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Banane Bio: Préparation de la parcelle et Plantation

Préparation de la parcelle et Plantation de la banane en mode biologique.

Le Maroc prévoit d’encourager les filières de production, particulièrement le secteur de l’agriculture biologique. En effet, après le coronavirus (Covid-19), la priorité de la consommation en Europe et d’autres pays va vers ces produits.

Introduite au Maroc depuis les années 40, la culture de la banane a beaucoup progressé au fil des années passant d’une production de 2000 tonnes en 1979 à 335.542 tonnes de bananes en 2019.

Vous trouverez dans ce dossier la conduite en mode biologique de la culture bananière, en particulier les opérations de préparation de la parcelle et de plantation.

Description botanique et variétés

Le bananier (Musa spp) est une herbe géante dont le pseudo-tronc est formé par l’emboîtement des gaines foliaires. Les feuilles sont émises par le méristème terminal de la tige vraie souterraine improprement appelée « bulbe ».

Les nouvelles feuilles se déroulent au sommet du pseudo-tronc et sont donc de plus en plus jeunes en se rapprochant du sommet. Les feuilles, dont la durée de vie varie entre 70 et 200 jours, présentent une surface pouvant aller jusqu’à 2 m2, fournissant ainsi à la plante une surface foliaire importante au moment de la floraison et permettant de canaliser les eaux de pluie (Stover et al., 1987).

Toutefois, la longueur et la largeur du limbe croissent au cours du cycle. Au moment de la sortie de l’inflorescence, il reste 11 à 15 feuilles fonctionnelles (Lassoudière, 2007). Pour un développement correct des fruits jusqu’à la récolte, il faut au minimum 8 feuilles fonctionnelles à la floraison et au moins 4 à la récolte. Le bourgeon situé à l’aisselle de
chaque feuille donne éventuellement naissance à un rejet. À la fin de la phase végétative, le changement de fonctionnement du méristème central provoque la croissance et l‟allongement de la tige vraie au cœur du pseudo -tronc, puis l’émergence de l’inflorescence (Lassois et al, 2009).

Figure : Représentation de l’organisation du bananier et ses rejets

Toutes les variétés de bananes consommables à l’échelle mondiale ont comme origine deux espèces sauvages et sont du genre Musa. Les variétés de bananes à dessert sont du type Musa Cavendish qui comporte 4 principales variétés adaptées à chaque situation culturale:

  • La Grande Naine : variété rustique et productive, très appréciée pour ses qualités commerciales et gustatives. Le pseudo-tronc ne dépasse pas 3 mètres dans les conditions normales de végétation.
  • La Petite Naine : variété plus courte que la précédente, le pseudo-tronc ne dépasse pas deux mètres sous les conditions tropicales. Les limbes foliaires sont larges et courts. Elle est plus sensible à l’excès d’eau. La qualité du fruit, petit et grisâtre, défavorise cette variété par rapport à la précédente.
  • La Williams ; possède des caractéristiques voisines de la Grande Naine. Elle est plus rustique et moins sujette à l’engorgement. Le poids du régime peut être spectaculaire et le fruit est de bonne qualité.
  • La Poyo : appelée aussi Robusta, se distingue par sa taille, géante, qui atteint six mètres. Les feuilles sont plus courtes, ce qui permet d‟adopter des densités plus élevées. Le poids du régime peut être spectaculaire et le fruit de bonne qualité.

Ecologie du bananier

Le bananier est une plante exigeante en eau, sensible aux basses températures et aux vents. Les sols doivent êtres sains, aérés et riches en azote et en potasse.

L’eau

Le sol doit être suffisamment pourvu en eau, les racines n’absorbant aisément que le tiers de la tranche dite habituellement utile. En climat chaud et humide, on considère généralement que les besoins sont couverts avec 125 à 150 mm par mois. Mais l’évapotranspiration maximale peut être élevée et dépasser 200 mm. Les besoins sont plus élevés en régions sèches et chaudes ou en situation très ventées.

La température

L’optimum est voisin de 28 °C (température interne). Au-delà de 35-40 °C, des anomalies surviennent. En dessous de 24 °C, la vitesse de croissance baisse pratiquement de façon linéaire avec la température jusqu’à 15-16 °C. Elle s’annule complètement vers 10-11 °C. Les feuilles jaunissent à des températures de 4-6 °C.

