Le titre résume la thèse : « The Spectral Illusion of Crop Health », l’illusion spectrale de la santé des cultures. Publiée le 13 mai 2026 dans la revue Hydrology (MDPI, volume 13, article 132), l’étude est signée par douze auteurs, dont Maryame El-Yazidi (Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, Fès), Brahim Benzougagh et Abderrahim Lahrach. Elle évalue le « coût en eau souterraine » de la maladaptation agricole dans le bassin du Souss-Massa sur la période 1995-2021.
Ce que les chercheurs ont mesuré
L’équipe a croisé plusieurs types de données :
- les précipitations et températures de cinq stations (Agadir, Ouijjane, Tamri, Aoulouz, Taroudant), testées par les méthodes statistiques de Mann-Kendall et de Sen ;
- des cartes d’occupation du sol pour 1995, 2005, 2010, 2015 et 2020, produites à partir des images Landsat 5, 7 et 8 sous Google Earth Engine ;
- la piézométrie des nappes du Souss, de Chtouka et de Tiznit ;
- un indice de stress hydrique des cultures, le CWSI (Crop Water Stress Index).
Le CWSI, un thermomètre des plantes
Le CWSI repose sur la comparaison entre la température du couvert végétal et celle de l’air. Une plante bien alimentée en eau transpire et refroidit son feuillage ; une plante en manque d’eau ferme ses stomates et se réchauffe. L’indice varie de 0 (aucun stress) à 1 (stress maximal). Dans le bassin du Souss, les auteurs relèvent une moyenne historique de 0,569, un pic à 0,61 en 2010 et une valeur de 0,56 en 2020.
Pris isolément, ce léger recul pourrait laisser croire à une amélioration. Or le climat n’est pas devenu plus favorable : les températures augmentent de manière significative, jusqu’à +0,116 °C par an à Ouijjane, et les pluies montrent des tendances à la baisse, de −1,11 mm/an à Tamri à −2,64 mm/an à Agadir, même si ces baisses ne sont pas statistiquement significatives.
Des nappes en déficit croissant
Pour les auteurs, la baisse du CWSI traduit avant tout une irrigation intensive soutenue par le pompage. Selon les auteurs, les bilans piézométriques vont dans ce sens :
- nappe du Souss : déficit de 300 à 370 millions de m³ par an en fin de période, pour des sorties de 600 à 630 millions de m³ ;
- nappe de Chtouka : bilan passé de −10 millions de m³ en 1995 à −85 millions de m³ en 2018 ;
- nappe de Tiznit : bilan net de −3,2 millions de m³ par an en fin de période.
Le recul des céréales pluviales, l’essor des fourrages irrigués
Les changements d’assolement vont dans le même sens. La production de blé tendre pluvial est passée de 205 623 tonnes en 1995-1996 à 13 960 tonnes en 2020-2021, soit une chute de 93 %. Dans le même temps, la production de fourrages a grimpé d’environ 200 000 tonnes à plus d’un million de tonnes, avec, selon les résultats de l’étude, une tendance à l’extension des surfaces en bersim et maïs fourrager (+744 hectares par an) et un recul de la luzerne, des chiffres que la discussion de l’article contredit en partie. Les surfaces cultivées ont diminué de 4 826 km² à 4 110 km² entre 1995 et 2020, tandis que les zones bâties passaient de 93 à 381 km².
Les limites de l’étude
Les auteurs reconnaissent que la validation complète de leurs cartes d’occupation du sol ne porte que sur 2020. Certaines données présentent aussi des incohérences internes, notamment sur la tendance de la production de bersim et maïs, qui appellent une lecture prudente des chiffres de détail. La série s’arrête en 2021 et ne couvre donc pas les années de sécheresse récentes ni les pluies de 2025-2026.
Ce que recommandent les chercheurs
L’étude plaide pour des stratégies intégrées d’adaptation climatique et de gestion des eaux souterraines, et évoque la nécessité d’une régulation stricte des prélèvements. Son principal enseignement méthodologique : un indicateur satellitaire de vigueur ou de stress des cultures ne suffit pas à juger de la durabilité d’un système irrigué ; il doit être lu avec l’évolution des nappes.

