Pourquoi les biopesticides peinent à s’imposer en Afrique malgré leur potentiel agronomique ?

Par 3 min de lecture Mis à jour Il y a 8 mois
Pourquoi les biopesticides peinent à s’imposer en Afrique malgré leur potentiel agronomique ?

Dans un contexte de changement climatique, de pression accrue des ravageurs et d’une demande mondiale croissante pour des aliments avec moins de résidus, les biopesticides émergent comme une option stratégique pour l’Afrique et le Moyen-Orient.

Selon le rapport Accelerating the Regulatory Pathways for Biopesticides in the Africa and Middle East Region publié en août 2025 par CropLife Africa Middle East sous la direction de Stella Simiyu, ces produits, dérivés de sources naturelles et intégrés dans la lutte intégrée contre les nuisibles (IPM), peuvent contribuer à une agriculture plus durable et plus compétitive à l’exportation.

Les biopesticides se distinguent par leur diversité d’agents : des macro-organismes (prédateurs naturels), des micro-organismes (bactéries, champignons, virus), des semiochemicals (phéromones) et des biochemicals (extraits botaniques ou substances naturelles innovantes). Ils complètent l’action des pesticides classiques, améliorent la gestion des résistances, réduisent les résidus sur cultures proches de la récolte, et présentent des risques environnementaux moindres tout en étant relativement sûrs pour les applicateurs.

La part de marché des biopesticides dans la région Afrique-Moyen-Orient reste limitée — environ 4 % du marché mondial

Malgré ces avantages agronomiques potentiels, la part de marché des biopesticides dans la région Afrique-Moyen-Orient reste limitée — environ 4 % du marché mondial — loin derrière l’Asie (43 %), l’Amérique du Nord (28 %) ou l’Europe (14 %). Cette faiblesse s’explique majoritairement par des blocages réglementaires et des cadres d’homologation inadaptés qui freinent l’innovation et l’accès des agriculteurs à ces technologies. 

Le rapport souligne plusieurs difficultés concrètes : l’absence de lignes directrices distinctes pour l’enregistrement des biopesticides dans de nombreux pays, la lenteur de l’harmonisation régionale, le manque d’experts au sein des autorités de régulation et l’insuffisance de formation pratique des agriculteurs sur l’utilisation de ces outils. Seuls quelques pays comme l’Afrique du Sud, le Kenya, la Tanzanie, le Zimbabwe, l’Ouganda ou le Maroc ont déjà commencé à établir des cadres spécifiques, souvent en s’appuyant sur des initiatives sous-régionales comme celles de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) ou du Comité Sahelien pour les Pesticides (CSP). 

Pour lever ces freins, le rapport recommande d’adapter et d’harmoniser les régulations existantes, de renforcer les capacités des autorités et de former les agriculteurs à l’intégration des biopesticides dans des programmes IPM. Il appelle également à renforcer la traduction de la recherche en produits commercialisables, à promouvoir l’adoption via des ressources d’apprentissage et à sensibiliser les parties prenantes aux bénéfices économiques et environnementaux de ces solutions.

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Aux côtés des cadres réglementaires, l’enjeu pour l’Afrique sera de développer des chaînes d’approvisionnement viables, d’accroître la confiance des agriculteurs et de capitaliser sur la demande agricole mondiale pour des produits à faibles résidus. Pour des pays comme le Maroc, qui œuvre déjà à l’intégration de pratiques agricoles durables et à l’accès à de nouvelles solutions phytosanitaires, ces pistes représentent une opportunité pour renforcer la compétitivité de ses filières exportatrices tout en réduisant l’empreinte environnementale de sa production. 

Source : Accelerating the Regulatory Pathways for Biopesticides in the Africa and Middle East Region, CropLife Africa Middle East, août 2025

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