Les agriculteurs de Doukkala placent la gestion de la rareté de l’eau et la maîtrise des coûts de production parmi leurs principales préoccupations. Irrigation, intrants, alimentation du cheptel, mécanisation et dessalement figurent également parmi les sujets mis en avant par les professionnels interrogés dans la région.
Dans la région de Doukkala, les attentes du monde agricole à l’approche des prochaines échéances législatives se concentrent d’abord sur les conditions permettant de maintenir durablement l’activité. La succession des années de stress hydrique, le recul des ressources conventionnelles, l’augmentation des coûts de production et le manque de main-d’œuvre pèsent sur les exploitations et les différentes filières.
Selon les témoignages recueillis par la MAP à Sidi Bennour, la question de l’eau occupe une place centrale. Les agriculteurs interrogés souhaitent notamment voir se poursuivre les efforts de mobilisation des ressources hydriques, tout en améliorant l’efficacité de leur utilisation.
La régularité de l’irrigation comme priorité
Mansour Ghouass, agriculteur dans la région de Doukkala et acteur associatif, place ainsi la gestion des ressources en eau au premier rang des priorités.
Il souligne que les professionnels sont désormais davantage conscients de la nécessité de rationaliser l’utilisation de l’eau. La régularité des dotations destinées à l’irrigation reste cependant, selon lui, essentielle pour stabiliser les cultures stratégiques et préserver les arbres fruitiers.
La problématique hydrique concerne également directement l’élevage. Mansour Ghouass appelle les formations politiques à présenter des mesures applicables pour assurer la disponibilité du fourrage et des aliments nécessaires au maintien du cheptel et à la continuité des filières du lait et des viandes rouges.
Le renforcement de la formation et de l’accompagnement des professionnels ainsi que le soutien à l’acquisition des aliments pour bétail font également partie des attentes qu’il exprime.
Mécaniser pour répondre au manque de main-d’œuvre
À Oulad Si Bouhya, dans la province de Sidi Bennour, l’agriculteur Khalid Mouataz Billah identifie deux contraintes structurelles majeures : la rareté des ressources hydriques et le manque de main-d’œuvre agricole.
Face à cette dernière difficulté, il estime nécessaire de développer une stratégie intégrée autour de la mécanisation des exploitations. Celle-ci passerait notamment par une facilitation de l’acquisition de machines et d’équipements techniques modernes.
L’objectif serait à la fois de réduire l’impact du manque de main-d’œuvre et d’améliorer les performances des exploitations agricoles.
Sur le volet hydrique, Khalid Mouataz Billah appelle également à accélérer la réalisation et la mise en service des projets de dessalement de l’eau de mer destinés à l’agriculture. Ces nouvelles ressources permettraient, selon lui, de réduire la pression exercée sur les eaux de surface mobilisées au niveau des barrages et de contribuer à la continuité de l’activité agricole.
Les intrants et le transport pèsent sur les marges
L’autre préoccupation majeure exprimée dans la région concerne les charges supportées par les exploitations.
Abdellah Hallal, agriculteur de Doukkala, pointe notamment la hausse du coût des intrants de production, particulièrement pénalisante pour les petits et moyens producteurs.
Les prix des produits fertilisants et des engrais sont cités parmi les postes concernés. Les coûts d’acheminement et de transport des récoltes pèsent également sur les exploitations.
Le cas de la betterave sucrière est notamment mis en avant. Le transport de la récolte jusqu’aux unités industrielles de transformation représente une charge susceptible d’affecter directement la marge des producteurs.
Abdellah Hallal appelle ainsi à des mesures permettant de réduire le coût des intrants et des services logistiques, avec pour objectif de préserver la rentabilité des exploitations et la continuité des principales filières de production.
L’agriculture attendue dans les programmes électoraux
Ces préoccupations placent nécessairement l’agriculture parmi les sujets suivis par les professionnels à l’approche des législatives.
Selon la MAP, les programmes électoraux accordent une place importante au secteur agricole, avec des propositions portant notamment sur le soutien aux agriculteurs, l’amélioration des performances du secteur, l’adaptation aux changements climatiques et à la raréfaction de l’eau ainsi que sur les conditions de production et de commercialisation.
L’orientation des investissements agricoles vers les besoins du marché intérieur, la préservation du patrimoine agricole national et le soutien à la recherche scientifique agricole figurent également parmi les orientations évoquées.
Pour les agriculteurs interrogés à Doukkala, l’enjeu dépasse ainsi la seule question de l’accès à l’eau. La capacité à maîtriser les charges, sécuriser l’élevage, mécaniser davantage les exploitations et disposer de ressources hydriques supplémentaires apparaît également déterminante pour maintenir l’activité et les revenus agricoles.

