Agriculture marocaine : les sept dossiers qui vont marquer la rentrée 2026-2027

Par 6 min de lecture Mis à jour Il y a 2 mois
Agriculture marocaine : les sept dossiers qui vont marquer la rentrée 2026-2027 © DR
Agriculteur

Après une campagne agricole portée par le retour des précipitations, la rentrée 2026 s’ouvre sur des perspectives plus favorables pour l’agriculture marocaine. Cette amélioration ne fait toutefois pas disparaître certaines fragilités structurelles des filières. Commercialisation, préparation des semis, disponibilité de l’eau, compétitivité à l’export et conséquences des fortes chaleurs figurent parmi les principaux dossiers à surveiller au cours des prochaines semaines.

Après une courte pause estivale, la rédaction d’AgriMaroc reprend sa veille quotidienne des filières agricoles marocaines. Cette rentrée intervient à un moment charnière. Les résultats de la campagne 2025-2026 doivent désormais être consolidés, tandis que les producteurs commencent déjà à préparer la suivante.

Une récolte céréalière à valoriser

Selon les prévisions, la production céréalière de la campagne 2025-2026 devrait avoisiner 90 millions de quintaux, soit plus du double des 44 millions de quintaux annoncés, également à titre prévisionnel, pour la campagne 2024-2025. Le volume attendu se répartit entre 44 millions de quintaux de blé tendre, 21 millions de blé dur et 25 millions d’orge.

Cette reprise place la collecte et les conditions de commercialisation au premier plan. Dans le cadre du dispositif présenté par l’ONICL pour la campagne 2026, le prix référentiel du blé tendre destiné aux minoteries industrielles a été fixé à 280 dirhams le quintal. Ce niveau constitue une référence de campagne et ne doit pas être assimilé à un prix garanti à chaque producteur, le prix effectivement obtenu pouvant varier selon la qualité et les conditions de transaction. L’objectif annoncé consiste à collecter entre 15 et 20 millions de quintaux, tout en constituant une réserve de huit millions de quintaux de blé tendre national. Une prime de stockage de trois dirhams par quintal et par quinzaine doit soutenir ce dispositif.

Pour les producteurs, le bilan de la campagne ne dépendra donc pas uniquement du rendement obtenu au champ. Le prix effectivement payé, les écarts de qualité, les conditions de livraison et l’accès aux organismes stockeurs détermineront la rentabilité réelle des céréales.

Les semis d’automne déjà en préparation

La rentrée correspond également à la préparation de la campagne 2026-2027. Les exploitations doivent arbitrer leurs assolements, réserver leurs semences et planifier les apports de fond avant l’arrivée des premières pluies significatives.

L’amélioration hydrique enregistrée durant la campagne écoulée offre un contexte plus favorable, mais elle ne dispense pas d’une gestion prudente. Les décisions de semis devront tenir compte de l’humidité réelle des sols, du précédent cultural, de la disponibilité des semences certifiées et de la capacité financière des exploitations. Après plusieurs années difficiles, la maîtrise des charges restera aussi déterminante que la recherche du rendement.

L’eau demeure la variable centrale

Le retour des pluies a amélioré les réserves hydriques et les perspectives de production. Il ne met cependant pas fin à la pression exercée sur les ressources, notamment dans les bassins fortement sollicités par l’irrigation et les cultures pérennes.

À la rentrée, l’attention portera sur les volumes effectivement mobilisables pour l’agriculture, et pas seulement sur le taux national de remplissage des barrages. La situation peut varier fortement d’un périmètre irrigué à l’autre. Le développement de l’irrigation de complément, devra également être suivi sous l’angle de l’accès des petites et moyennes exploitations.

L’avocat face aux séquelles de la chaleur

La prochaine campagne d’avocats reste l’un des dossiers les plus incertains. La production 2025-2026 aurait atteint environ 75 000 tonnes, contre près de 120 000 tonnes durant la campagne précédente. Avant les épisodes de chaleur estivale, les premières projections évoquaient un retour possible entre 110 000 et 120 000 tonnes.

Ces estimations étaient néanmoins conditionnées à l’absence de nouvelles températures extrêmes pendant juillet et août. La rentrée devra donc permettre d’évaluer plus précisément la chute physiologique des fruits, les brûlures, les calibres et le potentiel commercial réellement préservé. Au-delà du volume exportable, la viabilité économique des vergers dans les zones les plus exposées au stress hydrique revient au centre du débat.

Une production agrumicole stable, mais une concurrence accrue

La production marocaine d’agrumes est estimée à 2,09 millions de tonnes pour la campagne 2025-2026. Les petits agrumes progresseraient de 9,5 %, à 1,142 million de tonnes, tandis que les oranges reculeraient légèrement à environ 900 000 tonnes.

La stabilité de la récolte ne garantit cependant pas celle des débouchés. Entre septembre 2025 et février 2026, les importations européennes de petits agrumes marocains ont diminué de 13,6 % sur un an. Celles d’oranges ont reculé plus fortement. Pour les opérateurs, la prochaine campagne se jouera donc sur la qualité, les calibres, le calendrier de commercialisation et la capacité à résister à la concurrence de l’Égypte, de l’Afrique du Sud et de la Turquie.

La tomate marocaine doit défendre sa valeur

Les données européennes analysées par AgriMaroc montrent qu’entre janvier et mai 2026, l’Union européenne a importé 243 468 tonnes de tomates marocaines, contre 270 868 tonnes sur la même période de 2023. Le volume a ainsi reculé de 10,1 %.

La valeur douanière a pourtant progressé de 3,9 %, pour atteindre 539,4 millions d’euros. Le rapport entre la valeur et le volume est passé de 1,92 à 2,22 euros par kilogramme. Cette évolution montre que la performance d’une filière exportatrice ne peut plus être évaluée uniquement à travers les tonnages. La valorisation, la segmentation commerciale et la régularité de l’offre deviennent des indicateurs tout aussi importants.

Une rentrée décisive pour les producteurs

Les prochaines semaines permettront de mesurer si l’amélioration de la campagne 2025-2026 se traduit réellement dans les comptes des exploitations. Le retour de la production constitue un signal positif, mais la collecte, les prix agricoles, les charges, la disponibilité de l’eau et l’accès au marché détermineront la solidité de la reprise.

AgriMaroc suivra ces indicateurs au plus près des territoires et des filières, avec une priorité donnée aux données vérifiables, aux retours des professionnels et aux conséquences concrètes pour les producteurs marocains.

Catégories : Actu' Export, Actu' Locale

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