Après un mois d’août marqué par une chaleur persistante, le Maroc a connu un début septembre 2026 particulièrement contrasté. Températures exceptionnellement élevées, remontées d’humidité tropicale et développement d’orages parfois intenses ont coexisté dans plusieurs régions du Royaume. Une configuration météorologique qui mérite une attention particulière pour les activités agricoles.
Le passage d’août à septembre n’a pas immédiatement signifié la fin des fortes chaleurs au Maroc. Selon le bilan présenté par la Direction générale de la météorologie (DGM), les premiers jours du mois ont au contraire été caractérisés par la coexistence de températures très élevées et d’une importante activité orageuse.
Le phénomène a été particulièrement spectaculaire le 3 septembre. Sidi Slimane a enregistré 47,1 °C, Kénitra 45,1 °C et Salé 44,3 °C, établissant dans les trois cas de nouveaux records de température maximale pour un mois de septembre.
À Sidi Slimane, l’ancien record mensuel était de 45,8 °C et remontait au 6 septembre 1988. À Kénitra, les 45,1 °C ont dépassé les 44,6 °C observés le 4 septembre 2006. À Salé, l’ancien maximum de septembre était de 43,6 °C, enregistré le 5 septembre 2021.
Le chergui au cœur de l’épisode de chaleur
La DGM explique cette situation par la combinaison de plusieurs mécanismes atmosphériques.
L’extension vers le nord de la dépression thermique saharienne, associée à des flux de sud à sud-est, a d’abord favorisé l’arrivée d’air très chaud sur les régions intérieures du Royaume. C’est le mécanisme caractéristique du chergui, capable de provoquer des hausses rapides et importantes des températures.
À cette circulation s’est ajoutée, dans les couches moyennes de l’atmosphère, une remontée de masses d’air tropicales chaudes et humides. L’augmentation de la quantité de vapeur d’eau dans l’atmosphère a notamment renforcé la sensation de chaleur dans certaines zones côtières et dans les plaines atlantiques.
Mais cette chaleur n’a pas empêché le développement d’orages. Elle a même participé aux conditions favorables à leur formation.
Pourquoi peut-il faire très chaud et y avoir des orages ?
La présence de poches d’air plus froid en altitude, combinée à l’air chaud et humide des basses et moyennes couches, a favorisé l’instabilité atmosphérique.
Le relief marocain joue également un rôle déterminant. L’effet orographique du Haut et du Moyen Atlas facilite les mouvements ascendants de l’air. Dans une atmosphère suffisamment chaude, humide et instable, ces ascendances peuvent conduire au développement rapide de cellules orageuses.
Les foyers observés au cours de ce début septembre se sont ainsi principalement développés durant les après-midi et en début de soirée sur les massifs du Haut et du Moyen Atlas ainsi que dans les régions avoisinantes. Certains ont été accompagnés de grêle et de fortes rafales de vent.
Il n’y a donc pas de contradiction entre températures très élevées au sol et développement d’orages. La forte chaleur contribue à fournir l’énergie nécessaire aux mouvements convectifs, tandis que l’humidité disponible permet d’alimenter le développement des nuages.
Une situation à suivre de près dans les zones agricoles
Pour l’agriculture marocaine, cette succession de chaleur intense et d’orages localisés appelle surtout à raisonner à l’échelle des territoires. Une averse orageuse ne signifie pas nécessairement une amélioration généralisée de la situation hydrique : les précipitations convectives peuvent être très localisées et s’accompagner de phénomènes potentiellement dommageables comme la grêle ou les fortes rafales.
Les températures extrêmes constituent parallèlement un facteur à surveiller pour les cultures encore en place, notamment en matière de demande évaporative et de gestion de l’irrigation. Les conséquences agronomiques réelles dépendent toutefois fortement de la culture, de son stade, de la région et des conditions hydriques de la parcelle.
Ce début septembre illustre finalement le caractère de transition de cette période de l’année. Les influences estivales, avec la chaleur saharienne et les remontées tropicales, peuvent encore être très présentes alors que de l’air plus frais commence simultanément à circuler en altitude. La rencontre de ces différentes masses d’air crée des contrastes thermiques propices à une forte instabilité.
Pour les professionnels agricoles, septembre reste donc un mois où chaleur tardive, besoins en irrigation et risque orageux peuvent temporairement se superposer, nécessitant une surveillance rapprochée des bulletins et alertes de la DGM.


