Qui est l’agriculteur marocain d’aujourd’hui ?

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Qui est l’agriculteur marocain d’aujourd’hui ? © DR
Agriculteur

Petit céréalier dépendant des pluies, arboriculteur familial, producteur organisé en coopérative, exploitant irrigué ou dirigeant d’une entreprise tournée vers l’export : parler de « l’agriculteur marocain » au singulier masque une réalité beaucoup plus diverse. Les travaux publiés ces dernières années permettent néanmoins de mieux comprendre ceux qui vivent et travaillent aujourd’hui dans l’agriculture du Royaume.

Premier constat : l’agriculture conserve un poids considérable dans l’emploi. Selon le Haut-Commissariat au Plan, l’agriculture, la forêt et la pêche représentaient 26,3 % de l’emploi total au Maroc en 2024. Cette proportion ne correspond pas au nombre d’exploitants agricoles, puisqu’elle englobe l’ensemble des personnes occupant un emploi dans le secteur, mais elle donne la mesure de son importance sociale.

Cette population agricole traverse parallèlement une profonde transformation. Dans son rapport consacré au Maroc publié en 2025, le Fonds monétaire international estime, à partir des données disponibles sur l’emploi, que plus de 80 % des travailleurs agricoles ont au maximum suivi l’enseignement primaire ou n’ont reçu aucune instruction formelle. Environ la moitié ont plus de 40 ans et 90 % vivent en milieu rural. Le FMI souligne également la place importante des femmes dans le travail agricole, tout en constatant qu’une partie seulement de leur activité est rémunérée.

Ces chiffres décrivent les travailleurs du secteur et non spécifiquement les chefs d’exploitation. Cette distinction est essentielle pour comprendre l’agriculture marocaine.

Des agriculteurs très différents selon les territoires

Les enquêtes réalisées directement auprès des exploitants montrent en effet combien il est difficile de définir un profil unique.

Une étude publiée récemment dans la Revue Marocaine des Sciences Agronomiques et Vétérinaires s’appuie sur une enquête menée en mai 2024 auprès de 120 exploitations céréalières du Saïs et de la Chaouia. Dans cet échantillon, 72,9 % des agriculteurs du Saïs et 63 % de ceux de Chaouia appartiennent à la tranche des 15 à 54 ans. L’agriculture constitue l’activité principale de 68,7 % des répondants du Saïs et de 71,4 % de ceux de Chaouia.

L’organisation collective occupe également une place notable dans cet échantillon : 52,1 % des producteurs interrogés dans le Saïs et 57 % dans la Chaouia appartiennent à une organisation professionnelle agricole.

Ces résultats ne peuvent cependant pas être extrapolés à l’ensemble du Royaume. L’étude porte sur des céréaliers de deux zones agricoles et utilise un échantillonnage par quotas lié notamment à l’importance du semis direct.

Une autre enquête de grande ampleur apporte un éclairage complémentaire. Des chercheurs, avec l’appui de l’ICARDA, ont interrogé environ 3 350 agriculteurs entre août et octobre 2024, dans les principales zones agricoles du Maroc. L’étude, publiée en 2025, s’intéresse notamment aux pratiques agricoles, aux risques climatiques perçus et aux stratégies d’adaptation. Les auteurs précisent toutefois que l’échantillonnage n’est pas probabiliste et qu’il ne permet donc pas de calculer une marge d’erreur nationale classique.

L’exploitation reste aussi une affaire de famille

Cette dimension apparaît particulièrement clairement dans certaines agricultures de montagne. Une étude publiée en 2024 sur des exploitations d’oasis de montagne marocaines montre que 93 % du travail consacré à l’élevage et 66 % de celui consacré aux cultures sont assurés par la main-d’œuvre familiale dans les exploitations étudiées.

Là encore, il ne s’agit pas d’une photographie de tout le Maroc. Mais ce résultat rappelle une caractéristique importante : derrière les statistiques de production se trouvent aussi des ménages agricoles dans lesquels travail, patrimoine, revenus et organisation familiale sont étroitement liés.

Un monde agricole confronté à une transformation rapide

Le changement le plus visible est peut-être celui de l’emploi. Entre 2024 et 2025, le secteur « agriculture, forêt et pêche » a encore perdu 41 000 emplois, selon le HCP. Cette évolution intervient après plusieurs campagnes fortement marquées par la sécheresse.

Le portrait qui ressort des données récentes n’est donc pas celui d’un agriculteur marocain unique. Il est celui d’une agriculture composée de situations très différentes selon les territoires, les systèmes de production, la taille des exploitations, l’accès à l’eau, la formation ou encore l’organisation professionnelle.

Comprendre cette diversité devient essentiel pour parler correctement d’agriculture au Maroc. Une innovation, un dispositif d’accompagnement ou une information agricole ne touche pas de la même manière un céréalier du Saïs, une exploitation familiale de montagne ou une entreprise horticole du Souss.

C’est peut-être là le principal enseignement : avant de parler aux agriculteurs marocains, encore faut-il savoir à quels agriculteurs on s’adresse.

Sources :

HCP – Emploi⁠

Revue Marocaine des Sciences Agronomiques et Vétérinaires.

Étude 2025 – Theoretical and Applied Climatology⁠

Cahiers Agricultures : 93 % du travail d’élevage et 66 % du travail des cultures étaient familiaux dans les exploitations étudiées.
Cahiers Agricultures – étude 2024⁠

HCP et Rapport Maroc 2025 du FMI⁠

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