Dossier actualisé le 17 octobre 2026
Fertilisation de la tomate sous serre au Maroc : nutrition, fertigation et pilotage
La fertilisation de la tomate sous serre constitue un levier essentiel pour améliorer la productivité, la qualité des fruits et l’efficience des intrants agricoles. Dans le Souss-Massa, où se concentre une part importante de la production marocaine de tomates sous abri, les producteurs doivent composer avec des cycles culturaux prolongés, des besoins nutritifs évolutifs et, selon les exploitations, une qualité d’eau parfois contraignante. Les recherches scientifiques publiées entre 2023 et 2025 confirment l’intérêt d’une fertigation ajustée aux besoins réels de la culture, plutôt que de programmes d’engrais uniformes. Azote, phosphore, potassium, calcium et magnésium doivent être pilotés en tenant compte des analyses de sol et d’eau, du stade physiologique et de l’évolution de la conductivité électrique dans la zone racinaire.
Pourquoi la fertilisation de la tomate sous serre exige-t-elle un pilotage précis ?
La tomate (Solanum lycopersicum L.) est une culture exigeante en éléments nutritifs, particulièrement lorsqu’elle est conduite sous serre avec une production de fruits étalée sur plusieurs mois.
La nutrition minérale doit accompagner simultanément la croissance végétative, le renouvellement du système racinaire, la floraison, la nouaison et le grossissement des fruits.
Ces processus sollicitent des éléments différents et évoluent au cours du cycle.
Un déséquilibre peut provoquer une croissance végétative excessive, un ralentissement du développement, des défauts de coloration ou une dégradation de la qualité commerciale.
Une revue publiée le 24 septembre 2025 dans Frontiers in Plant Science souligne l’intérêt des stratégies intégrées de gestion nutritionnelle. Les auteurs insistent notamment sur les interactions entre fertilisation, fertilité du sol, conductivité électrique et qualité des tomates.
Ils rappellent également qu’une fertilisation excessive peut accentuer la salinisation et les déséquilibres nutritionnels.
Pour les exploitations marocaines, l’objectif n’est donc pas d’augmenter systématiquement les quantités d’engrais, mais de mieux synchroniser les apports avec la consommation de la culture.
Quels sont les besoins nutritionnels de la tomate sous serre ?
La tomate prélève principalement de l’azote, du potassium, du calcium, du phosphore, du magnésium et du soufre, auxquels s’ajoutent plusieurs oligoéléments indispensables.
Le potassium occupe une place importante dans la nutrition d’une culture chargée en fruits. L’azote intervient dans le développement de l’appareil végétatif, tandis que le calcium participe à la formation et au fonctionnement des tissus.
Les éléments ne doivent toutefois pas être considérés séparément. Leur disponibilité et leur absorption sont influencées par les concentrations respectives des ions, le fonctionnement racinaire et les conditions hydriques.
Rôle des principaux éléments nutritifs
| Élément | Fonction principale | Risques en cas de déséquilibre |
|---|---|---|
| Azote (N) | Croissance végétative, synthèse des protéines et chlorophylle | Vigueur excessive ou ralentissement de croissance |
| Phosphore (P) | Métabolisme énergétique et développement racinaire | Croissance limitée si disponibilité insuffisante |
| Potassium (K) | Régulation hydrique, fonctionnement enzymatique et qualité des fruits | Défauts de coloration, perturbations physiologiques |
| Calcium (Ca) | Structure des parois et membranes cellulaires | Nécrose apicale et anomalies des jeunes tissus |
| Magnésium (Mg) | Constituant de la chlorophylle | Chloroses internervaires, notamment sur feuilles âgées |
| Soufre (S) | Synthèse de certains acides aminés | Jaunissements et réduction de croissance |
| Fer (Fe) | Fonctionnement photosynthétique et métabolique | Chlorose des jeunes feuilles |
| Bore (B) | Développement des tissus et fonctions reproductrices | Perturbations de croissance et de reproduction |
Ces fonctions sont établies en physiologie végétale. Leur traduction en doses de fertilisation dépend cependant du système de culture et des résultats analytiques.
Pourquoi les besoins évoluent-ils pendant le cycle ?
Au démarrage, la nutrition doit accompagner la reprise racinaire et l’installation d’un appareil végétatif équilibré.
Lorsque les premières fleurs et les jeunes fruits apparaissent, la plante développe progressivement de nouveaux organes consommateurs d’éléments nutritifs.
