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Le PIAFE au service du Projet agricole QUINOA

Le PIAFE (Programme Intégré d’Appui et de Financement des Entreprises) au service du Projet agricole QUINOA

Par M. Abdelali Gassem, chercheur en investissement et M. Abdelaziz Rhezali, expert en agronomie

Gassem_AbdelaliNotre pays est devenu producteur de quinoa après plusieurs années de recherches et plusieurs études et tests sur la nature des terres mais également sur les climat les plus adaptés à ce type d’agriculture. L’expérience réussie à Rhamna ouvre une piste de développement de l’agriculture marocaine. La première expérience de la production du quinoa au Maroc remonte à 1999 dans la province de Khénifra. Les multiples caractéristiques et qualités nutritionnelles du Quinoa sont derrière l’élaboration de la présente note. Ainsi dans le cadre de la promotion de l’investissement en général et de l’investissement agricole, en particulier, nous avons jugé opportun de mettre en exergue le Programme Intégré d’Appui et de Financement des Entreprises (PIAFE), notamment pour les porteurs d’initiatives d’entrepreneuriat dans la production du Quinoa. Dans ce sens, nous allons d’abord mettre au point le PIAFE (I) avant d’éclaircir ledit programme pour les entrepreneurs agricoles (II).

  1. Le PIAFE : des produits pour un accès aisé au financement

Le Programme Intégré d’Appui et de Financement des Entreprises (PIAFE) a été lancé le 19 octobre 2019 par Sa Majesté le Roi Mohamed VI, à l’occasion de l’ouverture de la session parlementaire d’automne de 2019. Le Souverain a fédéré l’ensemble des parties prenantes de l’écosystème financier et entrepreneurial autour de ce projet, notamment la banque centrale, le secteur bancaire et la caisse de garantie, mais également les jeunes concernés par les projets. Leur effort doit « porter spécifiquement sur le financement de l’investissement, l’appui aux activités productives, pourvoyeuses d’emplois et génératrices de revenus.» comme l’a soulevé SM le Roi.

Ceci porte notamment sur la simplification et la facilitation des procédures d’accès au crédit, l’ouverture sur l’auto-entrepreneuriat ainsi que le financement de la petite et moyenne entreprise (PME).  Ce programme devrait définir trois axes prioritaires, tels que définis par le Souverain. Le premier est de favoriser l’accès aux crédits bancaires au plus grand nombre de porteurs de projets qualifiés, issus de différentes couches sociales, dans l’objectif d’encourager entrepreneuriat et lui assurer les conditions de réussite. Le second est de soutenir les PME exportatrices, notamment vers l’Afrique, en captant une fraction de la valeur ajoutée produite au profit de l’économie nationale. Le troisième axe est la facilitation de l’obtention des prêts bancaires et l’encouragement de l’insertion professionnelle et économique, notamment aux travailleurs du secteur informel.

Ce programme vise à offrir une nouvelle génération de produits de garantie et de financement à destination des TPE, des jeunes porteurs de projet, du monde rural, du secteur informel et des entreprises exportatrices. L’objectif étant de lancer une nouvelle dynamique de rupture à même d’encourager l’entrepreneuriat afin de favoriser l’insertion socio-économique des jeunes, notamment dans le monde rural. Ainsi, trois conventions entre les banques et la Caisse Centrale de Garantie ont été signée, pour la mise en œuvre et l’opérationnalisation des produits suivants :

A – Le Produit de garantie « DAMANE INTELAK »

Ce produit de garantie cible les auto-entrepreneurs, les porteurs de projet et les TPE. Il est sous forme de crédits d’investissement et de fonctionnement dits « INTELAK » destinés aux projets et entreprises en zone urbaine, toutes activités confondues à l’exclusion de la promotion immobilière et de la pêche hauturière. Toutefois, les montants cumulés des crédits d’investissement et d’exploitation ne peuvent pas dépasser 1,2 million de DH par bénéficiaire. L’accès à ces crédits n’exige plus de garantie personnelle, mais plutôt des garanties liées au projet (local, matériel, fonds de commerce). Le taux d’intérêt est préférentiel, il est fixé à 2% (HT) avec gratuité des frais de dossier.

Les crédits d’investissements INTELAK sont destinés au financent des dépenses d’investissement relatives aux projets de création ou d’extension (acquisition de local, de matériel et d’outillage professionnel ou agricole). Ces crédits sont octroyés sur une durée pouvant aller jusqu’à 7 ans. Ils sont remboursables à fréquence régulière selon le cycle d’exploitation de l’entreprise : mensuelle, trimestrielle, semestrielle, ou même annuelle. Quant aux crédits de fonctionnement « INTELAK », ils financent les dépenses de fonctionnement de l’entreprise et les besoins de trésorerie liés à l’activité courante de l’entreprise. Ces crédits de fonctionnement sont octroyés aux bénéficiaires n’ayant jamais disposé d’un crédit de fonctionnement auparavant.

B – Le Produit de garantie « DAMANE INTELAK AL MOUSTATMIR AL QARAWI »

Ce produit cible les petites exploitations agricoles, les TPE, les porteurs de projets et les auto-entrepreneurs du monde rural. Il est destiné aux porteurs de projets et entreprises en zone rurale, toutes activités confondues à l’exclusion de la promotion immobilière et de la pêche hauturière. Ce produit est octroyé à la population cible dans les mêmes conditions d’octroi du crédit « INTELAK » en ce qui est montants cumulés, garanties, à l’exception du taux d’intérêt. Ce produit est accessible à un taux d’intérêt de 1.75% HT avec des frais de dossier gratuits.

