Olivier, fruits rouges, avocat ou maraîchage sous serre ? AgriMaroc a interrogé sa communauté sur la filière dans laquelle elle investirait aujourd’hui au Maroc. Avec 35 % des suffrages, l’olivier arrive en tête, devant les fruits rouges et le maraîchage sous serre, à égalité à 25 %. L’avocat recueille 15 %.
Au-delà du classement, ces réponses illustrent surtout des arbitrages très différents entre investissement de long terme, potentiel exportateur, technicité et exposition aux risques.
L’olivier conserve manifestement une force d’attraction particulière auprès des professionnels qui suivent AgriMaroc. À la question « Si vous deviez investir aujourd’hui dans une seule filière agricole au Maroc, laquelle choisiriez-vous ? », 35 % ont retenu l’olivier, contre 25 % pour les fruits rouges, 25 % pour le maraîchage sous serre et 15 % pour l’avocat.
Ces résultats ne constituent pas une étude représentative de l’agriculture marocaine. Ils offrent en revanche un indicateur intéressant des perceptions d’investissement au sein de la communauté professionnelle d’AgriMaroc.
L’olivier, le choix du temps long
La première place de l’olivier peut notamment s’expliquer par le profil très particulier de cette culture. Contrairement aux productions maraîchères à cycle court, planter un verger revient à investir sur plusieurs décennies. La filière permet par ailleurs de viser plusieurs formes de valorisation, entre huile d’olive et olive de table.
Le contexte international demeure porteur mais volatil. Le Conseil oléicole international estime la production mondiale d’huile d’olive à environ 3,44 millions de tonnes pour la campagne 2025/2026, en recul de 4 % par rapport à 2024/2025. Les échanges mondiaux, importations comme exportations, devraient dépasser 1,2 million de tonnes.
Le choix de l’olivier ne signifie cependant pas qu’un nouveau verger soit automatiquement rentable. La disponibilité en eau, le choix variétal, la densité, la mécanisation possible, le rendement réellement accessible dans la zone et surtout le débouché commercial doivent être intégrés avant toute décision.
Fruits rouges : la dynamique exportatrice séduit
Avec 25 % des réponses, les fruits rouges arrivent en deuxième position ex aequo. Ici, le raisonnement d’investissement est différent. Myrtilles et framboises sont fortement tournées vers des marchés internationaux exigeants et nécessitent un niveau élevé de maîtrise technique, logistique et commerciale.
La myrtille marocaine illustre cette dynamique. Selon les données rapportées fin août par Blueberries Consulting, les exportations marocaines de myrtilles fraîches auraient atteint 89 236 tonnes durant la campagne 2025/2026, soit 6 % de plus que la campagne précédente.
Cette croissance ne doit toutefois pas masquer le niveau d’exigence de la filière. Matériel végétal, substrats pour certains systèmes de production, irrigation et fertigation, main-d’œuvre, chaîne du froid, conditionnement et conformité avec les cahiers des charges des clients rendent l’investissement beaucoup plus technique qu’une simple comparaison de chiffre d’affaires à l’hectare pourrait le laisser penser.
Le maraîchage sous serre reste puissant, mais la campagne rappelle les risques
Le maraîchage sous serre obtient lui aussi 25 %. Le Maroc dispose ici d’une filière exportatrice particulièrement structurée, avec la tomate comme produit emblématique.
En 2025, le Royaume représentait 11,2 % du marché mondial de la tomate selon les données présentées par Morocco Foodex lors de la Morocco Tomato Conference. Mais la campagne 2025/2026 a rappelé la vulnérabilité de ces systèmes intensifs : les exportations marocaines de tomates ont reculé à 549 000 tonnes, contre 620 000 tonnes la campagne précédente, soit une baisse de 11 %. Les professionnels ont notamment été confrontés aux aléas climatiques, aux dégâts sur les serres, aux contraintes logistiques et à une forte pression phytosanitaire.
Le potentiel reste donc considérable, mais le niveau d’investissement et de technicité l’est également.
L’avocat ferme la marche après une campagne difficile
L’avocat recueille 15 % des choix. Un résultat intéressant au regard de l’expansion spectaculaire qu’a connue cette culture au Maroc ces dernières années.
La campagne 2025/2026 a cependant marqué une rupture. Abdellah El Yamlahi, président de la Moroccan Avocado Association, indiquait au terme de la campagne que les exportations avaient atteint environ 58 000 tonnes, contre 112 000 tonnes lors de la campagne précédente, dans un contexte marqué notamment par les intempéries et les perturbations logistiques.
À cela s’ajoute une question déterminante pour tout nouveau projet : l’eau. Pour une culture pérenne exigeante comme l’avocatier, la sécurisation de la ressource sur la durée doit faire partie des premiers critères étudiés, avant même les perspectives de prix.
Il n’existe finalement pas de « meilleure » filière
| Filière | Résultat du sondage | Profil d’investissement |
| Olivier | 35 % | Patrimonial, long terme, transformation possible |
| Fruits rouges | 25 % | Intensif, technique, fortement orienté export |
| Maraîchage sous serre | 25 % | Cycles courts, intensif, forte technicité |
| Avocat | 15 % | Verger spécialisé, export, forte dépendance aux conditions pédoclimatiques et hydriques |
Le résultat du sondage AgriMaroc fait ainsi ressortir un paradoxe intéressant. La filière qui séduit le plus n’est pas nécessairement celle qui affiche la croissance exportatrice la plus spectaculaire. L’olivier semble bénéficier d’une perception associant pérennité de l’actif agricole, possibilités de transformation et profondeur des débouchés.
Pour un investisseur agricole, le véritable arbitrage se situe ailleurs. Une filière attractive au niveau national peut devenir un mauvais investissement sur une parcelle mal située, avec une eau insuffisante ou de qualité inadéquate, un matériel végétal inadapté ou un débouché commercial mal sécurisé. À l’inverse, un projet techniquement maîtrisé et construit autour d’un marché identifié peut trouver sa place dans chacune de ces quatre filières.
Sources : Conseil oléicole international – statistiques du secteur oléicole ; Morocco Foodex – coordination des exportations ; Blueberries Consulting – bilan 2025/2026 de la myrtille marocaine ; FreshPlaza – campagne marocaine de tomate 2025/2026 ; Ecofin – bilan de la campagne marocaine d’avocat.

