Dossier pratique : gérer l’humidité sous serre en hiver pour limiter botrytis et mildiou de la tomate

Nuits fraîches et air humide : novembre ouvre la période à risque pour la pourriture grise et le mildiou de la tomate sous abri. Aération, irrigation, effeuillage, hygiène : voici les gestes simples, étape par étape, pour que le climat de la serre ne joue pas en faveur des champignons.

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Dossier pratique : gérer l’humidité sous serre en hiver pour limiter botrytis et mildiou de la tomate © DR

Début novembre, les serres de tomate entrent dans leur période la plus délicate. Les journées restent douces, mais les nuits fraîchissent et l’air se charge d’humidité. C’est exactement ce qu’aiment deux maladies bien connues des producteurs : la pourriture grise (Botrytis cinerea) et le mildiou (Phytophthora infestans). Pour ce premier Dossier pratique, nous nous concentrons sur un levier qui ne coûte presque rien et qui conditionne tout le reste : la gestion de l’humidité et de l’aération sous abri en hiver.

Ce dossier complète notre fiche générale Maladies et ravageurs de la tomate au Maroc, qui décrit l’ensemble des bioagresseurs. Ici, l’objectif est plus concret : quels gestes faire, et à quel moment, pour que l’ambiance de la serre ne travaille pas pour le champignon.

Pourquoi l’hiver est la saison à risque

Les deux maladies ont des exigences proches. D’après le bulletin technique des Chambres d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine consacré à la tomate en agriculture biologique (avril 2023), le botrytis affectionne les ambiances humides, avec une humidité relative proche de 95 % et des températures de 17 à 23 °C, des conditions surtout rencontrées sous abri. Le même document indique que le mildiou est favorisé par une humidité de l’air à saturation et une température inférieure à 25 °C.

Le service de vulgarisation de l’Université Rutgers (États-Unis, juin 2024) précise que, pour le botrytis, une humidité relative élevée suffit, sans même qu’il y ait de l’eau sur les feuilles. Le risque augmente quand le temps reste frais et humide et que l’humidité reste élevée longtemps, en particulier quand des journées chaudes sont suivies de nuits froides. C’est le scénario typique d’une serre en novembre-décembre : la plante transpire le jour, l’air se refroidit la nuit, l’humidité grimpe.

« Maintenir l’humidité relative aussi basse que possible en combinant chauffage et aération le soir. » (traduit de l’anglais)

Rutgers Cooperative Extension, « Identifying and Controlling Botrytis in High Tunnel and Greenhouse Tomato Production », 3 juin 2024

Autre point à connaître : le champignon entre volontiers par les plaies. Selon la même source, les infections de tige passent par les cicatrices des feuilles retirées, les fissures et les plaies de taille, et les spores peuvent rester en sommeil jusqu’à 12 semaines dans ces cicatrices avant de se développer quand la plante est stressée.

Reconnaître les premiers signes

Une surveillance régulière permet d’agir avant que la maladie ne s’installe. Les symptômes décrits par les deux sources :

  • Botrytis sur tige : lésion qui part d’une plaie (taille, effeuillage), s’étend en anneaux concentriques et se couvre d’un duvet gris ; elle peut ceinturer la tige et faire flétrir toute la partie située au-dessus.
  • Botrytis sur fruit : petite tache entourée d’anneaux (« tache fantôme »), puis pourriture grisâtre, parfois à partir du pédoncule.
  • Mildiou : petites taches jaunes puis brunes sur feuilles qui sèchent vite, grandes taches brunes irrégulières sur tiges, marbrures brunes et bosselées sur fruits.

En cas de doute, prenez une photo nette de la feuille ou de la tige atteinte et utilisez notre outil de diagnostic photo avant de confirmer avec votre conseiller technique.

Étape par étape : piloter l’aération

  1. Aérer dès que possible. Les deux sources font de l’aération une mesure clé : elle sert à évacuer l’air humide et à éviter le maintien d’une hygrométrie forte sous l’abri.
  2. Surveiller la fin de journée et la soirée. Rutgers recommande de maintenir l’humidité relative la plus basse possible en combinant chauffage et aération, surtout le soir quand une journée chaude précède une nuit froide. Ce conseil vient de serres chauffées américaines. Dans les serres non chauffées, la façon d’adapter ce conseil (horaires d’ouverture, risque de chute de température) doit être calée avec votre conseiller.
  3. Faire circuler l’air. La même source conseille l’usage de ventilateurs horizontaux pour brasser l’air entre les rangs. La fiche du ministère de l’Agriculture de Colombie-Britannique (Canada, juin 2024) insiste aussi sur la circulation d’air, surtout la nuit quand la température chute.
  4. Équiper la serre d’un thermo-hygromètre. L’humidité de l’air ne se voit pas à l’œil nu. La fiche de Colombie-Britannique indique qu’une humidité supérieure à 80 % est très favorable à la maladie, dans le contexte des serres chauffées canadiennes. Un relevé régulier, notamment le soir et la nuit, aide à repérer les périodes à risque.

