Une revue scientifique publiée le 25 octobre 2026 dans la revue Discover Geoscience met en évidence plusieurs faiblesses méthodologiques dans l’utilisation du modèle MEDALUS, employé notamment au Maroc, en Algérie et en Tunisie pour cartographier la sensibilité des territoires à la désertification. Le manque de validation sur le terrain et la prédominance des évaluations réalisées sur une seule année interrogent la capacité de certaines cartes à suivre l’évolution réelle des terres.
Un outil largement utilisé pour évaluer la sensibilité à la désertification
La cartographie de la désertification constitue un outil important pour la gestion des terres agricoles et des ressources naturelles dans les régions arides et semi-arides du Maghreb. Elle permet d’identifier les territoires sensibles aux processus de dégradation des sols et d’orienter les interventions de conservation.
Cependant, la fiabilité de certaines méthodes utilisées pour produire ces cartes fait aujourd’hui l’objet d’une analyse critique.
Une revue systématique publiée le 25 octobre 2026 dans la revue scientifique Discover Geoscience examine les applications du modèle Mediterranean Desertification and Land Use, plus connu sous l’acronyme MEDALUS.
Développée initialement pour les environnements méditerranéens, cette méthode combine plusieurs paramètres environnementaux et humains afin d’évaluer la sensibilité des territoires à la désertification.
Elle repose principalement sur quatre grandes composantes : le climat, les caractéristiques des sols, la végétation et les pratiques de gestion des terres.
Les données sont intégrées dans un système d’information géographique afin de produire un indice synthétique, appelé Environmental Sensitive Area Index (ESAI), qui permet de classer les territoires selon différents niveaux de sensibilité.
Le modèle est notamment utilisé dans des travaux scientifiques consacrés au Maroc, à l’Algérie, à la Tunisie et à l’Égypte.
Seulement six études avec une validation indépendante
Les chercheurs ont examiné 73 études scientifiques publiées entre 1999 et 2024, sélectionnées à partir de 262 références initialement identifiées.
Leur analyse met en évidence une faiblesse importante : seules six études ont réalisé une forme d’évaluation indépendante des résultats cartographiques.
Autrement dit, dans la grande majorité des publications examinées, les cartes produites n’ont pas fait l’objet d’une validation indépendante documentée permettant d’apprécier leur fiabilité.
Cette situation ne signifie pas nécessairement que les cartes sont incorrectes. Elle indique en revanche que leur précision et leur capacité à représenter les conditions observées sur le terrain demeurent insuffisamment démontrées.
Pour les agronomes et les gestionnaires des territoires, cette distinction est importante. Une carte de sensibilité peut contribuer à identifier des zones nécessitant une attention particulière, mais elle ne remplace pas un diagnostic agronomique local.
La texture du sol, sa profondeur, sa stabilité structurale, les manifestations d’érosion, l’état du couvert végétal ou encore les pratiques culturales doivent être examinés en fonction des conditions propres à chaque territoire.
Des cartes souvent incapables de montrer l’évolution dans le temps
L’autre résultat majeur concerne la dimension temporelle des analyses.
Selon la revue scientifique, environ 97 % des études examinées reposent sur des évaluations réalisées pour une seule année ou une seule période de référence.
Or, la désertification est un processus évolutif. Les conditions d’un territoire peuvent se dégrader ou s’améliorer sous l’effet des variations climatiques, des changements d’utilisation des terres et des pratiques de gestion.
Une cartographie statique ne permet donc pas, à elle seule, de déterminer si une zone est actuellement engagée dans une dynamique de dégradation ou de restauration.
Un territoire présentant une forte sensibilité peut ainsi connaître une amélioration de son couvert végétal ou de ses pratiques de conservation. À l’inverse, un territoire classé comme modérément sensible peut subir une dégradation rapide.
Les auteurs soulignent que les analyses multitemporelles restent exceptionnellement rares dans la littérature examinée.
Cette limite est particulièrement importante pour les régions agricoles du Maghreb, où la succession d’années sèches, les pressions sur les ressources hydriques et les transformations des systèmes de production peuvent modifier les conditions environnementales.
Le choix des indicateurs peut influencer les résultats
La revue relève également des différences importantes dans la sélection des indicateurs et dans leur pondération.
Le modèle MEDALUS présente l’avantage de pouvoir être adapté aux caractéristiques locales. Les chercheurs peuvent notamment intégrer des paramètres supplémentaires pour mieux représenter les conditions hydrologiques ou les activités humaines.
Cette flexibilité constitue toutefois une source potentielle d’incertitude lorsque les choix méthodologiques ne sont pas suffisamment justifiés.
Les auteurs constatent que la pondération des indicateurs repose fréquemment sur des choix d’experts qui ne sont pas accompagnés d’une calibration statistique ou d’une analyse de sensibilité.
Les résultats peuvent alors varier selon les paramètres retenus, les données disponibles et les seuils utilisés pour définir les différentes classes de sensibilité.
L’étude souligne également que la disponibilité des données influence parfois davantage la sélection des indicateurs que leur pertinence environnementale.
Ces limites compliquent notamment la comparaison de cartes réalisées dans différentes régions ou à différentes périodes.
Source scientifique originale :
A. O. Aliyu et collaborateurs, A systematic review of the applications of the Mediterranean desertification and land use model for assessing desertification sensitivity, Discover Geoscience, volume 4, article 416, publié le 25 octobre 2026.