Pendant la pleine production, les prélèvements peuvent devenir importants en raison de la croissance simultanée des tiges, des feuilles et des fruits.
En fin de cycle, la stratégie doit tenir compte de l’état du couvert végétal, du fonctionnement racinaire et de la charge restante.
Ces évolutions justifient des ajustements réguliers, mais ne permettent pas de fixer une répartition universelle des engrais par période.
Comment calculer les besoins en engrais d’une tomate sous serre ?
Le calcul d’un programme de fertilisation doit distinguer trois notions : les besoins nutritifs de la plante entière, les quantités exportées par les fruits récoltés et les quantités d’engrais à apporter.
Ces trois grandeurs ne sont pas identiques.
Les fruits emportent une partie des éléments assimilés. Une autre partie reste dans les feuilles, les tiges, les racines ou les résidus culturaux.
Par ailleurs, le sol, l’eau d’irrigation et les amendements peuvent déjà fournir une partie des éléments nécessaires.
Il serait donc incorrect de multiplier automatiquement le rendement prévu par un coefficient d’exportation pour obtenir une dose définitive d’engrais.
Construire un bilan nutritionnel
Une approche agronomique consiste à évaluer les besoins prévisionnels de la culture, puis à les comparer aux contributions du sol, de l’eau et des autres sources nutritives.
La quantité d’engrais effectivement nécessaire dépend également des pertes éventuelles et de l’efficacité d’utilisation des éléments.
| Composante du bilan | Données nécessaires |
|---|---|
| Objectif de production | Rendement visé, durée de culture, type de tomate |
| Besoins totaux | Références de prélèvement adaptées au système cultural |
| Fourniture du sol | Analyses chimiques, dynamique de minéralisation |
| Apports de l’eau | Nitrates, calcium, magnésium, potassium et autres ions |
| Amendements | Composition, dose, disponibilité prévisible des éléments |
| Pertes | Lessivage, drainage et autres voies selon les éléments |
| Ajustements | Analyses foliaires, croissance, vigueur et qualité des fruits |
Les références d’exportation doivent toujours préciser si les valeurs concernent les fruits commercialisés ou la biomasse totale.
Il faut également distinguer les unités utilisées pour les éléments nutritifs. Les doses de phosphore et de potassium peuvent être exprimées respectivement en P ou P₂O₅, et en K ou K₂O. Ces unités ne sont pas interchangeables.
Pourquoi une analyse de l’eau est-elle indispensable ?
Dans les exploitations maraîchères du Souss-Massa, la qualité de l’eau constitue un paramètre déterminant pour la fertigation.
Une eau d’irrigation peut contenir des quantités significatives de calcium, de magnésium, de nitrates et d’autres ions.
Ces éléments doivent être pris en compte dans le programme nutritionnel pour éviter les apports excessifs ou les déséquilibres.
La conductivité électrique renseigne sur la minéralisation globale, mais ne permet pas d’identifier les éléments présents.
Une analyse complète doit notamment examiner la conductivité, le pH, les bicarbonates, le sodium, les chlorures, le calcium, le magnésium et les nitrates.
Exemple : calculer l’azote déjà apporté par l’eau
Prenons une eau fictive présentant une concentration de 50 mg/L de nitrates, exprimés sous la forme NO₃⁻.
Cette concentration représente environ 11,3 mg/L d’azote nitrique, soit 11,3 g d’azote par mètre cube d’eau.
Pour un volume d’irrigation hypothétique de 1 000 m³ par hectare, l’eau apporte ainsi environ 11,3 kg d’azote par hectare.
Ce calcul montre pourquoi les nitrates contenus dans l’eau doivent être intégrés au bilan de fertilisation.
Il ne s’agit pas d’une recommandation de volume d’irrigation ou de dose d’azote.
Fertigation de la tomate : comment piloter les apports ?
La fertigation consiste à injecter des éléments nutritifs solubles dans l’eau d’irrigation afin de les distribuer dans la zone racinaire.
Elle permet de fractionner les apports et de modifier les concentrations selon l’évolution des besoins.
Son efficacité dépend toutefois de la qualité de l’eau, de la précision du matériel d’injection et de l’uniformité du réseau goutte-à-goutte.
Une expérimentation publiée en 2024 dans la revue Plants, à partir d’essais conduits en 2022 et 2023 sur tomate cultivée en fibre de coco, a étudié plusieurs stratégies de déclenchement de la fertigation selon la teneur en eau du substrat.