Certains cultivars résistant un peu mieux que d’autres. La souche ne meurt que par gel. Sous les 12 °C les bananes sont déformées et se nécrosent. Les fruits subissent aussi des dommages dans le péricarpe qui présente des tirets noirs en coupe longitudinale (frisures ou pigmentation). Les échanges gazeux sont ralentis et la maturation difficile. Le phénomène se produit au champ mais aussi en cours de transport.

La lumière

Le bananier supporte de fortes insolations, si l’approvisionnement hydrique est satisfaisant.
La nébulosité ralentit la végétation et augmente la taille des rejets. 1500 à 1800 heures d’insolation est un seuil limite et 2000 à 2400 heures sont favorables. Une insolation brutale avec un déficit hydrique provoque le palissement des limbes puis des nécroses (brûlures) notamment sur les jeunes bananiers.

Le vent

Les vents permanents peuvent réduire les rendements ; en cas de vents violents, interdire la culture car ils entraînent des chutes et une cassure de pseudos-tronc. Les vents provoquent également des lacérations des limbes.

Les sols

Les racines étant peu pénétrantes, les sols doivent être meubles et bien aérés. Le manque de structure, le mauvais drainage, la compacité sont des graves défauts pour la culture. Les sols ayant un horizon durci ou gravillonnaire, et ceux dont la nappe phréatique est trop superficielle sont impropres à la culture du bananier. La nappe doit se trouver au moins à 80 cm de profondeur.

Le bananier supporte des pH de 3,5 à 8 mais, en général on tente de l‟emmener à 5,5 et 7,5 par des amendements. Le bananier a des besoins importants en azote (immobilisations : 250 kg/ha ; exportation : 80 kg/ha pour 40 t/ha de régimes) et en potassium (immobilisation : 1 000 kg/ha ; exportation : 240 kg/ha pour 40 t/ha). Les besoins en Mg sont négligeables, ceux en P et Ca relativement faibles.
Les apports d‟azote sont indispensables sauf pour certains sols très organiques. Il en est de même pour le potassium quand les teneurs du sol sont inférieurs à 1 à 2 meq/100 g. Le bananier peut supporter une légère salinité des eaux d’irrigation et du sol : jusqu’à 300 mg/l de NaCl, 1 500 ppm de sels totaux, conductivité électrique inférieure à 0,5 millimohs/cm. (Source : Mémento de l‟agronome, Page 964-965)

Installation de la culture

La réussite de l’installation d’une plantation de bananiers passe par la mise en œuvre de pratiques culturales adaptées, plus particulièrement au niveau de l’assainissement du sol, de la préparation de la parcelle, de l’application de la fumure de fonds, du respect de la densité, du choix du dispositif et de la date de plantation (Ouattar, 1998).

Choix du matériel végétal

La multiplication du bananier se fait par voie végétative par des plants in vitro, appelés vitroplants, ou des plants-rejets prélevés sur les plantations.

– Les plants in vitro

Dans les plantations modernes, on utilise les plants issus de la culture in vitro pour installer de nouvelles bananeraies. Les plants issus de la culture in vitro sont livrés à un stade très jeune et nécessitent un élevage en pépinière avant leur mise en culture. En conditions bien maîtrisées, les vitro-plants permettent, souvent, d’obtenir des rendements supérieurs, à ceux du matériel classique. Une amélioration minimale, de l’ordre de 15 %, des rendements et du calibre des régimes et des fruits est possible en premier cycle, si le sol est bien assaini au préalable et si la disposition des plants est homogène (Ouattar, 1998).

– Les plants issus de rejets

Beaucoup de producteurs continuent à utiliser les rejets prélevés à la base des anciens bananiers. A la base des bananiers plantés, naissent, au cours de l’année, des rejets qui diffèrent selon leur stade de développement. On distingue les souches, les rejets sevrés, les petits rejets baïonnettes et les rejets baïonnettes dont la taille dépasse un mètre et qui possèdent un bulbe fortement renflé à la base. Le petit rejet baïonnette présente l’avantage d’être en général moins infesté de nématodes et de charançons que le matériel plus gros. Les rejets baïonnettes et sevrés repartiront du cœur alors que les souches repartiront après débourrage d’un œilleton. Ces types de plants doivent être impérativement assainis avant utilisation (Ouattar, 1998).

Avant la plantation, les souches et plants prélevés doivent préalablement subir des opérations de désinfection et d’assainissement pour éviter la dissémination des maladies notamment des nématodes, dans les nouvelles plantations.

Les opérations d’assainissement préventives consistent en l’application d’un parage suivi d’un pralinage.

