La sixième édition de la Morocco Tomato Conference (MTC), organisée le 21 mai 2026 à Agadir, s’est imposée comme l’un des principaux rendez-vous techniques et stratégiques de la filière tomate marocaine. Organisé par Green Smile sous l’égide de la FIFEL et de la Chambre d’agriculture du Souss-Massa, l’événement a réuni plus de 600 participants, 56 exposants et des délégations issues de plus de 25 pays autour des enjeux de compétitivité, de résilience phytosanitaire et d’évolution des marchés internationaux.
Une filière stratégique pour le Maroc
La tomate constitue aujourd’hui l’un des piliers des exportations agricoles marocaines. Le Maroc figure parmi les principaux exportateurs mondiaux de tomates fraîches, avec une production fortement concentrée dans la région du Souss-Massa, cœur national de la culture sous serre destinée aux marchés européens.
Dans ce contexte, la Morocco Tomato Conference 2026 s’est distinguée par un positionnement beaucoup plus stratégique que lors des précédentes éditions. Les discussions ont dépassé la seule dimension technique pour intégrer les problématiques de commerce international, de pression réglementaire européenne, de souveraineté phytosanitaire et de compétitivité globale de la filière marocaine.
Le thème central de cette édition, « Façonner un avenir durable pour le commerce de la tomate », illustre cette évolution vers une approche plus globale du secteur.
Marchés européens : entre opportunités et tensions
La première séquence de la conférence a été consacrée à l’évolution du commerce mondial de la tomate et au positionnement du Maroc face à ses concurrents directs, notamment l’Espagne, les Pays-Bas, le Mexique et la Turquie.
Les débats ont porté sur plusieurs sujets sensibles :
- L’évolution de la consommation européenne et la montée des exigences en matière de durabilité.
- Les tensions commerciales récurrentes entre producteurs espagnols et exportateurs marocains.
- La nécessité pour le Maroc de diversifier ses débouchés à l’export.
- Le positionnement sur des segments premium à plus forte valeur ajoutée.
Plusieurs intervenants ont souligné que la compétitivité marocaine ne peut plus uniquement reposer sur les coûts de production ou les volumes exportés, mais devra intégrer davantage de différenciation variétale, de qualité sanitaire, de traçabilité et de résilience climatique.
ToBRFV : le principal sujet phytosanitaire
La pression virale a occupé une place centrale dans les travaux de cette édition 2026. Le virus ToBRFV (Tomato Brown Rugose Fruit Virus) reste considéré comme l’une des principales menaces pour la production sous serre au Maroc et dans le bassin méditerranéen.
Les sessions scientifiques ont également abordé :
- Le TYLCV (Tomato Yellow Leaf Curl Virus).
- Le ToLCNDV.
- Les stratégies de biosécurité dans les exploitations.
- Les solutions intégrées de gestion sanitaire.
Le projet euro-méditerranéen VIRTIGATION a été présenté comme l’un des programmes de coopération visant à développer des réponses durables face aux virus émergents affectant la tomate.
Plusieurs semenciers internationaux présents à Agadir ont d’ailleurs mis en avant leurs nouvelles variétés résistantes au ToBRFV. Ces annonces confirment l’accélération de la compétition variétale autour des résistances virales dans le secteur de la tomate sous serre.
Le modèle mexicain comme référence comparative
L’un des temps forts de la conférence a concerné la présentation du modèle mexicain de production sous serre. Les organisateurs ont souhaité utiliser le Mexique comme benchmark international afin d’identifier des pistes d’amélioration transposables à la filière marocaine.
Les discussions ont porté sur :
- L’organisation des exploitations sous serre.
- La structuration de la chaîne export.
- La relation entre pépinières, producteurs et marchés.
- La compétitivité logistique.
- La résilience des systèmes de production.
Cette approche comparative illustre la volonté des opérateurs marocains d’anticiper les futures mutations du marché mondial de la tomate plutôt que de rester dans une logique uniquement défensive face aux pressions européennes.
Main-d’œuvre et gestion des risques climatiques
Autre évolution notable de cette édition 2026 : l’intégration de la problématique de la main-d’œuvre agricole dans les discussions stratégiques.
Les échanges ont porté sur :
- La disponibilité de la main-d’œuvre qualifiée.
- L’organisation du travail en serre.
- Les contraintes sociales croissantes dans les exploitations exportatrices.
- Les besoins de professionnalisation.
Parallèlement, plusieurs interventions ont traité des stratégies de gestion en conditions pluvieuses dans la région d’Agadir, notamment après les perturbations climatiques observées ces dernières campagnes.
Les questions d’hygiène globale, depuis la semence jusqu’aux stations de conditionnement, ont également été mises en avant comme levier essentiel de réduction des risques sanitaires et commerciaux.
Une plateforme devenue stratégique pour l’écosystème tomate
Ces dernières années, la Morocco Tomato Conference s’est imposée progressivement comme une plateforme de dialogue sectoriel pour l’ensemble de l’écosystème tomate au Maroc.
L’édition 2026 confirme plusieurs tendances lourdes :
- La montée des enjeux phytosanitaires dans la compétitivité export.
- L’importance croissante des résistances variétales.
- La pression réglementaire européenne.
- La nécessité d’améliorer la résilience climatique et organisationnelle.
- L’émergence d’une logique de montée en gamme des productions marocaines.
Dans un contexte où la filière tomate marocaine reste fortement dépendante des marchés extérieurs, la conférence d’Agadir apparaît désormais comme un espace stratégique de coordination entre producteurs, exportateurs, chercheurs, semenciers et fournisseurs de solutions technologiques.
