Maroc‑France : retour sur un partenariat renouvelé

Par 6 min de lecture Mis à jour Il y a 9 mois
Maroc‑France : retour sur un partenariat renouvelé © DR

L’agriculture figure depuis toujours parmi les piliers de la coopération franco‑marocaine. Dans un contexte marqué par les défis du changement climatique, de la raréfaction de l’eau et de la nécessité d’exporter davantage, cette relation prend aujourd’hui une nouvelle dimension. Depuis 2024, plusieurs accords et projets témoignent d’un partenariat renouvelé, orienté vers l’innovation, la filière et la durabilité.

De nombreux partenariats lancés

En mars 2024, à Paris, les deux pays signaient un accord administratif de coopération en matière de formation technique, agricole, vétérinaire et forestière. Cet engagement marque un tournant dans les échanges de compétences. Le Maroc et la France se sont engagés à développer et renforcer les échanges entre les établissements de formation et de recherche relevant des ministères concernés, précisait un communiqué du Ministère de l’Agriculture.

Quelques mois plus tard, lors du Salon International de l’Agriculture (SIA) 2025 à Paris, où le Maroc était pays invité d’honneur, un partenariat AgriTech a été signé entre le pôle digital du ministère marocain de l’Agriculture et l’association française « La Ferme Digitale ». L’objectif était clair :  optimiser l’usage des ressources, améliorer la traçabilité des produits et faciliter l’accès aux marchés grâce aux outils numériques .

En octobre 2025, deux nouveaux accords ont été conclus lors du 34ᵉ Sommet de l’Élevage à Clermont‑Ferrand. Le premier rassemble la Association Nationale des Éleveurs de Ovins et Caprins (ANOC), la Races Ovines des Massifs Sélection ainsi que les chambres d’agriculture de la région Auvergne‑Rhône‑Alpes et de l’Isère. Il vise à améliorer la génétique des cheptels marocains et à valoriser la production de lait de chèvre au nord du royaume. Le second accord porte sur la promotion des chaînes de valeur et la gestion durable des ressources naturelles en coopération entre la région Rabat‑Salé‑Kénitra et des entités françaises.

Autre exemple majeur : en octobre 2024 un protocole a été signé entre OCP Group (Maroc), Bpifrance et Agence Française de Développement (AFD). L’accord vise un soutien à l’agriculture durable et à la biodiversité, avec un fonds d’investissement de 50 millions d’euros destiné aux start‑ups, PME et ETI en Afrique, notamment dans l’agro‑alimentaire et l’agro‑écologie.

Et au‑delà de ces accords institutionnels, la recherche s’inscrit également dans cette dynamique. Le MAHDIA, projet porté par CIRAD (France) et plusieurs partenaires marocains pour promouvoir des systèmes agroécologiques et la résilience de l’eau, s’inscrit dans cette logique de coopération concrète.

Tableau : principaux projets et accords signés depuis 2024

DateAccord / ProjetParties impliquéesObjectifs clés
Mars 2024Accord formation agricole et vétérinaireFrance + Maroc (ministères concernés)Renforcer échange de compétences et coopération institutionnelle.
Octobre 2024Protocole OCP‑Bpifrance‑AFDOCP (Maroc) + Bpifrance + AFD (France)Soutien à l’agriculture durable, fonds 50 M€ pour start‑ups agro‑alimentaire.
Février–Mars 2025Accord AgriTech entre Maroc et FranceMinistère marocain de l’Agriculture (Pôle Digital) + La Ferme Digitale (France)Innovation, traçabilité, digitalisation de l’agriculture.
Octobre 2025Accords élevage ovins‑caprins & chaînes de valeurANOC/ROM + Chambres d’agriculture AU‑RA/Isère + Rabat‑Salé‑Kénitra (Maroc)Modernisation de l’élevage, gestion des ressources, coopération filière.

Impacts pour l’agriculture marocaine et française

Cette dynamique de partenariat propose plusieurs retombées concrètes pour le secteur agricole marocain. D’abord, la formation et le transfert de savoir‑faire institutionnel renforcent les capacités techniques nationales. Ensuite, l’innovation et les technologies numériques ouvrent de nouvelles perspectives pour la traçabilité, l’irrigation et l’optimisation des intrants. Enfin, les accords spécifiques aux filières (élevage, chaînes de valeur) créent des opportunités de structuration pour les producteurs et d’accès à des marchés premium.

Le fait que la France ait invité le Maroc comme pays d’honneur au SIA 2025 reflète ce regain d’intérêt. Le ministre délégué pour l’Europe et les Affaires étrangères de France, Benjamin Haddad, a d’ailleurs appelé à renforcer encore la coopération technique entre les deux nations « pour développer des solutions durables, adaptées localement, portées par l’innovation ».

Côté terrain, le Maroc profite d’une présence française de longue date, avec un marché dynamique et des investissements importants. Dernièrement sur AgriMaroc Jeanne Gautier, Directrice Générale de Gautier Semences, soulignait que le Maroc était prioritaire pour l’entreprise qui était présente au Maroc depuis de nombreuses années « Depuis 2011, nous exploitons notre propre centre d’expérimentation dans le Souss‑Massa… Cette station nous permet de mettre au point des variétés performantes pour le marché local, directement sur le terrain, au plus près des producteurs marocains ».

La France elle, va désormais pouvoir compter prochainement sur l’expertise marocaine dans l’oléiculture, puisqu’un accord bilatéral signé lors du SIAM va permettre l’accompagnement d’agriculteurs français en quête d’adaptation au changement climatique vers l’oléiculture. En effet dans le sud de la France, là ou les rendements céréaliers se réduisent, des producteurs locaux s’intéressent à de nouvelles cultures plus adaptées au climat changeant.

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Il faudra également suivre le développement d’entreprises marocaines comme AgriData qui partent désormais sans complexe à la conquête de marchés européens ou sud-américains.

Défis et pistes de progrès

Le rapprochement ne va pas sans obstacles. Le contexte économique européen, les tensions liées à certains produits agricoles importés, ou encore le besoin d’adapter les innovations au contexte marocain (climat, ressources en eau, structures de production) sont autant de défis. Pourtant, les accords signés offrent une base solide pour avancer.

Pour les exploitations marocaines, il s’agit de s’engager dans cette dynamique, d’entrer dans les chaînes de coopération franco‑marocaines, de s’approprier les outils numériques et de penser l’innovation agricole dans un cadre de durabilité. Les acteurs institutionnels, les coopératives et les producteurs doivent tirer profit de ces partenariats pour renforcer leur compétitivité à l’export et leur résilience locale.

Depuis 2024, la relation agricole entre la France et le Maroc s’est renouvelée, marquée par une série d’accords qui vont du numérique à l’élevage, de la recherche à la formation. Cette coopération revêt une dimension stratégique pour le Maroc, tant sur le plan de la modernisation de ses filières que de son positionnement international. À l’heure où l’agriculture doit s’adapter à la fois aux défis climatiques et à l’export, le partenariat franco‑marocain apparaît comme un levier clé. Pour les professionnels marocains, il offre la perspective d’intégrer un réseau d’innovation, de formation et d’expertise, tout en consolidant leur place sur la scène mondiale.

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