Le parage se fait à l’aide d’un coutelas ou d’un outil tranchant, on procède à l’épluchage du bulbe ou des rhizomes afin de supprimer toutes les racines et les zones nécrosées se trouvant sur la périphérie du plant (galeries formées par les larves de charançons, nécroses dues aux nématodes). Si les bulbes sont douteux, on supprimera aussi les dernières gaines foliaires qui peuvent abriter des œufs de parasites. Dans le cas des souches, le parage permet de ne conserver qu‟un seul œil ou rejet, ce qui facilite son démarrage (Ouattar, 1998).

Le pralinage des plants consiste à les enrober d’une bouillie spéciale préparée la veille de la plantation. Cette bouillie peut être obtenue en mélangeant des grains de neem (Azadyrathta indica) broyés avec du savon (par exemple savon de Marseille) à de l’argile commerciale (Bentolite) et de l’eau. L’argile peut être remplacé par de la tourbe ou du fumier, de préférence désinfecté. Le pralinage permet de retarder l’infestation de 18 mois et de faciliter le démarrage des jeunes plants encore fragiles. Le matériel ainsi traité est maintenu en pépinière jusqu’à la plantation.

Désinfection du sol

Les parcelles susceptibles de recevoir des cultures maraîchères doivent impérativement passer par une désinfection minutieuse du sol car elles sont souvent infestées de champignons nuisibles, d’insectes, de nématodes et de graines de mauvaises herbes ; il en est de même pour le bananier. Ce travail préalable assure des conditions optimums au démarrage de la culture et réduit par la même occasion les frais d’entretien et de protection de la culture les années
suivantes. Les méthodes qui assurent un bon assainissement du sol dans le cas de l’AB sont les suivantes (Ouattar, 1998):
– Assainissement par voie physique, soit insolation soit par dessiccation du sol. Ces méthodes permettent une forte augmentation de la température du sol et par la suite la réduction de la population des parasites.
– Assainissement par submersion : c’est une technique qui consiste à effectuer une inondation temporaire de la parcelle pour créer des conditions d’asphyxie préjudiciables pour les colonies de parasites vivant dans le sol.

La préparation de la parcelle

Le système racinaire du bananier est peu profond. Les travaux du sol doivent assurer un ameublissement profond et une bonne structure du lit de plantation. Le sol doit être meuble, aéré et bien drainé. Pour cela, il faut un labour profond avec arrachage des mauvaises herbes et en particulier le chiendent. Après les travaux préliminaires de labour, il faudra ensuite procéder à la préparation des trous ou des tranchées de plantation (Ouattar, 1998).

La fumure de fond

Lorsque le sol destiné à recevoir la plantation est pauvre en matières organiques, il faut procéder à un redressement de la fertilité du sol. Ainsi, avant l’installation de notre culture, il faut apporter une fumure de fond constitué à la fois d’amendements organiques et d’engrais verts (Ouattar, 1998).
La fumure organique joue un rôle très important dans l’amélioration des rendements. Une quantité de fumier d’environ 100 tonnes par hectare doit être apportée au cours du cycle du bananier. Dans la région subsaharienne, il est préférable d’apporter l’essentiel de cette fumure lors de la plantation dans les trous et les tranchées qui recevront les plants (50 kg par plant). Il est conseillé d’assainir au préalable le fumier car il peut représenter une source d’infestation de mauvaises ; dans le cas où on ne pourrait assainir le fumier il faudrait alors le remplacer
par de la tourbe blonde ou de l’humus industriel (Ouattar, 1998). Les apports organiques doivent être complétés par des engrais organiques de fond tels que : actifs +, le Patenkali ou le 4-8-10. Pour les doses, il faudra suivre les recommandations du vendeur.
Actif+ : amendement organique contenant deux milliards de bactéries, 2,5 % d’azote organique et oligo-éléments.
Patenkali : contient 28 % de potasse et 8 % de magnésie 4-8-10 contient :
– 4 % d’azote
– 8 % de P2O5
– 10 % de K2O
– 3 % de MgO
– 20 % de matière organique

Dans le cas où ces produits ne seront pas disponibles, se renseigner sur la liste des engrais organiques disponibles sur le marché et choisir ceux qui sont en adéquation avec la culture du bananier.

Le mode de plantation

La plantation manuelle est le mode de plantation le plus courant en zone subsaharienne. D’autres pays tels que le Cameroun, l’Amérique centrale ou les Antilles, ont souvent recours à une plantation mécanisée. Il existe deux méthodes pour planter le bananier (Ouattar, 1998).

