À Laâyoune, au cœur des provinces du Sud, un pôle scientifique de nouvelle génération s’affirme comme un acteur majeur de la transition agricole au Maroc et en Afrique.
L’Institut Africain de Recherche en Agriculture Durable (ASARI), relevant de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), développe et teste des solutions adaptées aux milieux arides, où la pression climatique, la rareté de l’eau et la salinité des sols imposent de repenser les modèles de production. Opérationnel depuis 2020, l’Institut s’est donné pour mission de soutenir les agriculteurs de ces territoires et de renforcer leur résilience face aux contraintes environnementales.
À travers cinq grands programmes de recherche, l’ASARI aborde les défis agronomiques sous un angle appliqué. Les travaux portent sur l’agriculture en milieux arides, la bioraffinerie et la bioénergie, la valorisation des productions animales, la gestion durable de l’eau et de l’énergie, ainsi que sur la culture et la valorisation des microalgues et macroalgues. Ce positionnement traduit la volonté de produire des solutions directement opérationnelles, issues d’une approche scientifique solide mais tournée vers les pratiques de terrain.
Dans une déclaration à la MAP, le directeur de l’Institut, Lamfeddal Kouisni, met en avant trois brevets développés au sein du centre, déjà porteurs d’applications concrètes. Le premier concerne une méthode optimisée d’extraction de biomolécules à partir de plantes aromatiques et médicinales du désert, améliorant à la fois la qualité et le rendement des extraits. Le second porte sur un bioréacteur hybride capable de produire simultanément bioénergie et biofertilisants à partir de biomasse, une technologie qui intéresse particulièrement les exploitations en zones isolées. Le troisième brevet concerne un biopesticide à base d’algues rouges, efficace contre la cochenille, insecte ayant ravagé des milliers d’hectares de cactus au Maroc. Cette avancée représente un enjeu national majeur pour la restauration des plantations de cactus dans plusieurs régions touchées ces dernières années.
une stratégie de transfert de connaissances vers les agriculteurs
Au-delà de la recherche en laboratoire, l’ASARI a développé une stratégie de transfert de connaissances vers les agriculteurs. Des plateformes de démonstration permettent aux exploitants d’observer directement les performances des variétés et techniques testées. Parmi les solutions proposées, le Blue Panicum, une espèce fourragère résistante à la sécheresse et à la salinité, se présente aujourd’hui comme une alternative réaliste pour l’alimentation animale dans les zones arides du Sud. Cette plante, en réduisant la dépendance aux fourrages importés ou aux pâturages surexploités, pourrait contribuer à stabiliser les systèmes d’élevage régionaux.
L’Institut dispose également d’une serre de recherche et développement de haute technologie, première du genre au Maroc, permettant de contrôler finement température, lumière et humidité. Cet espace constitue un pont essentiel entre expérimentation scientifique et validation agronomique, en accélérant le passage du prototype au champ. L’objectif est d’industrialiser les innovations pertinentes, après vérification de leur robustesse dans des conditions réelles.
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Originaire du Kenya, le professeur Dennis Ashilenge rappelle l’importance d’adapter les modèles agricoles aux réalités climatiques extrêmes. Ses travaux portent sur l’agroécologie et la restauration de la fertilité des sols en milieux salinisés. Il souligne que l’enjeu n’est pas uniquement technologique, mais bel et bien agronomique et territorial. Développer des systèmes productifs résilients revient à reconstruire la relation entre la plante, le sol et l’écosystème, dans une logique de long terme.
Avec 32 chercheurs, dont plusieurs issus d’autres pays africains, l’ASARI fonctionne comme une plateforme de coopération régionale. L’ambition est claire : faire des provinces du Sud un laboratoire ouvert de l’agriculture adaptée à l’aridité, dont les solutions pourront ensuite être transférées à d’autres pays confrontés au même défi climatique. Cette approche s’inscrit dans la dynamique marocaine de diplomatie agricole et de partage d’expertise, déjà à l’œuvre dans de nombreux programmes de partenariat avec l’Afrique subsaharienne.
Dans un contexte où le stress hydrique devient structurant pour l’avenir des systèmes agricoles, l’existence d’un tel centre dans le Sud du Maroc prend tout son sens. L’ASARI ne se présente pas seulement comme un institut de recherche, mais comme un acteur de terrain, travaillant au contact direct des agriculteurs et des communautés. C’est dans cette proximité que se joue la crédibilité et l’impact durable de l’innovation.
