Après dix années d’expérimentation sur neuf sites répartis en France, l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) affirme qu’il est possible de produire sans aucun pesticide tout en maintenant une viabilité économique des exploitations. Les résultats du programme Rés0Pest, dévoilés en juin 2026, apportent de nouveaux éléments au débat sur la réduction des produits phytosanitaires dans les systèmes agricoles. Eclairage.
situation différente de l’agriculture biologique
L’originalité de cette expérimentation réside dans son approche. Les chercheurs ont supprimé totalement les pesticides tout en conservant les engrais minéraux, se plaçant ainsi dans une situation différente de l’agriculture biologique. L’objectif n’était pas de proposer un modèle unique, mais d’évaluer jusqu’où des systèmes agricoles peuvent fonctionner en s’appuyant principalement sur les mécanismes biologiques et agronomiques.
Selon Jean-Noël Aubertot, initiateur du projet, les conclusions sont claires : les systèmes de culture sans produits phytosanitaires sont techniquement réalisables et peuvent également être économiquement rentables. Toutefois, les résultats varient fortement selon les territoires, les espèces cultivées et les conditions climatiques.
Les essais ont montré que certaines cultures se comportent particulièrement bien dans ces conditions. Les pommes de terre, les betteraves et le blé ont obtenu des performances satisfaisantes dans plusieurs régions. Les rendements céréaliers demeurent généralement inférieurs à ceux des systèmes conventionnels utilisant des pesticides, mais restent supérieurs à ceux observés en agriculture biologique.
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L’un des leviers majeurs de réussite repose sur la combinaison de plusieurs pratiques agronomiques. Les chercheurs ont allongé les rotations, modifié les dates de semis, renforcé le désherbage mécanique et introduit des aménagements favorables aux auxiliaires de culture. Des bandes fleuries composées de plus de vingt espèces végétales ont notamment permis de soutenir les populations d’insectes prédateurs des ravageurs.
L’expérience met également en avant le rôle croissant de la sélection variétale.
L’expérience met également en avant le rôle croissant de la sélection variétale. Sur le site d’Estrées-Mons, dans le nord de la France, la variété de blé Géopolis, développée par Agri Obtentions, a démontré une bonne résistance à plusieurs maladies majeures, dont la septoriose et les rouilles.
Au-delà des résultats économiques immédiats, l’Inrae souligne que l’évaluation des performances devrait intégrer d’autres bénéfices souvent absents des calculs classiques : amélioration de la biodiversité, préservation de la qualité de l’eau, restauration de la santé des sols et réduction des coûts sanitaires liés à l’exposition aux pesticides.
Source : Science et Avenir

