Après une succession de campagnes marquées par un stress hydrique sévère, la saison agricole 2025-2026 s’est engagée sous un nouveau paradigme climatique. Les précipitations abondantes enregistrées depuis la fin de 2025 ont permis une reconstitution sensible des réserves hydriques dans de nombreux bassins agricoles du Royaume, ce qui constitue une amélioration notable des conditions de production par rapport aux années précédentes. Cependant, ce retour de l’eau pose aujourd’hui un défi agronomique complexe : comment préserver la qualité des cultures sensibles à l’humidité dans un contexte où l’eau, si longtemps rare, devient parfois excessive sur le terrain ?
Recomposition hydrique mais nouvelles vulnérabilités
Selon le dernier dossier Perspectives Agricoles 2026 disponible sur AgriMaroc.ma, les pluies automnales et hivernales ont contribué à reconstituer une partie des réserves en eau, après plusieurs années de déficit. À fin décembre 2025, les ressources disponibles dans les barrages atteignaient environ 6,37 milliards de mètres cubes, avec un taux de remplissage de près de 38 % des capacités totales, signe d’une amélioration notable des conditions hydriques comparativement aux saisons précédentes.
Dans le bassin du Loukkos, par exemple, un cumul pluviométrique dépassant les 520 mm a permis un bon démarrage des cultures et une recharge significative des nappes phréatiques, même si cette abondance exige une gestion rigoureuse des excédents hydriques pour éviter des impacts négatifs sur les cultures sensibles.
Humidité prolongée et risques phytosanitaires accrus
À mesure que les sols restent humides au-delà des besoins agronomiques, les productions de fruits et légumes font face à des conditions qui favorisent le développement de maladies fongiques et d’autres agents pathogènes. Un article publié récemment par AgriMaroc.ma souligne que l’humidité excessive, particulièrement dans des zones à sols argileux comme le Gharb ou le Tangérois, a déjà favorisé l’apparition de maladies cryptogamiques sur des cultures clé comme les agrumes, les oliviers et les céréales, augmentant l’incertitude pour les phases critiques de production.
Ce phénomène n’est pas isolé. Dans le bassin de production des fruits rouges autour de Larache, les conditions climatiques instables (pluies incessantes et vents violents) ont entraîné des dégâts matériels (serres partiellement endommagées) et des perturbations dans la conduite agronomique habituelle, affectant la phase de croissance des cultures en floraison ou en début de développement.
Agrumes et tomates : deux cultures testées par l’humidité
Certains bassins agricoles montrent à la fois des signes de reprise et des fragilités accrues du fait de l’humidité. Alors que la pluviométrie renforcée est saluée comme porteuse d’espoir pour la saison, cette humidité persistante impose une vigilance accrue sur les cultures d’agrumes et de tomates, particulièrement sensibles aux désordres hydriques et phytosanitaires.
Le cas de la tomate est particulièrement révélateur. Dans un article dédié à cette culture, AgriMaroc.ma souligne déjà qu’un démarrage influencé par des conditions météorologiques variables nécessite une vigilance technique renforcée, car les maladies cryptogamiques telles que le mildiou (Phytophthora infestans) peuvent se propager rapidement dans un contexte humide, compromettant à la fois les rendements et la qualité de production.
Impacts sur la qualité et organisation agronomique
Au-delà des risques phytosanitaires, l’humidité excessive complique l’organisation du travail agricole : les conditions de sol saturé ralentissent les opérations culturales, la rotation des cultures devient plus difficile, et la fenêtre d’intervention phytosanitaire se restreint. Cette situation impose aux agriculteurs une adaptation technique continue, notamment l’ajustement des calendriers de traitement, la gestion minutieuse des rotations de cultures et la prise en compte des contraintes logistiques engendrées par des parcelles gorgées d’eau.
Selon les données techniques de terrain et les témoignages professionnels relayés par AgriMaroc.ma, ces impacts se manifestent dans des zones basses irriguées ou périurbaines, où les risques d’excès d’eau sont les plus élevés, et où les cultures sensibles (agrumes, tomates, fruits rouges) sont actuellement confrontées à une pression sanitaire accrue.
Vers une gestion intégrée des risques hydriques
La campagne 2025-2026 illustre un défi agronomique à double visage : après des années de déficit hydrique, l’agriculture marocaine doit désormais composer avec des risques liés à une humidité excessive qui impacte la qualité des productions. À cet égard, le renforcement des pratiques agronomiques intégrées devient indispensable.
L’adoption de stratégies telles que :
- une amélioration du drainage des parcelles,
- la sélection de pratiques culturales adaptées à l’eau disponible,
- l’usage raisonné des traitements phytosanitaires en fonction des profils d’humidité,
- et une planification plus fine des interventions culturales en fonction des prévisions météorologiques,
sont autant de leviers techniques que les agriculteurs et ingénieurs agronomes doivent mobiliser face à ce contexte nouveau. La nécessité d’articuler ces approches agronomiques avec la gestion moderne des ressources en eau, déjà documentée par AgriMaroc.ma dans la rubrique Eau et irrigation (notamment l’importance de comprendre la texture des sols et leur capacité de rétention), demeure centrale pour sécuriser les productions à court et moyen terme.
Conclusion : une campagne 2025-2026 contrastée mais instructive
La saison 2025-2026 apparaît ainsi comme une campagne charnière pour l’agriculture marocaine : elle confirme que les épisodes climatiques extrêmes – alternance de sécheresse et d’humidité excessive – deviennent un facteur majeur de défi agronomique. Dans ce contexte, la capacité des filières à préserver la qualité des productions sensibles à l’humidité (agrumes, tomates, fruits rouges) dépend de l’intégration de pratiques agronomiques adaptées, d’une gestion ciblée des ressources hydriques et d’une anticipation des risques phytosanitaires — autant de sujets à approfondir pour les producteurs, ingénieurs et décideurs agricoles du Royaume.