  • La méthode des trous qui consiste à creuser, dans l‟emplacement réservé à chaque plant, un trou profond sous forme d’un cube de 60 centimètres de côtés (60*60*60 cm). Il faudra veiller à ce que le trou de plantation soit le plus grand possible même si le jeune plant est encore petit.
  • La méthode des trachées qui consiste à creuser, le long de la ligne de plantation, une tranchée de 60 cm de largeur et de 60 cm de profondeur, ce qui permet aux racines des futures plantes de se développer rapidement le long des tranchées et d’exploiter au mieux le sol (Ouattar, 1998).
    Il est conseillé lors de la confection des trous ou des tranchées, de veiller à ce que la terre humifère de surface soit séparée de la terre de fond, moins fertile. Avant la plantation, il faut remettre, au fond du trou ou de la tranchée, de la terre de surface mélangée à une fumure de fonds, ce qui permettra de constituer un monticule sur lequel sera posé le plant. Une fois ce dernier posé, le trou ou la tranchée pourront être rebouchés avec de la terre de surface restant puis avec la terre du fond. Ne pas oublier de tasser légèrement la terre autour du plant
    (Ouattar, 1998).

La date et la densité de plantation

En conditions subsahariennes, la culture peut être installée à n’importe quelle période de l’année grâce à la présence du climat tropical. Néanmoins, les contraintes spécifiques à chaque agriculteur, parmi lesquelles les disponibilités financières, peuvent cependant déterminer la date de plantation.

– La densité de plantation est fonction du cultivar, de l’environnement et de la technicité du producteur. Certains producteurs ont souvent tendance à croire que les fortes densités de plantation améliorent le rendement. Or les résultats de recherche montrent que la culture du bananier est performante lorsque tous les plants sont suffisamment éclairés. Les fortes densités, par le microclimat qu’elles créent, favorisent le développement des champignons, des araignées et des insectes (Ouattar, 1998).

Le dispositif de plantation

Les deux types de dispositifs les plus couramment utilisés sont le dispositif en lignes simples et le dispositif en lignes jumelées. Le choix du dispositif se fera en fonction des techniques culturales qui seront appliquées par la suite (mécanisation, irrigation, contrôle phytosanitaire, haubanage).

– Le dispositif en lignes simples : il porte aussi le nom de dispositif en plantation hexagonale car il permet d’avoir une disposition équilibrée des plantes sur une parcelle ; cette disposition procure une très bonne pénétration et utilisation de l’énergie solaire, une meilleure répartition du système racinaire et une réduction du développement des mauvaises herbes.
Soit (R) l’écartement entre les lignes et (I) l’espacement entre plants sur une même ligne. En pratique, (R) doit être fixé au maximum à 3 m. Les espacements (I) entre plants qui permettent d’obtenir la densité de plantation désirée sont déterminés par la relation (Ouattar, 1998):

Densité/ha = 10 000/ (R*I)

Ce dispositif reste cependant peu adapté à l’haubanage et à la mécanisation du bananier du fait que l’écartement entre les lignes est insuffisant. Nous conseillons alors le dispositif en lignes jumelées, qui offre une plus grande souplesse pour la mécanisation des travaux (Ouattar, 1998).

Tableau : Écartement préconisés pour obtenir une densité voisine de 2200 plants/ha (dispositif en lignes simples)

– Le dispositif de plantation en lignes jumelées : le principe de ce dispositif est de laisser suffisamment d’espace entre les lignes pour faciliter la mécanisation des opérations culturales. En pratique, on plante des lignes jumelles rapprochées de manière à laisser une distance plus grande entre les couples de lignes jumelées.

Soit (r) la distance entre deux lignes jumelées, (R) l’écartement entre deux groupes de lignes et (I) l’espacement entre plants sur une même ligne. L’écartement entre deux groupes de lignes jumelles doit être fixé au minimum à 3 mètres. Les écartements entre lignes (r) et plantes (I) qui permettent d‟obtenir la densité de plantation désirée sont obtenus par la relation (Ouattar, 1998) :

Densité/ha = 10 000*2/ ((R+r)*I)

Ce dispositif de plantation est plus conseillé car il permet la mécanisation de la culture et l’utilisation des tuteurs pour soutenir les régimes à la récolte. De plus, il permet des avantages importants au niveau des économies de main d‟œuvre et de la rapidité de l’exécution des techniques culturales.

Tableau : Écartement préconisés pour obtenir une densité voisine de 2200 plants à l’hectare (dispositif en lignes jumelées)

Rotations conseillées

Les rotations conseillées sont : jachère-banane ; céréales-bananes ; légumineuse-banane.

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