Clémentinier : irriguer un côté sur deux à 75 % des besoins, ce qu’a donné un essai dans la plaine de Triffa

Dans la plaine de Triffa, près de Berkane, une équipe de chercheurs a comparé pendant deux saisons l'irrigation classique de clémentiniers adultes et une irrigation alternée, un côté des racines à la fois, à 75 % des besoins. Résultat publié en 2022 : jusqu'à 1 600 m³ d'eau économisés par hectare, un rendement qui ne baisse pas de façon significative, mais des fruits plus petits. Des résultats utiles pour préparer la saison d'irrigation 2027, même si les barrages de la Moulouya sont aujourd'hui remplis à 72,5 %.

Par 5 min de lecture
Clémentinier : irriguer un côté sur deux à 75 % des besoins, ce qu’a donné un essai dans la plaine de Triffa

La question revient à chaque saison sèche dans les vergers d’agrumes de l’Oriental : peut-on réduire l’eau d’irrigation sans perdre la récolte ? Une étude menée dans la plaine de Triffa, au cœur de la zone agrumicole de Berkane, apporte des chiffres. Publiée en janvier 2022 dans la revue Ecological Engineering & Environmental Technology par Maryam Slamini, Mohamed Sbaa et leurs collègues, elle compare deux façons d’irriguer des clémentiniers adultes pendant les saisons 2017 et 2018.

Le dispositif : un côté des racines arrosé, l’autre au sec

L’essai a été conduit sur des clémentiniers de 21 ans, plantés à 5 m × 5 m, sur un sol argileux. Le verger est irrigué au goutte-à-goutte, avec deux rampes par rang d’arbres, placées à 1,5 m de part et d’autre de la ligne, et des goutteurs de 4 L/h espacés de 0,75 m.

Deux traitements ont été comparés :

  • l’irrigation complète, à 100 % de l’évapotranspiration de la culture (ETc), calculée à partir de l’ET0 (méthode FAO Penman-Monteith, logiciel CROPWAT 8.0) et des données météo du site ;
  • l’irrigation alternée, ou « séchage partiel des racines » (PRD), à 75 % de l’ETc : une seule rampe fonctionne, l’autre côté des racines reste au sec, et l’on change de côté chaque semaine.

Environ 1 000 à 1 600 m³ d’eau en moins par hectare

En 2017, le verger irrigué normalement a reçu 641,1 mm (environ 6 411 m³/ha), contre 480,8 mm (environ 4 808 m³/ha) pour le traitement alterné. En 2018, année où l’ET0 de la saison était plus faible (754,4 mm contre 873,8 mm), les apports ont été de 491,7 mm en irrigation complète et d’environ 369 à 387 mm en irrigation alternée, l’article donnant deux valeurs différentes dans le texte et dans le tableau. L’économie représente donc environ 1 600 m³/ha en 2017 et 1 000 à 1 200 m³/ha en 2018.

Un rendement qui baisse, mais pas de façon significative

Les rendements mesurés sont les suivants :

  • 2017 : 14,7 t/ha en irrigation complète, 12,3 t/ha en irrigation alternée (-17 %) ;
  • 2018 : 13,4 t/ha en irrigation complète, 12,4 t/ha en irrigation alternée (-7 %).

Les auteurs indiquent que ces écarts ne sont pas statistiquement significatifs. L’efficience de l’eau d’irrigation est meilleure avec l’irrigation alternée : 26 contre 23 kg/ha/mm en 2017, 33,7 contre 27,2 kg/ha/mm en 2018 d’après le tableau des résultats (le résumé de l’article parle de gains de 11 % et 21 %).

« Le rendement des agrumes n’a pas été réduit de manière significative par l’irrigation PRD. »

M. Slamini et al., Ecological Engineering & Environmental Technology — janvier 2022 (traduit de l’anglais)

Le point faible : la taille des fruits

L’irrigation alternée a en revanche réduit nettement la taille des fruits. Le poids moyen d’un fruit passe de 81,4 g à 72,7 g en 2017 et de 90,6 g à 79,7 g en 2018. Le calibre moyen recule de 56,5 mm à 49,7 mm en 2017 et de 58,0 mm à 51,9 mm en 2018. Pour la clémentine destinée à l’export, où le calibre conditionne le prix, ce recul pèse dans le calcul.

La qualité interne évolue dans l’autre sens : l’acidité titrable augmente de 9 à 11 % et les sucres (extrait sec soluble) de 1,2 à 1,4 %. Le pourcentage de jus baisse de 6 % en 2017 mais dépasse de 3 % celui du témoin en 2018. Les arbres en irrigation alternée ont aussi développé davantage de racines.

Le contexte de l’eau dans la Moulouya

La saison 2026 a été plus confortable que les précédentes. En août, Mohamed Saiidi, producteur (Vergers Domaine Tarifit, Berkane), le résumait à FreshPlaza :

« L’irrigation n’est plus une préoccupation, contrairement à l’an dernier. »

Mohamed Saiidi, producteur, Vergers Domaine Tarifit et station Eurober (Berkane) — FreshPlaza.fr, 19 août 2026

Au 2 novembre 2026, les barrages du bassin de la Moulouya étaient remplis à 72,50 %, selon les données du ministère de l’Équipement et de l’Eau reprises par LeBrief. Les économies d’eau ne sont donc pas une urgence cette saison, mais les années sèches récentes montrent qu’un mode d’irrigation testé à l’avance peut servir lors d’une prochaine restriction.

Les limites de l’essai

L’étude porte sur une seule exploitation, deux saisons et un sol argileux. Le porte-greffe et le coefficient cultural (Kc) utilisés ne sont pas précisés. Les résultats ne se transposent pas automatiquement à un sol sableux, à de jeunes arbres ou à une autre variété. Les auteurs concluent toutefois que des économies d’eau peuvent être obtenues avec l’irrigation alternée à 75 % de l’ETc.

Ce qu’il faut retenir pour votre exploitation

  • Sur clémentiniers adultes en sol argileux, l’irrigation alternée à 75 % de l’ETc a économisé environ 1 000 à 1 600 m³/ha par saison.
  • Le rendement a reculé de 7 à 17 %, sans différence statistiquement significative.
  • Le calibre moyen a perdu environ 6 à 7 mm : un point à peser pour les vergers orientés vers l’export.
  • Le dispositif demande deux rampes par rang et une alternance hebdomadaire des côtés irrigués.
  • Avec des barrages de la Moulouya à 72,5 %, c’est le bon moment pour tester la méthode sur une parcelle d’essai plutôt que dans l’urgence d’une année sèche.

Sources

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués d'un astérisque.