Symbole des zones arides et plante emblématique du Maroc, le cactus reprend aujourd’hui racine dans le paysage agricole national. Après avoir été ravagée par la cochenille depuis 2014, cette culture connaît une véritable renaissance grâce au programme national de plantation de cactus résistants, pilier de la stratégie « Génération Green 2020-2030 ».
Ce vaste chantier, lancé par le ministère de l’Agriculture, vise à reconstituer 122 000 hectares d’ici 2028, pour un investissement global de 1,4 milliard de dirhams, auxquels s’ajoutent 100 000 hectares supplémentaires en étude. L’objectif est clair : redonner à cette filière sa fonction économique et écologique, essentielle dans les territoires semi-arides.
Une filière reconstruite par la recherche nationale à travers l’INRA
C’est à l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) que revient la prouesse scientifique d’avoir identifié et développé huit variétés de cactus résistantes à la cochenille. Ces variétés, sélectionnées après plusieurs années d’essais en station expérimentale, ont démontré une résistance naturelle à l’insecte ravageur, tout en conservant un bon rendement et une forte adaptabilité aux conditions climatiques locales.
huit variétés de cactus résistantes à la cochenille
Grâce à ce programme, plus de 16,3 millions de plants résistants ont déjà été produits et distribués aux agriculteurs dans l’ensemble du Royaume. Dans la région des Doukkala, par exemple, 1 600 hectares sont programmés pour la replantation, dont 880 hectares réalisés à ce jour, confirmant le retour progressif de la filière dans ses zones historiques.
Un levier économique et écologique pour les zones arides
Au-delà de sa valeur marchande, le cactus joue un rôle essentiel dans la lutte contre la désertification et la préservation des écosystèmes fragiles. Sa capacité à stocker l’eau et à pousser sur des sols pauvres en fait une ressource précieuse pour les agriculteurs des zones marginales. Il contribue également à l’alimentation animale et humaine, notamment sous forme de fruits, de fourrages ou de dérivés transformés à haute valeur ajoutée (jus, huiles, cosmétiques).
Le programme de reconstitution de la filière s’accompagne d’un appui technique et organisationnel : formation des agriculteurs, structuration de coopératives et valorisation des produits dérivés. Ces actions visent à garantir la durabilité du projet et à consolider la résilience des revenus agricoles dans les régions affectées.
Un symbole de l’agriculture durable du Maroc avec une filière en reconstruction mais tournée vers l’avenir
Pour le ministère de l’Agriculture, cette relance illustre la vision portée par la stratégie Génération Green, qui met l’accent sur la durabilité, la valorisation des ressources locales et l’inclusion sociale. Le cactus s’inscrit pleinement dans cette logique d’adaptation au changement climatique. En intégrant les résultats de la recherche agronomique et les besoins du terrain, le programme démontre la capacité du Maroc à transformer un fléau en opportunité de développement.
Dans les provinces du sud, notamment à Guelmim-Oued Noun et dans le Souss-Massa, les plantations de cactus résistants commencent déjà à produire des résultats prometteurs. Des coopératives locales participent activement à la mise en place des plants et à la diffusion de nouvelles pratiques de gestion.
Les perspectives sont encourageantes. À l’horizon 2028, la filière devrait générer des milliers d’emplois directs et indirects et consolider l’autonomie fourragère de plusieurs zones pastorales. L’enjeu est désormais de structurer la commercialisation et la transformation, pour faire du cactus marocain un produit à valeur ajoutée reconnu sur les marchés nationaux et internationaux.
De plante de survie, le cactus devient ainsi symbole de renaissance agricole, porté par la recherche et l’innovation. Un modèle de réussite qui illustre la résilience du monde rural marocain et son engagement vers une agriculture durable et inclusive.
