Réunis en Assemblée Générale Ordinaire, les membres de la Confédération Marocaine de l’Agriculture et du Développement Rural (COMADER) ont publié un communiqué dans lequel ils souhaitent attirer l’attention de l’opinion publique sur les réalités auxquelles sont confrontés quotidiennement les agriculteurs marocains.
L’organisation y dresse un état des lieux des principales contraintes qui pèsent sur les exploitations agricoles et formule plusieurs propositions visant à renforcer la résilience et la compétitivité du secteur.
Selon la COMADER, l’agriculture nationale évolue depuis plusieurs années dans un contexte marqué par la succession des épisodes de sécheresse, le déficit structurel des ressources en eau d’irrigation, l’augmentation continue des coûts de production, la pénurie de main-d’œuvre agricole ainsi que les profondes mutations que connaît le monde rural.
La Confédération souligne que les agriculteurs, constitués majoritairement de petites et moyennes exploitations en zones bour ou irriguées, doivent faire face simultanément à plusieurs contraintes. Elle cite notamment le déficit croissant des ressources hydriques et les incertitudes entourant les disponibilités futures en eau d’irrigation, la hausse des prix des intrants agricoles, notamment les engrais, les semences, les produits phytosanitaires, l’énergie, l’alimentation du bétail et les équipements, ainsi que la pénurie de main-d’œuvre et l’augmentation de son coût, particulièrement durant les périodes de récolte.
Le communiqué évoque également la hausse continue des charges de production, de conditionnement, de transport et de commercialisation, les difficultés d’accès aux marchés, la multiplication des intermédiaires entre le producteur et le consommateur, les contraintes fiscales, notamment celles liées à la récupération de la TVA, ainsi que les effets des importations sur l’équilibre économique de plusieurs filières agricoles nationales.
La COMADER rappelle que le prix payé par le consommateur final ne reflète pas nécessairement le revenu perçu par l’agriculteur. Selon elle, dans plusieurs filières, les prix à la production demeurent insuffisants pour couvrir l’ensemble des charges supportées par les exploitations, dont les coûts ont fortement augmenté au cours des dernières années. La Confédération estime que cette situation souligne la nécessité d’actualiser régulièrement les référentiels des coûts de production afin d’adapter les mécanismes d’accompagnement aux réalités économiques du terrain.
L’organisation attire également l’attention sur la situation de certaines filières stratégiques en matière de commercialisation. Elle cite l’exemple de la filière céréalière où, malgré l’amélioration de la production durant la campagne 2025-2026, les conditions de commercialisation demeurent, selon elle, insuffisamment rémunératrices pour permettre aux agriculteurs d’assurer la rentabilité et la pérennité de leurs exploitations.
Malgré ces contraintes, la COMADER rappelle que l’agriculture demeure un pilier essentiel de l’économie nationale, de la sécurité alimentaire, de l’emploi rural et de l’équilibre territorial. La Confédération salue l’engagement des agriculteurs qui, malgré les campagnes successives marquées par la sécheresse et un contexte économique difficile, continuent d’assurer l’approvisionnement régulier du marché national, de préserver l’emploi rural, d’investir dans la modernisation de leurs exploitations et d’améliorer l’efficience de l’utilisation de l’eau.
La Confédération insiste par ailleurs sur la nécessité de distinguer les véritables professionnels du secteur agricole des intervenants occasionnels ou spéculatifs dont certaines pratiques peuvent, selon elle, porter atteinte à l’image de l’agriculture marocaine. Dans ce contexte, elle considère que la mise en place d’une carte professionnelle de l’agriculteur et de l’éleveur constitue un chantier prioritaire permettant une meilleure identification des acteurs du secteur et un ciblage plus efficace des politiques publiques.
La COMADER rappelle enfin le rôle central des interprofessions agricoles dans la gouvernance et le développement des filières. Elle estime que ces organisations devraient être étroitement associées aux décisions relatives aux importations et aux exportations afin de garantir un équilibre durable entre la production nationale, l’approvisionnement du marché, la compétitivité des filières et les impératifs de sécurité alimentaire.
En conclusion, la Confédération exprime sa préoccupation face à certaines analyses ou déclarations qu’elle juge réductrices concernant l’agriculture. Elle appelle à une mobilisation collective afin de renforcer la résilience et la compétitivité du secteur agricole, de garantir une gestion durable des ressources naturelles et de consolider durablement la souveraineté alimentaire du Royaume.
Source : Communiqué de presse de la Confédération Marocaine de l’Agriculture et du Développement Rural (COMADER), « L’agriculteur marocain face à des défis structurels : pour une meilleure compréhension des réalités du terrain », Rabat, 23 juin 2026.