Les résultats confirment l’intérêt d’ajuster la distribution de solution nutritive aux conditions du système cultural, en évaluant simultanément rendement, qualité et efficience de l’eau et des fertilisants.
Ces résultats obtenus en culture sur fibre de coco ne constituent pas un programme directement transposable aux serres sur sol du Maroc.
Comment définir la concentration de la solution nutritive ?
Le choix des concentrations doit tenir compte des prélèvements de la plante, de la qualité de l’eau, du système racinaire et des conditions climatiques.
Une solution insuffisamment concentrée peut ne pas satisfaire les besoins de la culture.
À l’inverse, une solution trop concentrée peut augmenter la pression osmotique au niveau des racines et favoriser des déséquilibres nutritionnels.
La gestion repose donc sur l’interprétation conjointe des analyses, de la croissance et des mesures de conductivité électrique.
Quelle conductivité électrique pour la fertigation de la tomate ?
La conductivité électrique, généralement abrégée CE ou EC, mesure la capacité de la solution à conduire le courant électrique.
Elle augmente globalement avec la concentration en ions dissous.
Elle constitue un indicateur utile pour suivre la solution nutritive, mais elle ne renseigne pas sur la répartition individuelle de l’azote, du potassium, du calcium ou du magnésium.
Deux solutions présentant une conductivité identique peuvent avoir des compositions nutritionnelles très différentes.
Ne pas confondre les différentes mesures de conductivité
| Mesure | Ce qu’elle représente | Utilité agronomique |
|---|---|---|
| ECw | Conductivité de l’eau brute | Évaluer la minéralisation initiale |
| EC de la solution d’apport | Eau après injection d’engrais | Contrôler la concentration distribuée |
| EC de la solution du sol | Concentration ionique dans la zone racinaire | Suivre l’environnement des racines |
| EC du drainage | Concentration de la solution récupérée | Surveiller les accumulations et pertes |
| ECe | Conductivité de l’extrait de pâte saturée du sol | Évaluer la salinité du sol selon une méthode standardisée |
Une valeur relevée dans l’eau d’irrigation ne doit pas être directement comparée à une valeur issue du drainage ou d’une extraction du sol.
Faut-il augmenter la conductivité pour améliorer la qualité des tomates ?
Certaines études montrent qu’une élévation maîtrisée de la concentration saline peut influencer la teneur en matières solubles des fruits.
Cependant, la hausse de la conductivité peut également réduire l’absorption d’eau, limiter la croissance ou pénaliser le rendement.
La revue scientifique de 2025 publiée dans Frontiers in Plant Science insiste sur cet arbitrage entre qualité commerciale, nutrition et stress salin.
La conductivité ne doit donc pas être augmentée systématiquement pour rechercher des fruits plus sucrés.
Le résultat dépend de la variété, de la charge en fruits, du rayonnement, du stade cultural et de la composition réelle de la solution.
Quel pH rechercher en fertigation ?
Le pH influence la disponibilité de nombreux éléments nutritifs et le comportement chimique des solutions utilisées en fertigation.
Dans les systèmes hors-sol, les solutions nutritives sont généralement pilotées dans une plage légèrement acide, souvent autour de 5,5 à 6,5, en fonction du substrat et des objectifs nutritionnels.
Cette plage constitue un repère technique courant, non une consigne universelle applicable à tous les systèmes.
En culture sur sol, le pH de la solution injectée ne doit pas être confondu avec celui du sol.
Les sols calcaires possèdent un pouvoir tampon susceptible de limiter les variations de pH dans la zone racinaire.
La neutralisation des bicarbonates présents dans l’eau peut être pertinente dans certaines situations, mais elle nécessite une analyse chimique et un dimensionnement rigoureux.
L’utilisation d’acides pour corriger l’eau relève d’une opération technique qui doit être réalisée avec du matériel adapté et des procédures de sécurité appropriées.
Fertilisation azotée : éviter les excès
L’azote est essentiel à la croissance végétative de la tomate, mais sa gestion doit rester équilibrée.
Une disponibilité insuffisante peut limiter le développement, réduire la surface foliaire et pénaliser la production.
À l’inverse, des apports excessifs peuvent accentuer la vigueur végétative, créer des déséquilibres avec les autres éléments et favoriser les pertes de nitrates.
