Alors que le Maroc s’impose comme un acteur majeur sur le marché international de l’avocat, la campagne 2024–2025 révèle un paradoxe : une production en hausse, mais des producteurs confrontés à une saison particulièrement éprouvante. Derrière les chiffres positifs, les réalités du terrain sont plus contrastées.
Selon les données de l’Association marocaine de l’avocat, le Royaume a franchi pour la première fois le cap des 100 000 tonnes exportées. Cette performance place le Maroc parmi les principaux fournisseurs du marché européen, aux côtés du Pérou, du Kenya et de l’Espagne. Les variétés Hass, cultivées principalement dans les régions du Gharb, du Souss et du Loukkos, ont bénéficié d’une maturité optimale et d’une qualité de calibre saluée par les distributeurs.
Mais cette réussite commerciale masque des difficultés croissantes pour les producteurs. La vague de chaleur survenue fin juin a provoqué des pertes significatives, estimées à près de 30 % des volumes prévus. Dans certaines exploitations, notamment celles qui ne disposent pas de systèmes d’irrigation performants, les dégâts ont été plus sévères. Les petits producteurs, en particulier, ont vu leurs rendements chuter, sans toujours pouvoir compenser par une hausse des prix.
« Les conditions climatiques auront un impact sur les volumes, c’est certain. Mais grâce à l’entrée en production de nouvelles plantations, nous espérons maintenir l’offre globale », explique Abdellah El Yamlahi, président de l’Association marocaine de l’avocat dans une interview accordée à Freshplaza. Il souligne également la diversité des profils de producteurs, du petit exploitant aux grandes fermes, qui permet de lisser les effets de la crise sur l’ensemble de la filière.
Les prix à l’export ont connu une baisse en milieu de campagne
Sur le plan commercial, la pression est également palpable. Les prix à l’export ont connu une baisse en milieu de campagne, en raison d’une offre abondante sur le marché européen. Certains producteurs ont tenté de retarder leurs récoltes pour profiter de prix plus élevés en fin de saison, mais tous n’en ont pas la capacité logistique. Les coûts de production, notamment liés à l’eau, à la main-d’œuvre et au conditionnement, continuent de grimper, réduisant les marges.
Dans ce contexte, plusieurs experts appellent à une meilleure structuration de la filière. La mise en place de coopératives, le soutien à l’irrigation durable et la valorisation du fruit marocain via des labels de qualité sont autant de pistes évoquées pour renforcer la résilience des producteurs. Le Maroc dispose d’atouts indéniables : proximité géographique avec l’Europe, climat favorable, savoir-faire technique. Mais pour transformer cette dynamique en succès durable, il faudra accompagner les producteurs, en particulier les plus vulnérables, dans leur montée en gamme.
La campagne 2024–2025 restera comme une année de contrastes : record d’exportation, mais tension sur le terrain. Le défi des prochaines saisons sera de consolider les acquis tout en protégeant ceux qui font vivre la filière au quotidien.
