Le saviez-vous ? Face au nématode des agrumes, tous les porte-greffes ne se valent pas

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Une étude marocaine publiée dans Scientia Horticulturae montre que le citrange Carrizo limite fortement la reproduction de Tylenchulus semipenetrans, là où le bigaradier et le Volkameriana l’amplifient. Un critère de plus à intégrer avant de planter, mais qui ne suffit pas à lui seul à trancher le choix du porte-greffe.

Le choix du porte-greffe modifie fortement la sensibilité d’un agrume à Tylenchulus semipenetrans, le nématode responsable du dépérissement lent des agrumes, ou slow decline.

C’est ce que confirme une étude publiée en 2024 dans Scientia Horticulturae (Zoubi B., Mokrini F., Rafya M. et al., vol. 331, art. 113115). Le travail a été mené par une équipe entièrement marocaine, associant l’INRA-CRRA de Rabat, l’Université Cadi Ayyad de Marrakech, l’Université Mohammed V de Rabat et l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès.

Sept porte-greffes, des écarts de 1 à 3,5

Les chercheurs ont comparé sept porte-greffes couramment utilisés au Maroc : deux sélections de bigaradier (Citrus aurantium, dont le bigaradier australien), le citronnier de Volkamer (Citrus volkameriana), Citrus macrophylla et trois citranges (Poncirus trifoliata × Citrus sinensis). Chaque plant a été inoculé, puis suivi sur des critères agronomiques, physiologiques et biochimiques.

Les écarts sont nets. Sur le bigaradier, les chercheurs ont dénombré en moyenne 466,3 femelles pour 10 g de racines. Les niveaux atteignaient 273,3 femelles sur le Volkameriana et 250,5 sur le bigaradier australien. Dans le sol rhizosphérique, ces trois porte-greffes hébergeaient plus de 1 000 femelles pour 100 g de sol, avec un taux de reproduction supérieur à 3, et plus de 3 nématodes par centimètre de racine.

À l’opposé, sur citrange Carrizo, la reproduction est restée inférieure à 135 femelles pour 10 g de racines, avec moins de 0,33 femelle par centimètre de racine. Soit un rapport de 1 à 10 sur l’infestation racinaire.

Les auteurs concluent à une forte résistance du Carrizo à l’infestation et à la reproduction de T. semipenetrans, tandis que le bigaradier, le bigaradier australien et le Volkameriana se sont révélés les plus sensibles. Les porte-greffes sensibles présentaient par ailleurs une accumulation nettement plus marquée d’espèces réactives de l’oxygène et une activité antioxydante accrue, signe d’un stress oxydatif plus fort.

Résistance ne veut pas dire immunité

Un point mérite d’être souligné : passer de 466 à 135 femelles pour 10 g de racines représente une réduction d’environ 70 %, pas une élimination. Le Carrizo est colonisé, simplement beaucoup moins. C’est une résistance relative, qui freine la montée en charge des populations sans les supprimer.

Deuxième réserve, plus lourde de conséquences : la question du biotype. La résistance des citranges provient du Poncirus trifoliata, et elle n’est efficace que face au biotype méditerranéen du nématode. Les populations marocaines caractérisées à ce jour relèvent bien de ce biotype, ce qui rend le résultat cohérent avec nos conditions. Mais l’Afrique du Sud a généralisé les porte-greffes à base de trifolié sur cette même hypothèse et a connu des échecs de vergers face à un biotype différent. La vigilance reste donc de mise, en particulier en cas de replantation sur sol déjà infesté.

Enfin, le Carrizo n’est pas classé résistant partout. En Espagne, il sert de témoin sensible dans les essais d’évaluation du porte-greffe Forner-Alcaide 5. Ces divergences tiennent probablement aux populations locales de nématodes et aux protocoles employés, mais elles interdisent d’en faire une valeur absolue.

Le nématode, un critère parmi d’autres

L’intérêt agronomique est réel : lors de la création ou du renouvellement d’un verger, la sensibilité au nématode devient un critère de choix du porte-greffe, au même titre que le sol, la vigueur, la salinité ou la compatibilité variétale.

Mais ce critère n’est pas le premier. Au Maroc, le véritable moteur de l’abandon progressif du bigaradier reste la tristeza (CTV). Or le bigaradier offrait justement une bonne tolérance à la salinité et à l’alcalinité, deux contraintes majeures de nos zones agrumicoles. Le Carrizo, lui, est sensible aux chlorures, souffre en sol calcaire et est très sensible au viroïde de l’exocortis, ce qui impose un matériel végétal certifié. Sur une partie du Souss-Massa ou de la Moulouya, ces limites peuvent peser plus lourd que le gain nématologique.

À noter également que l’essai a été conduit en conditions contrôlées, sur de jeunes plants non greffés. Un porte-greffe se juge sur vingt à trente ans, greffé, en sol vivant, avec l’ensemble des interactions racinaires que cela suppose.

Ce qu’il faut retenir avant de planter

Le choix du porte-greffe ne règle rien sur un verger déjà en place. Pour une nouvelle plantation ou une replantation, trois réflexes utiles :

– Faire réaliser une analyse nématologique du sol avant plantation, pour savoir si la parcelle est réellement concernée ;
– Exiger des plants certifiés sains, la pépinière étant une voie d’introduction majeure du nématode ;
– Croiser tous les critères de la parcelle : pH et calcaire actif, salinité de l’eau, historique sanitaire, pression Phytophthora, variété greffée.

Autrement dit, ces résultats font entrer T. semipenetrans dans la grille de décision. Ils n’en font pas le seul critère, et ne désignent pas le Carrizo comme le porte-greffe à privilégier systématiquement.

Source : Zoubi B., Mokrini F., Rafya M., Benkebboura A., Akachoud O., Krif G., Ghoulam C., Iraqi Housseini A., Qaddoury A. (2024). Citrus rootstocks vs. nematodes: A battle for resistance against Tylenchulus semipenetrans. Scientia Horticulturae, 331, 113115.

Catégories : Technique, Arboriculture, Culture des agrumes, Maladies et ravageurs, Porte-greffes & matériel végétal, Semences & Choix variétal

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