Ce que montrent les travaux marocains dans le Souss-Massa
Une étude publiée dans la Revue Marocaine des Sciences Agronomiques et Vétérinaires a évalué les bilans apparents d’azote de différents systèmes agricoles de la région.
Les auteurs ont mis en évidence des écarts importants entre types d’exploitations.
Les systèmes caractérisés par une monoculture intensive de tomate sous serre présentaient un excédent moyen d’environ 270 kg N/ha/an, dans les conditions et les exploitations étudiées.
Ce résultat ne représente ni une dose recommandée ni une moyenne régionale actualisée en 2026.
Il constitue néanmoins un signal agronomique important concernant les risques de surplus azotés dans certains systèmes intensifs.
Les auteurs soulignent également le rôle des apports azotés et de l’irrigation non raisonnés dans les risques de lessivage des nitrates, notamment dans les sols sableux.
Comment ajuster l’azote ?
Le raisonnement peut s’appuyer sur la teneur en azote minéral du sol, l’apport de nitrates par l’eau, les caractéristiques de la plante et l’objectif de rendement.
Les analyses foliaires complètent l’évaluation lorsque les prélèvements sont effectués selon des protocoles adaptés et que les résultats sont comparés à des références pertinentes.
Une analyse isolée ne doit pas être utilisée pour prescrire automatiquement une quantité d’azote.
Potassium : accompagner la production de fruits sans déséquilibrer la nutrition
Le potassium intervient notamment dans la régulation osmotique, le fonctionnement enzymatique et plusieurs processus associés au développement des fruits.
Pendant les phases de forte charge, une nutrition potassique adaptée est importante pour maintenir une production commercialisable satisfaisante.
Toutefois, un apport élevé de potassium ne garantit pas une amélioration automatique du calibre, de la coloration ou du goût.
Les interactions entre potassium, calcium et magnésium doivent être prises en compte.
Un excès de potassium peut notamment contribuer à limiter l’absorption de magnésium et, selon les conditions, perturber l’équilibre calcique.
Les ratios nutritifs doivent donc être interprétés à partir des concentrations réelles, et non d’une simple comparaison entre quantités d’engrais commerciaux.
Calcium et nécrose apicale : comprendre le véritable problème
Le calcium participe à la stabilité des membranes et à la structure des parois cellulaires.
Son alimentation vers les fruits dépend notamment du fonctionnement racinaire, du transport de l’eau dans la plante et des conditions climatiques.
La nécrose apicale, couramment appelée cul noir, est associée à une insuffisance locale de calcium dans les tissus en développement.
Cependant, ce désordre peut apparaître même lorsque le sol ou la solution nutritive contient suffisamment de calcium.
Les fluctuations hydriques, une salinité élevée, les déséquilibres ioniques et certaines conditions climatiques peuvent perturber l’alimentation calcique des fruits.
Ajouter systématiquement du calcium sans rechercher les causes du problème peut donc être inefficace.
Le diagnostic doit notamment intégrer l’homogénéité de l’irrigation, la conductivité dans la zone racinaire et la composition de la solution nutritive.
Magnésium, phosphore et oligoéléments : surveiller les interactions
Le magnésium participe au fonctionnement de la chlorophylle et de nombreuses réactions métaboliques.
Une insuffisance peut entraîner une chlorose internervaire sur les feuilles âgées, mais ce symptôme n’est pas exclusivement lié à une carence en magnésium.
Le phosphore joue un rôle central dans le métabolisme énergétique et le développement végétal. Sa disponibilité peut être limitée dans certains sols selon leur composition et leur pH.
Les oligoéléments sont nécessaires en faibles quantités, mais leur disponibilité peut être affectée par les conditions chimiques du sol et de l’eau.
Sur les sols calcaires, l’interprétation des carences doit notamment prendre en compte les risques de faible disponibilité du fer et de certains autres éléments.
Une correction nutritionnelle ne doit pas être décidée uniquement à partir de l’apparence des feuilles.
Fertilisation sur sol et hors-sol : deux stratégies différentes
La fertigation sur sol doit prendre en compte les réserves nutritives existantes, la minéralisation de la matière organique, la capacité d’échange et l’évolution de la solution du sol.
En hors-sol, la nutrition dépend davantage des apports réalisés dans le substrat et de la gestion des solutions d’irrigation et de drainage.
Les systèmes ouverts présentent un risque particulier de pertes de nutriments dans les effluents.
