Fourrages d’automne : associer la vesce ou le pois au triticale, ce que montrent les essais de l’INRA

En pleine période de semis des fourrages, des essais de l'INRA conduits en pluvial à El Koudia et Sidi El Aydi comparent le triticale pur et ses associations avec la vesce et le pois. Rendement en matière sèche, teneur en protéines, proportions de semis : les chiffres pour choisir son mélange.

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Fourrages d’automne : associer la vesce ou le pois au triticale, ce que montrent les essais de l’INRA

Novembre est le mois des semis de fourrages d’automne. Pour les éleveurs qui veulent produire leur propre fourrage en sec, l’association d’une légumineuse et d’une céréale est une option classique. Des essais menés par l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) dans deux stations en conditions pluviales, publiés en janvier 2023 dans la revue Acta fytotechnica et zootechnica, chiffrent ce que l’on gagne et ce que l’on perd en associant la vesce ou le pois au triticale.

Un contexte de coûts d’alimentation élevés

Selon Hespress (28 octobre 2026), les semis de cultures fourragères débutent fin octobre et se poursuivent en novembre ; l’avoine et la luzerne sont les cultures les plus répandues. Ibrahim Sahraoui, agriculteur et président du groupement « Loukkos » des éleveurs, rattaché à l’ANOC, y explique qu’avec le retard des pluies, les éleveurs doivent désormais assurer entièrement l’alimentation de leurs troupeaux, faute de pâturages naturels.

Le dispositif des essais

Les essais ont été conduits par Rajae Kallida, Nadia Benbrahim, Fatima Gaboun et Mohammed Ibriz sur deux campagnes, 2013/2014 et 2014/2015, dans deux stations de l’INRA : El Koudia (sol sablo-limoneux, 310 puis 522 mm de pluie) et Sidi El Aydi (sol argilo-limoneux, 232 puis 292 mm). Les variétés utilisées sont la vesce commune « Nawal », le pois fourrager « Naïma » et le triticale « Juanillo ».

Les cultures pures et les associations ont été semées vers la mi-novembre, à la main, à une densité totale de 250 graines/m². Trois proportions de semis légumineuse:triticale ont été testées : 25:75, 50:50 et 75:25. La fumure était de 28 kg/ha de N, 56 kg/ha de P et 28 kg/ha de K au semis, plus environ 40 kg/ha de N au tallage pour le triticale. La coupe a eu lieu quand les légumineuses étaient en pleine floraison (plus de 50 %) et que les gousses basses commençaient à se former.

Rendement : le triticale seul reste devant

En matière sèche, le triticale pur donne le meilleur rendement sur les deux sites. Les associations se placent entre le triticale pur et les légumineuses pures.

TraitementEl Koudia (t MS/ha)Sidi El Aydi (t MS/ha)
Triticale pur6,608,44
Vesce:triticale 25:756,167,04
Vesce:triticale 50:505,597,17
Vesce:triticale 75:255,496,01
Vesce pure4,134,37
Pois:triticale 50:505,366,54
Pois pur3,663,72

Les proportions 25:75 et 50:50 donnent des rendements comparables ; passer à 75 % de légumineuse réduit le rendement, sauf pour la vesce à El Koudia. En moyenne, les mélanges vesce-triticale ont produit environ 11 % de plus que les mélanges pois-triticale.

Qualité : la légumineuse fait la différence

Le gain se joue sur la valeur du fourrage. La teneur en protéines passe de 7,08 % de la matière sèche pour le triticale pur à 10,3 %, 12,4 % et 13,9 % pour les mélanges vesce-triticale 25:75, 50:50 et 75:25 (16,9 % pour la vesce pure). Pour le pois-triticale, elle atteint 9,45 %, 10,8 % et 11,5 %. Le rendement en protéines s’élève en moyenne à 0,75 t/ha pour la vesce-triticale contre 0,57 t/ha pour le pois-triticale.

Les fibres (NDF, ADF, ADL) diminuent quand la part de légumineuse augmente, tandis que la digestibilité, l’ingestion, les nutriments digestibles totaux et la valeur alimentaire relative progressent, surtout au-delà de 25 % de légumineuse. La meilleure qualité est obtenue avec la proportion 75:25 légumineuse:triticale.

« L’association d’une légumineuse et d’une céréale est une approche durable pour accroître à la fois le rendement et la qualité du fourrage […] »

Rajae Kallida et al., chercheurs, INRA et Université Ibn Tofail — Acta fytotechnica et zootechnica, 9 janvier 2023 (traduit de l’anglais)

Un compromis à choisir selon le site

Les auteurs soulignent que le résultat dépend du site et de la variété. À El Koudia, le partage des ressources entre les deux espèces est neutre ou favorable ; à Sidi El Aydi, plus sec, la compétition domine dans les mélanges vesce-triticale. Le choix de la proportion est donc un arbitrage : plus de céréale pour le volume, plus de légumineuse pour la protéine.

Ce qu’il faut retenir pour votre exploitation

  • En sec, le triticale pur a donné le plus de matière sèche (6,6 à 8,4 t MS/ha dans les essais), mais un fourrage pauvre en protéines (7,08 %).
  • Un mélange vesce-triticale 25:75 ou 50:50 garde l’essentiel du rendement et porte la protéine à 10-12 %.
  • Pour un fourrage riche (13,9 % de protéines), visez 75:25 en faveur de la vesce, au prix d’un rendement plus faible en zone sèche.
  • La vesce s’est montrée meilleure partenaire du triticale que le pois (environ +11 % de rendement, plus de protéines).
  • Dans les essais, semis vers la mi-novembre à 250 graines/m² et coupe à la floraison des légumineuses, au début de la formation des gousses basses.

Sources

Catégories : Cahier Technique, Elevage

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