Une équipe de chercheurs travaillant sur les sols agricoles marocains vient de démontrer qu’il est possible d’estimer la teneur en matière organique des sols à partir de leur couleur, ouvrant la voie à des méthodes d’analyse beaucoup plus rapides et nettement moins coûteuses pour les agriculteurs et les laboratoires. Cette avancée fait l’objet d’une publication scientifique dans la revue internationale Carbon Research, éditée par Springer Nature.
L’étude, intitulée Predicting soil organic matter from color indices: economic and technical feasibility in semi-arid agricultural soils, a été menée par les chercheurs Yassine Bouslihim, Widad Ennaji et Abdessamad Hilali. Elle porte sur des sols agricoles situés en zones semi-arides marocaines, représentatives des conditions pédoclimatiques rencontrées dans plusieurs bassins de production du Royaume, notamment dans des systèmes oléicoles et arboricoles.
La matière organique constitue un indicateur central de la fertilité des sols. Elle influence directement la capacité de rétention en eau, la disponibilité des éléments nutritifs et la structure du sol. Son analyse repose traditionnellement sur des méthodes chimiques de laboratoire, précises mais coûteuses, longues et nécessitant des équipements spécialisés.
Les chercheurs ont évalué une approche alternative basée sur l’analyse des indices de couleur du sol, mesurés à l’aide de techniques numériques. Les résultats montrent qu’il existe une corrélation significative entre la couleur du sol et sa teneur en matière organique, permettant d’établir des modèles de prédiction fiables dans les conditions étudiées. Cette méthode ouvre la possibilité d’un diagnostic plus accessible, notamment pour les exploitations agricoles et les laboratoires confrontés à un grand volume d’analyses.
le coût d’analyse peut être réduit jusqu’à 96 %
L’étude met également en évidence un impact économique majeur. Les auteurs indiquent que le coût d’analyse peut être réduit jusqu’à 96 % par rapport aux méthodes chimiques conventionnelles, en particulier dans les structures traitant plusieurs milliers d’échantillons par an. Le seuil de rentabilité de cette technologie est estimé à environ 1261 échantillons annuels, avec un retour sur investissement pouvant intervenir en quelques mois selon les configurations étudiées.
Ces résultats présentent un intérêt stratégique pour l’agriculture marocaine, confrontée à la dégradation progressive de la matière organique des sols sous l’effet de la sécheresse, de l’intensification culturale et de l’érosion. L’accès à des outils d’évaluation plus rapides et moins coûteux pourrait faciliter le suivi de la fertilité et améliorer la gestion agronomique des exploitations.
La publication dans Carbon Research confirme la dynamique scientifique nationale autour de la préservation du capital sol, considéré comme un levier essentiel pour la durabilité et la résilience des systèmes agricoles marocains face aux contraintes climatiques croissantes.
Source : https://link.springer.com/article/10.1007/s44246-025-00240-6
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