Une étude publiée en septembre 2023 dans Agricultural Water Management a analysé des stratégies de gestion dynamique des nutriments sur trois cultures de tomate conduites sur perlite sous serre.
Les chercheurs ont montré que le pilotage des concentrations à l’apport et au drainage pouvait réduire fortement les pertes d’azote, de phosphore et de potassium.
Cette approche illustre l’intérêt du suivi de la solution nutritive, sans constituer une prescription directement applicable à l’ensemble des exploitations marocaines.
Quels paramètres suivre en culture hors-sol ?
| Paramètre | Mesure utile | Objectif |
|---|---|---|
| Volume d’apport | Compteur ou système de mesure | Quantifier l’eau et les nutriments distribués |
| EC d’apport | Conductimètre | Suivre la concentration globale |
| pH d’apport | pH-mètre | Contrôler les conditions chimiques |
| Volume drainé | Mesure du drainage | Évaluer le bilan hydrique |
| EC du drainage | Conductimètre | Détecter une accumulation possible de sels |
| Nitrates et autres ions | Analyse de solution | Vérifier les équilibres nutritifs |
| État racinaire | Observation du substrat | Identifier les problèmes d’absorption |
Le pourcentage de drainage ne doit pas être fixé indépendamment de la qualité de l’eau, des conditions climatiques, du substrat et du système de recyclage.
Comment interpréter les symptômes de carence ou d’excès ?
La présence d’une anomalie foliaire ne permet pas automatiquement d’identifier une carence.
Les maladies racinaires, les excès de salinité, les stress hydriques et certains problèmes climatiques peuvent produire des symptômes comparables.
Le diagnostic doit tenir compte de l’âge des feuilles touchées, de la progression des symptômes et de leur répartition dans la serre.
| Élément | Symptômes possibles d’insuffisance | Vérifications prioritaires |
|---|---|---|
| Azote | Jaunissement généralement plus marqué sur les feuilles âgées, faible vigueur | Azote minéral, état racinaire, croissance |
| Phosphore | Croissance ralentie, parfois coloration violacée | Température racinaire, pH et disponibilité |
| Potassium | Chloroses et nécroses marginales sur feuilles âgées | Analyse foliaire, équilibre K/Ca/Mg |
| Calcium | Anomalies des jeunes tissus, nécrose apicale | Irrigation, salinité, absorption et transport |
| Magnésium | Chlorose internervaire sur feuilles âgées | Rapport K/Mg, solution nutritive |
| Fer | Chlorose internervaire des jeunes feuilles | pH, bicarbonates et fonctionnement racinaire |
| Bore | Anomalies de croissance des jeunes organes | Analyse de l’eau, du sol et des tissus |
Les symptômes constituent des indicateurs d’orientation, non des diagnostics définitifs.
Quelle place pour les biostimulants et les amendements organiques ?
La recherche récente s’intéresse également à la combinaison entre fertilisation minérale, amendements organiques et biostimulants.
La revue publiée en 2025 dans Frontiers in Plant Science examine ces approches intégrées et souligne leur intérêt potentiel pour la fertilité du sol et la production de tomate.
Cependant, les résultats dépendent fortement des produits, des doses, des conditions expérimentales et des caractéristiques des sols.
Un biostimulant ne remplace pas automatiquement les éléments nutritifs nécessaires à la plante.
De même, un apport de compost doit être intégré au bilan de fertilisation en tenant compte de sa composition, de sa stabilité, de sa salinité et de la libération progressive des nutriments.
Pour les producteurs marocains, l’intérêt de ces solutions doit être apprécié à partir d’essais adaptés aux conditions locales et d’une analyse économique des coûts et bénéfices.
Comment bâtir un programme de fertigation adapté au Souss-Massa ?
Dans le Souss-Massa, la fertilisation doit être raisonnée à l’échelle de l’exploitation, et non selon un programme régional unique.
La variabilité de la qualité des ressources hydriques, les différences entre sols et substrats, les types de serres et les calendriers de production rendent indispensable une approche différenciée.
La construction du programme commence par l’analyse de l’eau et du sol, ou du substrat dans les systèmes hors-sol.
L’objectif de rendement et le calendrier cultural permettent ensuite d’estimer les prélèvements prévisionnels.
Pendant la production, les mesures de conductivité, de pH, les analyses des solutions et les observations végétales servent à ajuster le pilotage.
Les données doivent être enregistrées pour identifier les évolutions et comparer les campagnes.
