La campagne du kaki bat son plein au Maroc et, pour la première fois depuis plusieurs saisons, elle se lit à la fois dans les champs et sur les tableaux commerciaux. Les vergers de Chichaoua et des plaines atlantiques autour d’Agadir déroulent leurs premières caisses vers les centres de conditionnement. Les initiatives privées et la montée en surface observée ces dernières années situent désormais le Maroc comme un fournisseur attentif sur le marché européen mais encore loin d’en être le maître d’œuvre.
Sur le terrain, la campagne se déroule en trois temps qui se chevauchent : la fenêtre de cueillette calibrée sur la fermeté, le refroidissement précoce et le conditionnement selon destination. Les équipes cueillent de préférence le matin et favorisent un tri strict au verger. Le passage rapide en chambre froide reste la variable qui fait souvent basculer un lot vers l’export ou le marché domestique : sans refroidissement immédiat, la tenue s’érode et la marge s’amenuise. Ces gestes, élémentaires mais non universellement maîtrisés, restent le premier goulot d’étranglement opérationnel de la campagne.
Les exportateurs marocains se répartissent en deux profils. Certains misent sur la réactivité, la route courte vers l’Espagne et des volumes réguliers à prix compétitif. D’autres investissent pour viser des niches premium : conditionnement soigné, traçabilité et chambres froides garantissant une fenêtre de conservation prolongée.
Côté prix et dynamique de marché, l’Europe affiche toujours une demande structurée pour le kaki et des niveaux tarifaires attractifs sur certains calibres et catégories. Cette configuration crée une fenêtre commerciale pour le Maroc, à condition de garantir constance et lots homogènes.
La contrainte majeure reste climatique et logistique. Sur la question de savoir si le kaki peut devenir une « culture d’avenir » au Maroc, la réponse tient à trois conditions. La première est l’accès aux investissements pour la chaîne froide et le conditionnement. La seconde est l’organisation commerciale : sans contrats d’achetés récurrents et preuves de conservation, la prime européenne reste hypothétique. La troisième concerne la structuration des surfaces et la qualité agronomique : variété adaptée, conduite d’irrigation et protocoles de récolte doivent converger pour produire des lots homogènes et exportables. Lorsque ces éléments s’assemblent, la filière peut capter des marges intéressantes et s’inscrire durablement sur des créneaux payants.

Bonjour je suis Sénégalais