Une équipe associant l’Université Mohammed VI Polytechnique et le Canadian Light Source a amélioré la libération du potassium contenu dans une syénite par traitement hydrothermal. Les résultats sont prometteurs pour la recherche sur les fertilisants minéraux locaux, mais aucun essai agronomique ne permet encore d’en recommander l’utilisation au champ.
Libérer un potassium naturellement peu accessible
La syénite est une roche magmatique pouvant contenir des minéraux riches en potassium. À l’état brut, une grande partie de cet élément reste enfermée dans la structure cristalline des feldspaths et n’est pas immédiatement disponible pour les racines.
Les chercheurs ont traité la roche avec de l’oxyde de calcium dans un milieu hydrothermal, à des températures comprises entre 160 et 200 °C pendant sept heures. Dans les conditions les plus poussées, à 200 °C, la proportion de feldspath potassique a été réduite à environ 50 %, parallèlement à la formation d’environ 40 % de phases potassiques décrites comme plus labiles.
Les essais de lixiviation dans l’eau ont fait apparaître deux étapes : une libération initiale rapide, suivie d’une diffusion plus progressive. Les concentrations mesurées après quinze minutes ont atteint environ 1.600 mg/l de potassium et 900 mg/l de calcium.
Ces valeurs décrivent le comportement du matériau dans un essai de laboratoire. Elles ne correspondent ni à une dose fertilisante recommandée ni à une quantité nécessairement absorbée par une culture.
Une piste encore éloignée du champ
Cette publication prolonge plusieurs travaux menés sur des roches potassiques marocaines. Dès 2021, des chercheurs avaient testé un traitement alcalin de syénites et de trachytes provenant de Tamazeght, Jbel Boho, Aït Saoun et El Glo’a. Une autre étude publiée en 2025 avait examiné la valorisation de syénites du sud marocain.
Le calcium libéré et la carbonatation observée suggèrent également un potentiel d’amendement pour certains sols acides. Cette perspective ne peut toutefois pas être généralisée aux sols marocains, souvent calcaires ou alcalins, où un apport calcique supplémentaire n’aurait pas nécessairement le même intérêt.
Avant de parler d’un nouvel engrais, des essais sur différentes cultures et catégories de sols restent indispensables. Il faudra aussi contrôler la composition complète du matériau, l’innocuité, la disponibilité réelle du potassium, les doses, le coût du broyage et du traitement à haute température, ainsi que la conformité réglementaire. À ce stade, la syénite traitée constitue donc un prototype minéral prometteur, pas un fertilisant commercialisé.
Sources :
Amine El Messbahi et collaborateurs, « Syenite rock as an alternative for potassium source: Synchrotron based investigation and element release kinetics », Minerals Engineering, volume 247, article 110494, 2026.
https://doi.org/10.1016/j.mineng.2026.110494
Geology and Sustainable Mining Institute, UM6P, « Syenite Rock as an Alternative Potassium Fertilizer Source », publication institutionnelle, juillet 2026.
https://www.linkedin.com/posts/geology-sustainable-mining-institute-gsmi_gsmi-um6p-potassiumfertilizer-activity-7472686936793694208-hhaU
Raji et collaborateurs, « Alkali-Hydrothermal Treatment of K-Rich Igneous Rocks for Their Direct Use as Potassic Fertilizers », Minerals, 3 février 2021.
https://www.mdpi.com/2075-163X/11/2/140
El Messbahi et collaborateurs, « Zero-waste valorization of K-rich igneous rocks for cleaner potassic fertilizers », Journal of Cleaner Production, 10 août 2025.
https://doi.org/10.1016/j.jclepro.2025.146075
