Maïs : la tension mondiale place l’alimentation animale sous surveillance

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Maïs : la tension mondiale place l’alimentation animale sous surveillance © DR

Le marché mondial du maïs change rapidement de configuration. Malgré une récolte américaine abondante, la consommation devrait dépasser la production de près de 30 millions de tonnes en 2026-2027. Pour le Maroc, largement présent sur le marché international des céréales fourragères, cette contraction des disponibilités exportables constitue un signal à surveiller pour les filières avicole et d’élevage. Une hausse des prix intérieurs ne peut toutefois pas encore être établie.

Le volume mondial de maïs disponible ne s’effondre pas, mais la marge de sécurité se réduit. Selon les dernières projections du département américain de l’Agriculture, l’USDA, la consommation mondiale dépasserait la production de près de 30 millions de tonnes pendant la campagne 2026-2027. Reuters souligne qu’il s’agirait du déficit le plus important observé depuis plus de trois décennies.

Cette évolution peut sembler paradoxale alors que les producteurs américains commencent à récolter ce qui devrait être la deuxième plus importante production de maïs de leur histoire. Cette abondance aux États-Unis ne suffit cependant pas à compenser les difficultés rencontrées chez plusieurs grands fournisseurs, ni la progression continue de la demande mondiale.

Le marché a déjà commencé à intégrer ce resserrement. D’après Reuters, les cours à terme du maïs à Chicago ont progressé de 16 % durant le seul mois d’août 2026, une hausse inhabituelle pour une période normalement marquée par la pression de la nouvelle récolte américaine.

Des disponibilités exportables plus fragiles

L’indicateur déterminant pour les pays importateurs n’est pas uniquement la production mondiale. Il faut également examiner les quantités réellement disponibles à l’exportation, leur origine et leur accessibilité logistique.

La production cumulée de maïs et de blé des principaux pays exportateurs devrait fortement reculer par rapport à la campagne précédente. Reuters estime que cette diminution serait la plus importante en volume depuis 1993-1994. Le commerce en mer Noire demeure parallèlement perturbé par la guerre en Ukraine et les attaques visant les infrastructures portuaires.

Les stocks russes et ukrainiens de blé pourraient paradoxalement atteindre un niveau élevé, sans que l’ensemble de ces volumes puisse circuler normalement sur les marchés internationaux. Dans le cas ukrainien, les contraintes portuaires et les difficultés de navigation sur le Danube réduisent les capacités d’expédition vers les clients traditionnels.

Le Brésil, deuxième exportateur mondial de maïs, constitue une autre source d’incertitude. Une part croissante de sa production est absorbée par son industrie nationale de l’éthanol. Selon les données de l’USDA rapportées par Reuters, la consommation brésilienne de maïs a augmenté de 7,1 % en 2025-2026, pour atteindre 98 millions de tonnes. Cette progression limite les volumes susceptibles d’être proposés à l’exportation.

Le Maroc diversifie déjà ses origines

Dans ce contexte, le Maroc s’est davantage tourné vers l’Argentine. Les données de l’Institut national argentin de la statistique, citées par Reuters, montrent que les achats marocains de maïs argentin ont atteint 1,55 million de tonnes durant les sept premiers mois de 2026. Ils ont ainsi progressé de 133 % par rapport à la même période de l’année précédente.

Ce déplacement des approvisionnements correspond à la forte disponibilité du maïs argentin. Le pays sud-américain achève une récolte évaluée à 71,7 millions de tonnes et pourrait exporter un volume record de 10 millions de tonnes sur les seuls mois d’août et septembre.

Pour le Maroc, cette diversification peut contribuer à réduire la dépendance envers une origine particulière. Elle ne supprime néanmoins pas l’exposition aux cours mondiaux, au coût du fret, aux taux de change et aux éventuels incidents logistiques.

Un enjeu direct pour l’aviculture et l’élevage

Le maïs est une matière première centrale dans la formulation des aliments composés, notamment pour les volailles. Une augmentation durable du coût d’approvisionnement peut donc peser sur les charges des fabricants d’aliments et, selon les conditions de transmission, sur les coûts de production des éleveurs.

À ce stade, les données internationales disponibles permettent d’identifier un risque, mais pas d’affirmer que les prix des aliments du bétail ont déjà augmenté au Maroc à cause de ce mouvement. Une telle conclusion nécessiterait des informations actualisées sur les prix portuaires, les stocks des opérateurs, les couvertures d’achat et les tarifs pratiqués par les fabricants marocains.

Le signal reste néanmoins important. Après plusieurs campagnes relativement confortables sur le plan mondial, le marché entre dans une période où le moindre accident climatique ou logistique pourrait provoquer des réactions plus rapides. Pour les filières animales marocaines, la surveillance des origines d’approvisionnement, des cours et des coûts de transport redevient donc stratégique.

Sources

Reuters — What’s really behind the global grain rally? (reuters.com)

Reuters — Argentina’s corn exports set for record as trade flows shift (reuters.com)

USDA — World Agricultural Supply and Demand Estimates (usda.gov)

USDA — Morocco: Grain and Feed Annual 2026 (fas.usda.gov)

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