Entre les contreforts du Moyen Atlas et les plaines fertiles du Tadla, un même bruit domine ces jours-ci le paysage rural. Celui du gaulage des oliviers et du fonctionnement continu des unités de trituration, annonçant l’ouverture de la campagne oléicole. Dans la région de Béni Mellal-Khénifra, cette période marque bien plus qu’une simple récolte. Elle incarne un temps fort agricole, économique et social, attendu après plusieurs campagnes marquées par la sécheresse et la contraction des rendements.
Dans cette vaste région, l’oléiculture ne se résume pas à une culture pérenne. Elle constitue un pilier structurant du territoire, depuis les vergers du Dir jusqu’aux exploitations de Ouled M’barek, El Ksiba et aux grands domaines de la province de Fquih Ben Salah, où l’olivier façonne les paysages et soutient les revenus agricoles. La campagne en cours ravive une dynamique collective perceptible dès les premières semaines de récolte.
Le long des axes routiers traversant le Tadla, l’activité est intense. Les unités de trituration traditionnelles et modernes s’alignent, leurs esplanades chargées d’olives aux teintes vertes, violacées et noires, prêtes à être pressées. Un flux constant de véhicules témoigne de l’ampleur de la récolte, entre livraisons quotidiennes et retours chargés de bidons d’huile nouvelle.
Avant même d’apercevoir les moulins, les effluves caractéristiques des grignons et de l’huile fraîche signalent l’entrée dans la pleine saison. À l’intérieur des maâssras, un rituel demeure immuable. Autour de tables improvisées, producteurs et visiteurs dégustent l’huile nouvelle accompagnée de pain chaud, dans un esprit de partage profondément ancré dans la culture locale.
Cette effervescence s’appuie sur des indicateurs agricoles particulièrement favorables. Selon les prévisions de l’Office Régional de Mise en Valeur Agricole de Tadla, la production oléicole régionale devrait atteindre environ 97.700 tonnes au titre de la campagne en cours, soit une hausse de 221 % par rapport à la campagne précédente estimée à 44.000 tonnes. Une performance qui marque la fin d’un cycle de faibles rendements et qui devrait contribuer à une détente des prix de l’huile d’olive sur le marché.
Cette reprise spectaculaire s’explique par une combinaison de facteurs agronomiques. Les précipitations enregistrées au moment de la floraison, associées à des températures hivernales modérées favorables à l’induction florale, ont amélioré la nouaison. Parallèlement, les efforts consentis pour assurer des apports d’irrigation réguliers dans le périmètre du Tadla ont permis de limiter l’impact du stress hydrique, malgré un contexte climatique toujours contraignant.
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Sur le terrain, les professionnels confirment cette tendance. À Fquih Ben Salah, Ahmed Ennahi, gérant d’une unité moderne de trituration, se félicite d’une campagne marquée à la fois par l’abondance et par de bons rendements à l’extraction. Il rappelle toutefois que le volume ne suffit pas à garantir la valorisation de la production. « La qualité de l’huile dépend avant tout de la rapidité de transformation après la récolte », insiste-t-il.
Selon ce professionnel, le stockage prolongé des olives avant le broyage favorise la fermentation, augmente l’acidité et altère les qualités organoleptiques de l’huile. Il souligne également l’importance du lavage et de l’effeuillage avant la trituration, des opérations désormais systématisées dans les unités modernes de la région afin de répondre aux exigences de qualité et de compétitivité.
Au-delà de ses performances techniques, la campagne oléicole joue un rôle social déterminant. La cueillette génère environ 2,5 millions de journées de travail dans la région, dont près de 20 % bénéficient aux femmes rurales. L’olivier s’impose ainsi comme un amortisseur économique essentiel pour des milliers de ménages, consolidant son statut d’« Or vert » et de marqueur identitaire de Béni Mellal-Khénifra.
Des vergers aux unités de transformation, l’olive poursuit son chemin pour devenir un produit central des provisions familiales, la « Oula », mais aussi un présent symbolique échangé entre proches. Porteuse du goût du terroir, l’huile d’olive locale demeure l’expression d’un savoir-faire ancestral adapté aux exigences contemporaines.
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Résilient face à la sécheresse et aux aléas climatiques, l’olivier continue d’incarner l’attachement à la terre et la pérennité des systèmes agricoles régionaux. À Béni Mellal, la campagne actuelle rappelle que lorsque les conditions agronomiques et la gestion de l’eau s’alignent, l’« Or vert » retrouve toute sa valeur économique et symbolique.
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