Dans les programmes phytosanitaires des cultures maraîchères et fruitiers, le choix entre fongicides systémiques et fongicides de contact reste un point de débat récurrent. Derrière cette distinction classique se cachent des enjeux techniques majeurs, qui touchent directement l’efficacité des traitements, la gestion des résistances et le niveau de résidus sur les productions, en particulier dans un contexte d’exportation vers des marchés de plus en plus exigeants.
Les fongicides de contact agissent à la surface des organes végétaux. Ils forment une barrière protectrice empêchant la germination des spores ou la pénétration du champignon. Leur efficacité repose essentiellement sur la qualité de la couverture et le positionnement du traitement. En conditions marocaines, caractérisées par des épisodes de pression fongique souvent brutaux liés à l’humidité ou aux écarts thermiques, ces produits restent des outils de base, notamment en début de cycle ou en stratégie préventive. Leur principal avantage réside dans leur faible pression de sélection vis-à-vis des résistances, car ils agissent généralement sur plusieurs sites biologiques du pathogène.
À l’inverse, les fongicides systémiques pénètrent dans les tissus végétaux et peuvent circuler, partiellement ou totalement, dans la plante. Cette propriété leur confère une efficacité accrue en situation de contamination déjà installée ou lorsque les conditions climatiques limitent la persistance des produits de contact. Toutefois, la majorité des fongicides systémiques disponibles appartiennent à des familles à site d’action spécifique. Les travaux de l’FRAC montrent clairement que ce mode d’action ciblé augmente le risque de sélection de souches résistantes lorsque ces substances sont utilisées de manière répétée ou isolée.
l’efficacité apparente supérieure des fongicides systémiques peut s’éroder rapidement en cas de mauvais raisonnement des programmes
Les essais menés en conditions méditerranéennes, notamment en France et en Espagne, soulignent que l’efficacité apparente supérieure des fongicides systémiques peut s’éroder rapidement en cas de mauvais raisonnement des programmes. Des diminutions significatives de sensibilité ont été documentées sur plusieurs pathogènes majeurs comme l’oïdium, le mildiou ou la botrytis, en lien direct avec des stratégies trop centrées sur une même famille chimique. Ces observations sont pleinement transposables aux bassins de production marocains, où la pression sanitaire élevée et la succession rapide des cultures accentuent ce risque.
La question des résidus constitue un autre point clé de différenciation. Les fongicides de contact, du fait de leur positionnement majoritairement précoce et de leur absence de pénétration dans les tissus, présentent généralement un risque résiduel plus faible à la récolte, à condition de respecter les délais avant récolte. À l’inverse, certains fongicides systémiques, bien que parfaitement homologués, nécessitent un raisonnement très rigoureux du calendrier d’application pour éviter les non-conformités, notamment sur les cultures à récoltes fractionnées comme la tomate, la fraise ou la courgette.
Les données issues des contrôles montrent que les dépassements de limites maximales de résidus sont plus fréquemment associés à des substances systémiques mal positionnées qu’à des produits de contact. Cela ne remet pas en cause leur intérêt agronomique, mais souligne l’importance d’une intégration raisonnée dans des programmes combinant prévention, alternance des modes d’action et adaptation à la pression réelle des maladies.
les fongicides systémiques doivent être réservés à des situations ciblées
Les instituts techniques convergent aujourd’hui vers une approche équilibrée. Les fongicides de contact constituent la colonne vertébrale des stratégies préventives, tandis que les fongicides systémiques doivent être réservés à des situations ciblées, intégrés dans des séquences limitées et toujours alternés avec d’autres modes d’action. Cette logique permet de préserver l’efficacité des solutions disponibles, de limiter la dynamique de résistance et de sécuriser la conformité des productions marocaines sur les marchés d’exportation.
Dans un contexte de restrictions réglementaires croissantes et de pression accrue sur les résidus, le débat ne se situe plus dans l’opposition entre systémique et contact, mais dans la capacité des producteurs et conseillers à raisonner finement leur complémentarité. C’est à ce prix que la protection phytosanitaire restera à la fois efficace, durable et compatible avec les exigences économiques et commerciales des filières marocaines.
Sources : Frac
Anses
EFSA
ONSSA
