Pourquoi les rendements céréaliers marocains varient-ils autant d’une année à l’autre, et sur quels leviers l’agriculteur peut-il agir ? Une revue systématique publiée le 27 février 2025 dans Frontiers in Agronomy par des chercheurs de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) et de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue a passé en revue 135 publications consacrées aux rendements des cultures au Maroc. Au moment où les semis de la campagne 2026-2027 s’engagent, voici ce que cette synthèse retient.
135 études, surtout sur les céréales
Les auteurs (Soumia Achli, Victor Ongoma, Terence Epule Epule, Driss Dhiba, Wiam Salih, Lahcen Ousayd et Abdelghani Chehbouni) ont identifié 17 798 articles dans Scopus, Web of Science et Google Scholar, publiés entre 1990 et 2024, puis en ont retenu 135 après tri. Les céréales représentent 72 % des cultures étudiées, le blé à lui seul 39 %, devant l’orge et le maïs ; les légumineuses, notamment le pois chiche, 21 %. Les études couvrent notamment le Gharb, Meknès, le Saïs, le Tadla, Chichaoua-Mejjate et le Souss-Massa.
« Le secteur agricole marocain fait face à d’importants défis socio-environnementaux qui menacent la sécurité alimentaire et le développement économique. »
Soumia Achli et al., chercheurs, Université Mohammed VI Polytechnique — Frontiers in Agronomy, 27 février 2025 (traduit de l’anglais)
La pluie d’abord, l’irrigation ensuite
Le facteur le plus étudié est la pluviométrie, citée dans 51 études (15,6 % des mentions). La revue rappelle l’ampleur des chocs : la production céréalière est tombée de 9,5 à 1,6 million de tonnes entre 1994 et 1995, et en 2004-2005, avec moins de 330 mm, les rendements sont restés sous 20 quintaux par hectare.
Viennent ensuite l’irrigation (32 études, 9,8 %), la fertilisation minérale et organique (21 études, 6,8 %), la température et les défis liés à l’eau (20 études chacun, 6,1 %), l’efficacité technique (19 études), l’agriculture de conservation (18 études, 5,5 %) et les propriétés du sol (15 études). Les ravageurs (12 études), la date de semis (10 études), les variétés (7 études), les maladies (6 études) et le désherbage (5 études) sont moins étudiés. Ces chiffres mesurent l’attention des chercheurs, pas le poids réel de chaque facteur dans le rendement.
La chaleur, un facteur qui monte
La revue relève une hausse moyenne de la température annuelle d’environ 0,5 °C par décennie au Maroc depuis 1970, contre environ 0,15 °C à l’échelle mondiale. Elle cite aussi des travaux plus anciens : en 2006 déjà, une étude de modélisation indiquait que des températures supérieures à 32 °C gênent le remplissage du grain ; en 2019, une autre projetait que, sans prise en compte de l’effet fertilisant du CO2, les rendements du blé pourraient baisser de 7 à 30 %. La chaleur aggrave aussi le déficit hydrique.
Azote : un effet qui dépend de l’année
Sur la fertilisation, la revue confirme l’effet positif de l’azote sur la biomasse et le rendement de l’orge, du blé tendre, du blé dur et du triticale. Elle rappelle aussi un résultat historique, tiré de travaux de 1996 à 2013 : un excès d’azote en année sèche, ou un déficit en année humide, pouvait réduire fortement les rendements. La revue ne donne pas de référence de dose récente.
Une marge de progrès dans les exploitations
L’agriculture de conservation, citée dans 18 études, fait l’objet de notre article consacré à l’étude de terrain de l’ENA de Meknès sur le semis direct dans le Saïs et la Chaouia.
La revue relève enfin d’importantes inefficacités dans les exploitations marocaines, avec une efficacité technique estimée entre 35 et 50 %.
Sur la date de semis, selon une étude de modélisation de 2019 citée par la revue, une baisse des pluies d’automne pourrait retarder les semis et décaler la saison de culture jusqu’à deux mois, les agriculteurs semant généralement après les premières pluies.
Ce qu’il faut retenir pour votre exploitation
- La pluie est le facteur le plus étudié ; selon la revue, l’irrigation compense le stress hydrique dans les zones semi-arides.
- Des travaux anciens cités par la revue (1996-2013) montraient qu’un excès d’azote en année sèche, ou un déficit en année humide, pouvait faire baisser le rendement ; aucune référence de dose récente n’est donnée.
- La température moyenne monte plus vite au Maroc (environ +0,5 °C par décennie depuis 1970) qu’au niveau mondial ; une étude de 2006 citée par la revue situait à 32 °C le seuil qui gêne le remplissage du grain.
- Avec une efficacité technique estimée entre 35 et 50 %, la revue relève d’importantes inefficacités dans les exploitations marocaines.
Sources
- Achli S., Ongoma V., Epule Epule T., Dhiba D., Salih W., Ousayd L., Chehbouni A. — Exploring the key drivers of crop yields in Morocco – a systematic review, Frontiers in Agronomy, 27 février 2025
- Ait Hammadi K. et al. (ENA Meknès) — Évaluation des coûts-bénéfices du semis direct des céréales dans le Saïs et la Chaouia, Revue marocaine des sciences agronomiques et vétérinaires, 17 octobre 2025

