Le porte-greffe, allié stratégique des producteurs de tomate au Maroc

Par 5 min de lecture Mis à jour Il y a 8 mois
Le porte-greffe, allié stratégique des producteurs de tomate au Maroc © Vilmorin

Dans les grandes zones maraîchères du Royaume, de Souss-Massa à Larache en passant par le Gharb, la tomate demeure l’une des filières les plus structurantes de l’agriculture marocaine.

Elle représente une part importante de l’emploi agricole, de la valeur ajoutée locale et des exportations vers les marchés européens, britanniques et du Moyen-Orient. Toutefois, l’intensification des cultures, la pression des maladies telluriques et la raréfaction de l’eau imposent aux producteurs d’adopter des techniques leur permettant de préserver la vigueur et la productivité des plants sur des cycles de plus en plus longs. Parmi ces solutions, le greffage sur porte-greffe s’est imposé comme un levier majeur de performance agronomique.

Via son système racinaire robuste et puissant, le porte-greffe donne de la vigueur aux plants

Cette technique, désormais largement maîtrisée dans les pépinières professionnelles marocaines, consiste à associer deux plantes complémentaires : un porte-greffe, choisi pour la force de son système racinaire et sa résistance aux maladies du sol, et un greffon, sélectionné pour la qualité et le calibre des fruits. L’objectif est de renforcer la plante tout en préservant l’identité variétale recherchée par les marchés.

Un intérêt agronomique directement lié aux conditions marocaines

Dans un entretien accordé précédemment à AgriMaroc.ma, Mohammed Bouhsass, ingénieur et directeur de International Nursery, rappelait que l’utilisation du porte-greffe répond à des besoins concrets observés sur le terrain. « Via son système racinaire robuste et puissant, le porte-greffe donne de la vigueur aux plants de tomate », explique-t-il, soulignant que cette vigueur permet de mieux soutenir la plante face aux stress climatiques, notamment dans les périodes de forte chaleur ou de variations brusques de température.

Cette vigueur racinaire offre également un avantage déterminant dans les sols touchés par des nématodes ou des champignons telluriques, problèmes particulièrement répandus dans les serres de cultures intensives où les rotations sont difficiles. La stratégie n’est pas seulement curative : elle contribue à préserver la fertilité biologique des sols sur le long terme.

Différents types de porte-greffes selon l’objectif de culture

L’expert expliquait alors qu’« On distingue 2 types de porte-greffes : intra-spécifique, issus du croisement tomate × tomate, et inter-spécifique, issus du croisement tomate × espèces apparentées, plus résistantes que des tomates cultivées ». Ce choix technique n’est pas neutre.

Les porte-greffes intra-spécifiques favorisent un équilibre naturel de la plante et sont particulièrement adaptés aux cycles courts. Les porte-greffes inter-spécifiques, eux, apportent « une plus grande tolérance aux maladies telluriques et aux nématodes », ce qui les rend particulièrement intéressants pour les cycles longs pratiqués dans les serres du Souss-Massa.

Le choix du porte-greffe doit se faire en tenant compte du greffon

Trouver l’équilibre entre vigueur et production

Pour Mohammed Bouhsass, le succès du greffage repose sur une règle essentielle : « Le choix du porte-greffe doit se faire en tenant compte du greffon ; il faut chercher un équilibre végétatif-génératif du plant ».

porte greffe syngenta
Ph : Syngenta Maroc

Cet équilibre est au cœur de la conduite de la tomate sous serre. Une plante trop végétative développe beaucoup de feuilles au détriment des grappes. À l’inverse, une plante trop générative épuise ses réserves, donne des calibres hétérogènes et raccourcit la durée du cycle.

Le greffage, bien maîtrisé, permet justement de stabiliser cette dynamique, condition essentielle pour maintenir la production durant sept à neuf mois.

Une technique exigeante qui nécessite maîtrise et hygiène

La réussite du greffage repose sur la précision du geste et le contrôle des conditions de reprise en pépinière. L’ingénieur explique que « le porte-greffe et le greffon doivent avoir le même diamètre pour assurer une bonne soudure ». Après assemblage, « la tige passe environ une semaine en salle de reprise, où sont contrôlés l’humidité, la lumière et la température », afin d’éviter tout dessèchement ou infection.

le porte-greffe et le greffon doivent avoir le même diamètre pour assurer une bonne soudure

La maîtrise de l’hygiène est ici centrale. Bouhsass met en garde : « Les inconvénients du greffage peuvent surgir suite à un mauvais choix du porte-greffe ou à la non-maîtrise des conditions d’hygiène ». Contamination croisée, reprise incomplète de la greffe ou déséquilibre de vigueur peuvent réduire fortement les bénéfices attendus.

C’est pour cette raison que la plupart des producteurs marocains s’appuient sur des pépinières spécialisées, certifiées et équipées de salles climatiques. La montée en compétence de ces pépinières est l’un des facteurs clés qui ont permis au Maroc de consolider la qualité de son offre tomate à l’export ces dernières années.

Un impact direct sur la compétitivité de la filière

En permettant de prolonger les cycles de production, de réduire les pertes liées aux maladies du sol et d’optimiser le rendement par mètre carré, le greffage offre aux producteurs marocains un avantage concurrentiel décisif face aux autres pays exportateurs. Il permet également de réduire l’usage de produits phytosanitaires dans une logique de durabilité et d’alignement avec les exigences des marchés internationaux.

Pour les exploitations du Souss-Massa, où la gestion de l’eau et la longévité de la plante sont des enjeux majeurs, le porte-greffe n’est plus une option, mais une condition de résilience.

Retrouvez l’interview complète ici 

Catégories : Cahier Technique, Porte-greffes & matériel végétal, Semences & Choix variétal

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