Les précipitations enregistrées récemment dans plusieurs régions du Royaume, en particulier dans l’Oriental, constituent un signal encourageant pour les ressources hydriques et pour l’activité agricole, durement affectées par plusieurs années consécutives de sécheresse. Selon Kamal Aberkani, professeur à la Faculté pluridisciplinaire de Nador et expert en ingénierie et sciences agronomiques, ces pluies interviennent à un moment stratégique et pourraient générer des effets positifs mesurables à court et moyen terme.
Dans une déclaration à la MAP, l’expert souligne que ces précipitations contribuent directement à la recharge des nappes phréatiques et à l’amélioration des niveaux de stockage dans les barrages, deux enjeux majeurs pour une région structurellement exposée au stress hydrique. Cette dynamique hydrologique favorable devrait également inciter les agriculteurs à relancer certaines cultures, notamment les cultures fourragères et l’extension des superficies consacrées à l’orge, avec un impact attendu sur la disponibilité de l’alimentation animale et, par conséquent, sur la réduction des coûts de production en élevage.
Pour l’Oriental, où l’élevage constitue un pilier socio-économique important, cette évolution est particulièrement significative. L’amélioration des ressources fourragères pourrait contribuer à stabiliser les cheptels, fortement fragilisés par la succession des campagnes sèches, tout en renforçant l’offre sur les marchés locaux dans les mois à venir.
Les bénéfices des pluies ne concernent pas uniquement les systèmes pluviaux. Kamal Aberkani précise que les périmètres irrigués tireront également profit de ces apports hydriques, notamment à travers la réduction progressive de la salinité des sols. Ce phénomène, accentué dans l’Oriental par la surexploitation des ressources souterraines et la baisse prolongée des apports naturels, constitue un facteur limitant majeur pour la productivité agricole. Les précipitations récentes représentent ainsi, selon ses termes, un « soulagement naturel » pour les sols et pour la couverture végétale.
Sur le plan des infrastructures hydrauliques, l’expert insiste sur l’importance de la poursuite de cette dynamique pluviométrique pour renforcer le bassin de la Moulouya, axe hydrologique stratégique pour l’ensemble de la région. Cette perspective s’inscrit en complémentarité avec le projet de surélévation du barrage Mohammed V, destiné à augmenter les capacités de stockage, ainsi qu’avec les projets de modernisation de l’irrigation, notamment le développement du goutte-à-goutte dans la plaine du Kart, dans la province de Nador. L’efficacité de ces investissements structurants dépend étroitement de la disponibilité de la ressource, que ces pluies viennent opportunément soutenir.
Plus largement, Kamal Aberkani replace ces évolutions dans le cadre de la stratégie nationale impulsée sous les Hautes Instructions de SM le Roi Mohammed VI pour faire face au stress hydrique. Il rappelle que le Maroc s’est engagé dans une approche proactive reposant sur l’interconnexion des bassins hydrauliques et le déploiement de stations de dessalement d’eau de mer, considérées comme une véritable soupape de sécurité pour garantir la sécurité hydrologique et la souveraineté alimentaire du Royaume. L’irrigation agricole, qui mobilise environ 80 % des ressources en eau, demeure au cœur de ces arbitrages stratégiques.
L’expert souligne toutefois que la préservation durable de la ressource nécessite des mesures complémentaires, notamment une planification agricole rigoureuse liant les superficies cultivées aux niveaux de remplissage des barrages. Il met également en avant l’importance du soutien public aux agriculteurs, en particulier en matière de fertilisation et de mécanisation, comme levier essentiel pour renforcer la résilience du secteur.
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Enfin, Kamal Aberkani appelle à accélérer la digitalisation de l’agriculture marocaine, en intégrant davantage les technologies de pointe telles que les drones, les satellites, les capteurs et les applications intelligentes pour optimiser l’usage de l’eau. Il insiste aussi sur le rôle central de la recherche scientifique appliquée dans la sélection de variétés adaptées aux changements climatiques, caractérisées par des cycles de croissance plus courts.
En conclusion, l’expert estime que le positionnement du Maroc dans les domaines de la biotechnologie agricole et du développement de stimulateurs naturels renforçant la tolérance des plantes au stress hydrique conforte la crédibilité du Royaume comme partenaire agricole international fiable, fruit d’un effort continu de modernisation et d’investissement scientifique.
