de rendement. Mais la bonne nouvelle, c’est que cette baisse peut être largement compensée par une valorisation plus élevée du produit final, notamment sur les marchés internationaux, qui sont en quête de produits sains, traçables et respectueux de l’environnement.

Les producteurs marocains ont-ils droit à des aides pour faciliter cette transition vers le bio et accéder à de nouveaux marchés ?

Ali Ben Bachir : Nous observons clairement un engouement croissant pour l’agriculture biologique à l’échelle mondiale. Mais ce pari n’est pas toujours évident pour les producteurs, surtout dans les régions où les moyens sont limités.

C’est pourquoi le Royaume du Maroc a déployé le Plan Maroc Vert, et plus récemment la stratégie Génération Green. L’État marocain a un rôle déterminant à jouer pour accompagner les agriculteurs dans leur transition vers des modèles plus durables. Des engagements clairs ont été pris pour soutenir une agriculture moderne, inclusive et compétitive à l’échelle internationale. Concrètement, ces stratégies se traduisent par un soutien financier fort et durable, des dispositifs incitatifs, un accompagnement technique et un accès facilité aux marchés.

J’aimerais également souligner l’importance de la formation pour doter le pays d’une nouvelle génération d’ingénieurs agronomes et de techniciens qualifiés dans les spécificités de la culture biologique.

J’aimerais également souligner l’importance de la formation pour doter le pays d’une nouvelle génération d’ingénieurs agronomes et de techniciens qualifiés dans les spécificités de la culture biologique. Les grands instituts de formation agricole, tels que l’IAV Hassan II, l’ENA de Meknès, devraient proposer des cursus spécialisés dans l’agriculture biologique.
Pour résumer, je dirais que l’évolution de l’agriculture biologique au Maroc repose à la fois sur l’engagement des agriculteurs et sur le soutien croissant des politiques publiques. C’est de cette synergie que dépendra la capacité du Maroc à affirmer sa place comme acteur de référence dans l’agriculture durable.

Avez-vous intégré des solutions technologiques à votre processus de production ?

Ali Ben Bachir : Oui, notre modèle repose sur une intégration verticale complète, de la production à la commercialisation.

Nous disposons de notre propre station de conditionnement, implantée au cœur même de notre exploitation agricole. Notre machine de tri de dernière génération est dotée d’un système intelligent basé sur l’intelligence artificielle. Elle évalue chaque datte selon plusieurs critères : calibre, humidité, couleur et qualité interne du fruit. Puis, en fin de process, pour préserver la fraîcheur, la texture et la richesse aromatique de nos dattes, celles-ci sont immédiatement conditionnées et stockées à -18 °C.

Un autre enjeu central est celui de la gestion de l’eau. Toutes nos plantations sont équipées d’un système d’irrigation goutte-à-goutte piloté par des programmateurs. Nous disposons sur place d’une station météorologique, qui nous fournit quotidiennement l’ETP (évapotranspiration potentielle) selon la formule de Penman-Monteith. Cela nous permet d’ajuster précisément les apports hydriques en fonction des besoins réels des palmiers. Enfin, nous avons un grand bassin de rétention d’eau pour sécuriser l’approvisionnement et garantir une gestion durable de cette ressource précieuse.

Vous avez annoncé votre participation au salon Biofach Japan. Qu’attendez-vous de cette nouvelle étape ?

Ali Ben Bachir : C’est vraiment un nouveau cap qui s’ouvre pour nous vers le Japon, et plus largement l’Asie de l’Est ! Ce salon représente pour nous une magnifique occasion de comprendre les attentes précises des consommateurs japonais, établir des contacts solides, et poser les bases d’une présence durable en Asie de l’Est.

Nos dattes biologiques rencontrent déjà un beau succès en Angleterre, aux Pays-Bas, en France et en Allemagne. Elles sont déjà référencées dans les plus grandes enseignes européennes, et ce succès nous pousse à explorer de nouveaux marchés à fort potentiel, loin des sentiers battus. C’est notre leitmotiv pour cette campagne d’exportation !

Je suis donc ravi d’annoncer notre participation à Biofach Japan en septembre 2025, sous notre marque phare : La Maison du Majhoul.

Nous sommes dans un état d’esprit d’ouverture et d’humilité. Nous découvrons progressivement les codes, préférences culturelles et circuits de distribution en Asie de l’Est.

Comment comptez-vous aborder les marchés de l’Asie de l’Est ?

Ali Ben Bachir : Nous sommes dans un état d’esprit d’ouverture et d’humilité. Nous découvrons progressivement les codes, préférences culturelles et circuits de distribution en Asie de l’Est. À ce stade, nous ne disposons pas encore du recul nécessaire pour savoir comment nos dattes Majhoul biologiques y sont perçues : sont-elles considérées comme une gourmandise raffinée, un présent de prestige, ou plutôt comme un fruit destiné au marché ethnique, au secteur du healthy food, voire à la distribution de gros accessible au grand public ?

Monsieur Jafar Salimi, notre directeur commercial, aura pour mission de porter la vision du projet, créer des liens avec les acteurs clés, écouter, observer et collecter les informations essentielles pour orienter notre stratégie dans cette région prometteuse.

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Par NC
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