Un tableau de suivi pour les exploitations
| Donnée suivie | Intérêt technique |
|---|---|
| Date et stade cultural | Relier nutrition et développement |
| Volume d’eau distribué | Calculer les apports réels |
| Concentrations nutritives | Suivre la composition des solutions |
| Quantités d’engrais injectées | Établir le bilan des apports |
| EC et pH | Surveiller les équilibres chimiques |
| Analyses foliaires | Évaluer le statut nutritionnel |
| Rendement commercialisable | Mesurer la performance réelle |
| Qualité des fruits | Vérifier les effets sur la production |
| Coût des fertilisants | Évaluer l’efficience économique |
Cette démarche permet de dépasser la simple application de recettes de fertilisation et d’améliorer progressivement la précision des décisions.
Questions fréquentes sur la fertilisation de la tomate sous serre
Quel est le meilleur engrais pour la tomate sous serre ?
Il n’existe pas d’engrais unique adapté à toutes les situations. Le choix dépend des besoins de la culture, de l’analyse du sol ou du substrat, de la composition de l’eau et du stade de développement.
Quelle dose de NPK apporter à la tomate sous serre ?
Aucune dose universelle ne peut être recommandée sans connaître les analyses, le système cultural et l’objectif de rendement. La dose doit résulter d’un bilan nutritionnel intégrant les contributions déjà disponibles.
Quel pH faut-il pour la fertigation de la tomate ?
En hors-sol, les solutions nutritives sont généralement conduites dans une plage légèrement acide, souvent autour de 5,5 à 6,5. Le réglage exact dépend du substrat, de l’eau et de la formulation nutritive. Sur sol, le pH de la solution ne doit pas être assimilé au pH du sol.
Comment éviter le cul noir de la tomate ?
Il faut notamment maintenir une alimentation hydrique régulière, surveiller la conductivité dans la zone racinaire et éviter les déséquilibres susceptibles de perturber le transport du calcium.
Faut-il augmenter le potassium pendant la fructification ?
Les besoins de la plante peuvent évoluer avec la charge en fruits, mais l’apport potassique doit rester équilibré avec le calcium, le magnésium et les autres éléments. Une augmentation automatique n’est pas justifiée.
Comment savoir si une tomate manque d’azote ?
Les symptômes visuels peuvent orienter le diagnostic, mais doivent être rapprochés des analyses et de l’état de croissance. Un jaunissement peut avoir plusieurs causes.
Peut-on réduire les engrais grâce à la fertigation ?
Un pilotage précis peut améliorer l’efficacité d’utilisation des nutriments et réduire certaines pertes. Le résultat dépend toutefois des pratiques initiales, de la qualité des mesures et du fonctionnement du système d’irrigation.
Vers une fertilisation plus précise et plus efficiente
La fertilisation de la tomate sous serre au Maroc doit évoluer vers une gestion nutritionnelle fondée sur les analyses, l’observation des plantes et le suivi régulier des apports.
Les travaux scientifiques récents confirment l’intérêt de mieux ajuster la composition des solutions nutritives, les volumes d’irrigation et la gestion du drainage.
Dans les exploitations du Souss-Massa, cette approche présente un intérêt particulier compte tenu des enjeux liés à l’eau, à la salinité et à la qualité commerciale des fruits.
L’objectif n’est pas nécessairement d’apporter davantage d’engrais, mais de satisfaire les besoins réels de la culture tout en limitant les excédents, les déséquilibres et les pertes dans l’environnement.
Sources :
| Publication | Résultats utiles | Source originale |
|---|---|---|
| Li et al., 2025, Frontiers in Plant Science | Revue sur la nutrition intégrée, l’équilibre des solutions, les amendements et les biostimulants | Étude 2025 |
| Agricultural Water Management, 2023 | Réduction des pertes de N, P et K dans le drainage de trois cultures de tomate sur perlite | Étude 2023 |
| Plants, 2024, vol. 13(6), 893 | Essai 2022–2023 sur la fréquence de fertigation, le rendement et l’efficience sur fibre de coco | Étude 2024 |
| Agricultural Water Management, 2022 | Expériences espagnoles sur la gestion des sels et de l’irrigation de tomates en serre méditerranéenne | Étude méditerranéenne |
| Revue Marocaine des Sciences Agronomiques et Vétérinaires, étude sur le Souss-Massa | Bilans apparents d’azote et risques de surplus dans les systèmes intensifs | Étude marocaine |


Merci beaucoup pour cette information