Étape par étape : irrigation, densité et effeuillage

  1. Arroser au goutte-à-goutte. Le bulletin de Nouvelle-Aquitaine conseille de privilégier l’irrigation localisée et de limiter les aspersions, qui créent une ambiance idéale pour le botrytis.
  2. Éviter les apports d’eau en fin de journée. Toujours selon cette source, il faut éviter les irrigations qui augmentent l’hygrométrie en fin de journée ; si une aspersion est inévitable, la faire en début de journée chaude pour que le feuillage sèche vite.
  3. Ne pas trop serrer les plants. Les deux sources recommandent d’éviter la surdensité pour favoriser l’aération. Pour la culture suivante, le bulletin conseille aussi de planter dans le sens du vent.
  4. Effeuiller régulièrement, mais au bon moment. Contre le mildiou, effeuiller le bas des plantes aère la culture, sans dépasser le bouquet en récolte. Contre le botrytis, éviter d’effeuiller et d’ébourgeonner les jours de forte humidité ; la fiche de Colombie-Britannique conseille de tailler en début d’après-midi pour que les plaies sèchent, car chaque plaie est une porte d’entrée.
  5. Limiter les blessures et les stress. Maîtriser aussi les ravageurs qui blessent les plantes ; le bulletin rappelle aussi que les outils d’entretien disséminent le champignon.
  6. Raisonner la fertilisation. Le bulletin recommande de limiter l’azote et les plantes trop végétatives. Rutgers conseille des analyses de tissus régulières et signale qu’un rapport calcium/phosphore inférieur à 2:1 peut rendre la plante plus sensible au botrytis.

Hygiène : ne pas laisser le champignon s’installer

Le botrytis survit dans les débris végétaux et la matière organique (Rutgers, 2024). Le bulletin de Nouvelle-Aquitaine recommande d’éliminer les débris ; la fiche de Colombie-Britannique demande d’emporter rapidement les déchets infectés loin de la serre, bâchés. Une fois installée dans une serre fermée, la maladie peut être très difficile à maîtriser (Rutgers, 2024) : il vaut mieux agir tôt.

Et les traitements ?

Les mesures de climat et d’hygiène ne remplacent pas toujours une protection, mais elles en conditionnent l’efficacité. Nous ne citons ici aucun produit ni aucune dose : avant toute application, vérifiez les substances homologuées sur tomate, les doses et les délais avant récolte dans notre index phytosanitaire et dans l’index officiel de l’ONSSA, et faites-vous accompagner par un conseiller agréé.

Ce qu’il faut retenir pour votre exploitation

  • Humidité proche de la saturation et températures fraîches : c’est la combinaison qui favorise botrytis et mildiou.
  • Aérer, faire circuler l’air et suivre l’hygrométrie, surtout le soir et la nuit.
  • Goutte-à-goutte plutôt qu’aspersion, pas d’arrosage en fin de journée.
  • Pas d’effeuillage ni de taille par temps humide ; limiter toutes les blessures.
  • Emporter loin de la serre les débris et organes malades.
  • Pour tout traitement : index phytosanitaire et avis d’un conseiller.

Sources

  • Chambres d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine, « Les maladies de la tomate », Bulletin technique Productions légumières en agriculture biologique n° 35, avril 2023 : creuse.chambre-agriculture.fr
  • Rutgers Cooperative Extension (H. Cooper, d’après A. Wyenandt), « Identifying and Controlling Botrytis in High Tunnel and Greenhouse Tomato Production », 3 juin 2024 : cumberland.njaes.rutgers.edu
  • Ministère de l’Agriculture de Colombie-Britannique (Canada), fiche « Botrytis canker of greenhouse tomato », juin 2024 : www2.gov.bc.ca
Catégories : Culture de la tomate, Maladies et ravageurs, Technique

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