Chez Lamiae Ghaouti, la vocation a précédé les responsabilités. Bien avant de diriger l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), elle avait déjà choisi son cap : comprendre le vivant pour mieux le mettre au service de l’humain.
Le premier déclic remonte à ses années de lycée, lorsqu’elle découvre les travaux de Gregor Mendel. Dans les lois de l’hérédité, elle voit bien plus qu’un simple enseignement scientifique : une véritable révélation qui forge très tôt sa conviction : pour comprendre la vie, il faut en saisir l’essence même, l’ADN.
Cette intuition originelle orientera durablement son parcours. Avant même de choisir l’agronomie, elle s’oriente vers l’amélioration génétique des plantes, convaincue que la génétique constitue un levier majeur pour renforcer la résilience, la productivité et l’adaptation des cultures aux agroécosystèmes. Pour elle, cette discipline ne relève pas seulement de la science fondamentale : elle représente aussi un outil stratégique au service de l’alimentation, de la souveraineté et de la dignité des peuples.
Son parcours académique reflète cette même cohérence intellectuelle et cette fidélité à ses choix initiaux. Titulaire d’un doctorat en agronomie, spécialité amélioration génétique des plantes, obtenu en 2007 à l’Université Georg-August de Göttingen (Allemagne), Lamiae Ghaouti a consacré sa thèse à la comparaison entre cultivars lignées pures et cultivars synthétiques dans l’amélioration locale de la fève pour l’agriculture biologique.
Derrière la responsable institutionnelle, Lamiae Ghaouti revendique l’identité d’une femme passionnée, guidée par le sens de ce qu’elle entreprend. L’exigence et l’intégrité structurent aussi bien ses choix professionnels que sa vie quotidienne, indique-t-elle dans une interview à la MAP.
La rigueur, nourrie par la discipline de la recherche scientifique, s’accompagne chez elle d’un pragmatisme assumé : la vision n’a de valeur, à ses yeux, que si elle débouche sur des solutions concrètes, applicables et utiles.
Elle place également le partage au cœur de son approche, qu’il s’agisse de la transmission des connaissances, de la répartition des responsabilités ou de la gestion des réussites comme des difficultés. Diriger, explique-t-elle, ne consiste pas seulement à orienter, mais à co-construire, fédérer, instaurer la confiance et permettre aux talents de s’exprimer pleinement. Une conception du leadership fondée sur l’intelligence collective, la constance et la capacité d’adaptation dans un environnement agricole souvent marqué par la complexité et l’incertitude.
Au fil des années, ce sont moins les succès visibles que les périodes de pression, de doute et de responsabilité silencieuse qui l’ont le plus façonnée. Apprendre à décider sans céder à l’émotion, tout en restant profondément humaine, fait partie des équilibres qu’elle a patiemment construits. Elle évoque également des rencontres académiques et professionnelles déterminantes, marquées par l’exigence intellectuelle et, surtout, par une éthique qui lui a appris qu’il est possible d’être ferme sans être dur, ambitieux sans perdre son humilité.
À cette expérience s’ajoute une conviction restée intacte : celle de servir une cause plus grande que soi. Dans la recherche agronomique, souligne-t-elle, il s’agit de nourrir, préserver et transmettre. C’est cette conscience qui donne du sens à l’effort, de la profondeur aux épreuves et transforme les difficultés en apprentissages.
Si elle ne se revendique pas l’héritière d’une influence unique, Lamiae Ghaouti reconnaît néanmoins le rôle central de ses parents dans la femme qu’elle est devenue. Leur humanisme, leur sens de la dignité, du respect et de l’effort ont constitué ses repères fondateurs. Plus qu’une éducation, elle dit avoir reçu auprès d’eux un socle de droiture, de bienveillance et de responsabilité qui continue de guider ses choix.
Sur la question de l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, la directrice de l’INRA apporte un regard lucide. Elle relève d’emblée que cette interrogation est encore trop souvent adressée aux femmes, comme si cette conciliation relevait d’un “défi féminin”, alors qu’elle concerne tout autant les hommes. Pour elle, il ne s’agit pas de rechercher une perfection illusoire, mais de construire un véritable soutien mutuel.
Dans cette équation, sa petite famille occupe une place essentielle. Elle y puise écoute, patience et encouragement, tout en veillant, en retour, à être présente pour les siens. Loin d’être une contrainte, ce soutien constitue, dit-elle, le socle de sa stabilité et de sa sérénité.
Au-delà des titres, elle se dit surtout fière d’avoir contribué à renforcer les capacités humaines et à créer un impact durable. Former les générations futures d’ingénieurs, ouvrir des cadres de recherche aux chercheuses et chercheurs, accompagner les talents et promouvoir un management disruptif figurent parmi les dimensions les plus structurantes de son engagement. Sa satisfaction la plus profonde réside dans cette capacité à ouvrir des voies, à inspirer et à permettre aux autres d’innover et de se dépasser, dans le respect de leur autonomie et de leur propre trajectoire.
Parmi les étapes marquantes de son parcours, elle cite le montage du projet IBTIKAR en 2024, conclu entre un consortium composé de l’IAV Hassan II, de l’INRA, de l’ENAM et de l’ENFI, en partenariat avec l’Union européenne. Axé sur la transition agroécologique, tant en matière de formation que de recherche, développement et innovation, ce projet représente, à ses yeux, une illustration concrète de ce que peut produire une dynamique collective fédérant, en synergie, talents féminins et masculins autour d’une ambition commune.
En ce 8 mars, Lamiae Ghaouti adresse enfin un message clair aux jeunes Marocaines désireuses de s’engager dans des domaines d’excellence et de responsabilité : “Aspirez avec passion, osez avec exigence et avancez avec courage”. Pour elle, croire en soi constitue la première étape, élever ses standards la seconde et dépasser ses craintes la troisième. Une conviction résume son regard sur l’avenir : là où le mérite prime, les femmes auront toujours leur place et sauront se distinguer.
MAP
