caisses de tomates marocaines
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L’évolution des rendements de la tomate au Maroc

La tomate sous serre est devenue, au Maroc, un marqueur de modernisation agricole et un pilier des recettes d’exportation. Entre intensification technique et pression sur la ressource eau, la question centrale pour la filière est devenue : les gains de rendement observés sont-ils durables, répartis équitablement et compatibles avec la préservation des ressources ? Ce dossier rassemble chiffres officiels, éléments techniques et déclarations publiques d’experts et d’acteurs de terrain afin d’éclairer l’évolution récente des rendements sous serre et les leviers agronomiques qui l’expliquent.

Evolution chiffrée récente et positionnement du Maroc

Les bilans sectoriels publiés pour la campagne 2024/25 attribuent au Maroc une production de l’ordre de 1,68 –1,69 million de tonnes de tomates sur environ 16 300–16 400 hectares, ce qui donne un rendement moyen national déclaré proche de 10,3 kg/m² (soit ≈103 t/ha pour l’ensemble des segments).

Ces valeurs, reprises par médias et synthèses nationales, confirment une progression de la productivité moyenne par mètre carré depuis la période 2018–2022 et positionnent le Maroc au-dessus de la moyenne méditerranéenne pour la production sous serre.

Les exportations ont connu une très forte dynamique : la saison 2024/25 a battu des records (exportations annuelles rapportées par l’Office des changes et compilateurs spécialisés dépassant 600 000 t à fin avril 2025 et des bilans 2024/25 faisant état de 745 000 t exportées sur la saison complète).

Limites, inégalités et risques agronomiques

Le gain moyen masque néanmoins de très fortes disparités. Les exploitations intégrées à la chaîne exportatrice atteignent des performances élevées ; les petits producteurs, eux, restent souvent sur des pratiques traditionnelles et affichent des rendements nettement inférieurs. Les coûts d’investissement et les systèmes automatisés restent un obstacle majeur à la diffusion.

La ressource eau demeure le facteur contraignant majeur. Des enquêtes et reportages sur la région du Souss ont documenté la baisse des nappes et la dépendance au dessalement pour maintenir les volumes exportés. La question du « coût hydrique » est posée : la production intensive sous serre augmente fortement la consommation locale d’eau et, en contexte de sécheresse récurrente, la soutenabilité des rendements maximaux dépendra d’outils d’économie d’eau.

Tableau données Tomate superficie/production (tonnes) – FAO

AnnéeSuperficie récoltée (ha)Production (tonnes)Rendement (t/ha)
196113 800200 00014,49
196515 972325 00020,35
197013 000250 00019,23
197510 935541 50049,52
19808 300400 00048,19
198516 500390 00023,64
199026 014871 83633,52
199513 763623 58045,31
200026 0001 008 90038,80
200522 1001 205 51054,55
201020 5341 433 93769,83
201517 5391 412 38080,53
201815 9551 409 43788,34
201914 8611 347 08590,64
202014 7811 398 83194,64
202114 8751 311 10188,13
202214 9561 388 54292,84
202314 6151 443 47998,76
202416 3741 686 615103,01

Ce que disent les spécialistes

Les gains observés ne sont pas le fruit du hasard mais d’un cumul de pratiques : adoption massive de serres (primeur et cerise), irrigation localisée, conduites en substrat sur certaines exploitations, semences à haute productivité et renforcement de la contractualisation pour l’export. Ces points sont confirmés par des acteurs techniques et institutionnels ayant pris publiquement la parole.

Ahmed Wifaya, chercheur en gestion du climat de stress agricole au centre régional de recherche agronomique d’Agadir (relevant de l’INRA), rappelle à Medias24 en 2023 les limites des serres traditionnelles et le potentiel des nouvelles structures : « Les rendements actuels de la culture de tomate dans des serres canariennes se situent entre 250 et 300 tonnes par hectare. (…)

Raisons agronomiques des gains de rendement observés

Plusieurs facteurs techniques expliquent la hausse moyenne des rendements :

Modernisation des structures et renouvellement partiel des serres : l’évolution des serres canariennes vers des tunnels ou multichapelles améliore la répartition lumineuse et la ventilation, réduisant les poches d’humidité et favorisant une floraison régulière.

Conduites culturales intensives pour l’export : semences hybrides à forte production, taille et conduite optimisées, récoltes échelonnées, tri strict en amont ; la spécialisation (tomate cerise, cocktail, ronde primeur) permet d’atteindre des rendements par m² très supérieurs selon le segment.

Irrigation localisée et fertigation : l’irrigation goutte-à-goutte couplée à la régulation électronique EC/pH et aux systèmes de pilotage permet d’améliorer l’efficience de l’eau et la nutrition, ce qui se traduit par des gains productifs et une meilleure homogénéité des calibres.

Transfert technologique et intégration commerciale : les groupes intégrés investissent dans la maîtrise des cycles et la traçabilité, conditions nécessaires pour accéder et fidéliser les clients européens qui exigent régularité et qualité.

Conséquences économiques pour le producteur et pour la filière

Des rendements plus élevés ne se traduisent pas mécaniquement par de meilleures marges pour tous les producteurs. Entre coûts de production (serres, désinfection, intrants importés, main-d’œuvre) et prix industriels à la production, la capture de la valeur reste inégalement répartie. Les grands exportateurs captent une part substantielle des gains, tandis que nombreux petits producteurs font face à des marges comprimées qui les poussent à diversifier (tomates cerises, fruits rouges) ou à se tourner vers des marchés locaux moins rémunérateurs.

Des rendements en hausse, mais une équation à rééquilibrer

Le Maroc a accompli, au cours des dernières années, un saut qualitatif sur la tomate sous serre : rendements moyens en hausse, structuration exportatrice et adoption d’itinéraires techniques intensifs. Les interviews et témoignages publics analysés montrent que ces gains sont réels et en grande partie liés à la modernisation des pratiques agronomiques et à l’accès à des solutions techniques. Ils mettent aussi en lumière les défis d’équité et de durabilité posés par la rareté de l’eau et les coûts d’investissements. 

Sources

https://www.inra.org.ma/sites/default/files/publications/fichetechniques/tomate.pdf
https://www.inra.org.ma/fr/content/experimentation-sur-le-semis-des-tomates-de-primeur
https://medias24.com/2025/01/14/dans-le-souss-la-tomate-sous-forte-pression/
https://medias24.com/2023/06/01/les-producteurs-de-tomates-lorgnent-vers-les-serres-high-tech-et-esperent-un-soutien-de-letat/
FAO

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