À la veille de la nouvelle campagne horticole, le bilan récent dessine un Maroc qui confirme sa progression sur la carte mondiale des fruits et légumes frais. La campagne 2024/2025 s’est achevée sur des chiffres remarquables — une dynamique qui pose les jalons d’attentes élevées pour la période 2025/2026, tout en soulignant des fragilités structurelles et des défis concrets à résoudre si l’objectif est de transformer la croissance en gains durables pour les producteurs et les exportateurs marocains.
Le point de départ, incontestable, reste l’explosion des volumes exportés au cours de la campagne passée. Selon une compilation de données nationales relayée par la presse spécialisée, les exportations de fruits et légumes du Maroc pour la campagne 2024/2025 ont atteint environ 1,6 million de tonnes, soit une hausse proche de 18 % par rapport à la campagne précédente. Cette progression n’est pas une donnée isolée : elle traduit une montée en puissance de cultures phares — tomates, agrumes, petits fruits — et une diversification des marchés clients.
La tomate, composante centrale de ce succès, illustre à elle seule la capacité du secteur à gagner des parts de marché. Des données publiées très récemment font état d’un nouveau record saisonnier, avec 745 000 tonnes exportées sur la période juillet 2024–juin 2025, générant près de 1,2 milliard de dollars de recettes selon des analyses reprises par plusieurs médias spécialisés. Cette performance positionne la tomate marocaine comme un élément moteur des devises agricoles et comme un moteur d’emploi dans les bassins de production.
Une ombre au tableau : En l’espace de huit ans, le Maroc a perdu près de 40 000 hectares d’agrumes, soit environ 30% des vergers nationaux, selon les estimations de l’expert climatique Ali Hatimy fondateur de Nechfate. La région du Souss, longtemps considérée comme le poumon des exportations marocaines d’agrumes – elle assurait à elle seule 75% des volumes exportés – est aujourd’hui la plus durement frappée.
Toutefois les projections et rapports publics pour la campagne 2024/25 ont fait apparaitre une hausse notable des volumes de tangerines/mandarines et d’oranges, avec des estimations d’exportation de mandarines qui ont frôlé les 500 000 tonnes pour la seule année culturale. Le dynamisme de la filière agrumes s’explique par des investissements en vergers modernes, une meilleure structuration des opérateurs et un alignement sur les fenêtres d’export européennes.
l’Union européenne et le Royaume-Uni continuent d’absorber (…) 86 % des volumes
Ces succès s’accompagnent d’un déplacement des marchés : l’Union européenne et le Royaume-Uni continuent d’absorber la majeure partie des flux, concentrant près de 86 % des volumes selon des synthèses de commerce extérieur. Cependant, on observe aussi une montée en puissance des destinations africaines subsahariennes et, dans une moindre mesure, du Golfe — des relais qui ouvrent des marges de manœuvre commerciale mais qui demandent des adaptations logistiques et commerciales.
Quelles perspectives pour 2025/2026 ?
Incapables d’annoncer des chiffres précis, nous ne pouvons ici qu’embrasser les tendances : la trajectoire de 2024/25 plaide pour une consolidation des volumes, voire une légère progression pour les cultures déjà structurées (tomate, agrumes, petits fruits), à condition que les opérateurs parviennent à maintenir la compétitivité prix-qualité et à sécuriser l’accès à la main-d’œuvre et à l’eau. Les acteurs publics et privés interrogés au fil des récentes publications et rapports insistent sur la nécessité d’investissements ciblés en irrigation, conditionnement et logistique réfrigérée pour transformer le potentiel exportable en ventes réelles.
La question des surfaces cultivées mérite un examen attentif. Le redéploiement vers des cultures à plus forte valeur ajoutée, la multiplication des serres et la modernisation des vergers expliquent que la surface utile orientée vers l’export évolue plus lentement que les rendements. Autrement dit, la croissance des volumes est portée autant par l’amélioration des rendements et du calendrier de mise sur le marché que par l’augmentation des surfaces. Des rapports techniques et les bilans de station montrent que l’intensification raisonnée (serres de meilleure qualité, renouvellement variétal) demeure la voie la plus efficace à court terme pour accroître les volumes exportables sans extension massive des surfaces agricoles.
Pourtant, les nuages subsistent. La sécheresse récurrente, qui a affecté plusieurs bassins versants au cours des dernières saisons, pèse sur les coûts de production et contraint la gestion de l’irrigation à la fois au niveau des exploitations et des interconnexions de filière. Parallèlement, la question de la main-d’œuvre — saisonnière et qualifiée — demeure un point de tension, alors même que la demande pour des pratiques plus exigeantes (tri, conditionnement, certifications phytosanitaires) augmente. Ces facteurs sont souvent cités en filigrane dans les analyses économiques et interviews d’opérateurs, qui appellent à une politique à succès (dans le prolongement du Plan Maroc Vert et de Generation Green) d’accompagnement technique et d’investissements collectifs.
On observe aussi une accélération de l’investissement dans les filières de fruits rouges
La dynamique du secteur s’appuie sur une vague d’investissements privés engagés au cours des deux dernières campagnes, qui devraient porter pleinement leurs fruits dès 2026. Plusieurs grands groupes exportateurs ont modernisé leurs capacités de production. Dans les zones phares de production comme Souss-Massa, Gharb et Loukkos, des exploitations ont étendu leurs surfaces cultivées et se sont toujours plus équipées de systèmes modernisés, réduisant jusqu’à 30 % leur consommation d’eau tout en augmentant les rendements. On observe aussi une accélération de l’investissement dans les filières de fruits rouges, avec l’introduction de nouvelles variétés plus productives et adaptées aux marchés nord-européens, ainsi que la création d’unités de conditionnement spécialisées pour ces produits à forte valeur ajoutée. Ces initiatives, souvent portées par des structures ou des joint-ventures avec des partenaires européens, visent toutes le même objectif : renforcer la compétitivité du Maroc sur ses marchés traditionnels tout en facilitant l’ouverture de nouveaux débouchés en Afrique et au Moyen-Orient. Si les conditions climatiques se stabilisent, elles pourraient permettre au secteur horticole marocain de franchir un nouveau palier dès la campagne 2025/2026.
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Sur le plan commercial, l’environnement réglementaire européen — contrôles renforcés sur les résidus de pesticides, exigences de traçabilité, et pressions émergentes sur l’emballage — transforme la façon dont les exportateurs doivent structurer leurs offres. Les opérateurs marocains qui réussiront à conjuguer conformité stricte, certification durable et régularité d’approvisionnement auront un avantage concurrentiel marqué. En parallèle, la montée des attentes en matière de durabilité ouvre des fenêtres tarifaires vers des circuits premium, à condition d’y investir en qualité et en communication.
Enfin, les leviers d’action semblent clairs : consolidation des infrastructures post-récolte (chaîne du froid, stations de conditionnement), extension des pratiques d’agriculture de précision pour optimiser la ressource en eau, accompagnement variétal pour ouvrir de nouvelles niches (variétés précoces/tardives), et renforcement des filières de formation pour sécuriser la main-d’œuvre qualifiée. Les collaborations entre instituts de recherche agronomique, semenciers, entreprises d’irrigation et coopératives seront déterminantes pour rendre la campagne 2025/2026 durablement profitable. Les retombées économiques récentes donnent un argument financier fort : il existe une capacité d’autofinancement sectorielle, à condition qu’elle soit orientée vers des investissements structurants.
| La campagne 2025/2026 s’inscrit dans une dynamique favorable héritée de 2024/2025 : des volumes records sur plusieurs cultures, une diversification progressive des marchés clients et des recettes en hausse. |