C – Le Produit de financement « START-TPE » 

Ce produit est sous forme d’une avance remboursable après une franchise de 5 ans, sans intérêts et sans exigence de sûretés, à destination des TPE, porteurs de projet et auto-entrepreneurs. Il s’agit d’un prêt qui vient en complément au crédit d’investissement et qui permet de financer le besoin en fonds de roulement de démarrage lié à l’investissement. Il peut bénéficier une seule fois à l’entreprise qui a souscrit un crédit d’investissement INTELAK ou INTELAK Al MOUSTATMIR AL QARAWI inférieur ou égal à 300.000 DH. Il est remboursable après 5 ans maximum sauf en cas d’ouverture d’une procédure de liquidation de l’entreprise. Ce prêt gratuit peut atteindre 20% du montant du crédit d’investissement dans la limite de 50.000 DH. En plus du taux d’intérêt et des frais de dossiers gratuits, aucune garantie n’est exigée.

Certes, l’appel royal à ce programme est un gage de réussite, sa mise en place pourrait surmonter les problématiques liées au financement et à l’insuffisance de cohérence des actions. Cependant, le contexte actuel marqué par la propagation de la pandémie du Covid-19, et les mesures prises par notre pays pour en limiter l’ampleur, a retardé son implémentation optimale.

En tout état de cause les deux derniers produits permettraient à l’entreprenariat agricole de se développer dans tous les secteurs, mais surtout dans la production du Quinoa, en tant que typologie agricole rentable.

  1. Le projet Quinoa : des spécificités techniques à respecter pour une rentabilité certaine

Dans un contexte marocain marqué par des sécheresses récurrentes assujetties à un coût de production agricole en perpétuel augmentation et une faible rentabilité de plusieurs spéculations, la réflexion devrait être poussée vers l’urgence de trouver des solutions pérennes. D’ailleurs, l’impact des aléas climatiques est plus prépondérant dans les zones arides du pays où la virulence des sécheresses dégrade davantage le niveau de vie des petits agriculteurs. La culture du Quinoa pourrait être une solution à long terme pour valoriser les terrains agricoles marocains.

Le projet agricole Quinoa est doté d’une attention particulière par les investisseurs marocains et étrangers vue son taux de rentabilité interne qui peut atteindre 40% avec un taux d’actualisation de 5%. A vrai dire, un entrepreneur désirant placer son capital dans le projet Quinoa, se demande de la conduite technique à suivre et des éléments financiers à maitriser afin d’optimiser sa production.

A – La production du Quinoa : une agriculture prometteuse mais exigente

On a annoncé dans les anciennes notes relatives aux projets agricoles que les éléments techniques présentés ne doivent pas être prises à l’aveuglette. En effet, le comportement de la plante change d’un milieu à un autre, ce qui implique la nécessité d’adapter la technicité en fonction des conditions édapho-climatiques.

quinoa_maroc

Du point de vue agronomique, le Quinoa présente l’avantage de tolérer des salinités pouvant aller à 20 ds.m-1 et des sécheresses aigues. Cependant, l’excellence de la productivité requiert une technicité élevée. Pour réussir n’importe quelle culture, il faut toujours penser à éliminer les facteurs limitants. Pour y aboutir, plusieurs mesures s’imposent notamment le bon choix variétal, une stratégie adéquate de la préparation du sol, une date de semis bien calculée, une fertilisation et irrigation raisonnées, et des traitements phytosanitaires respectant les normes.

Le choix variétal est confiné à quelques variétés disponibles sur le marché national.  On trouve les variétés suivantes :

  • Titica : une variété précoce qui s’adapte très bien aux conditions climatiques marocaines.
  • Puno : une variété avec un faible potentiel en rendement grain vu son cycle court.
  • ICBA Q2 : une lignée adaptée pour la production fourragère.

Quant à la date de semis, il peut s’étaler de mi-octobre à mi-novembre. L’objectif d’une date raisonnée est de profiter des pluies hivernales et d’échapper des chaleurs excessives en fin de cycle. Le travail du sol n’est pas un objectif en soi, mais il doit permettre une levée homogène au niveau des champs. A titre d’illustration, sur un terrain avec une précédente jachère, il serait judicieux de procéder par un travail du sol avec un passage croisé du chisel, puis le cover crop et enfin le vibroculteur. La dose du semis doit assurer un peuplement de 350000 peids/ha hectare afin d’escompter un rendement frôlant les 20qx/ha.

Les besoins du quinoa en éléments nutritifs est un sujet encore débattu par les chercheurs. La littérature converge vers un consensus d’opter pour un apport de fumier avant le semis à raison de 10t/ha et de faire recours à une fertilisation fractionnée de N (160kg/ha) ; P (60 kg/ha) et K( 70kg/ha). Il faut noter que les recherches concernant la fertilisation du quinoa ont été initiées par l’école de fertilisation à l’université polytechnique Mohamed VI.

B – Le projet Quinoa : une grande rentabilité à saisir

Ce travail n’a pas procédé à une étude financière du projet agricole Quinoa, du fait que l’objectif est de fournir aux intéressés des éléments de base pour leur aider à prendre une décision quant à l’adoption du projet quinoa. Pourtant, d’après notre expérience dans le domaine, ce projet demeure très rentable, et mérite d’être implémenté sur le terrain, vu ses caractéristiques techniques. Ainsi, le prix de revient moyen de quinoa dans le bour peut atteindre 8000dhs/ha. En année sèche, il faudrait minimiser les charges tout en réduisant l’utilisation des engrais et des traitements phytosanitaires.  Dans les systèmes irrigués, le prix de pompage va augmenter le coût de revient du quinoa (11000dhs/ha). La clé de réussite serait de rentabiliser l’utilisation d’eau d’irrigation par une augmentation significative du rendement.

Avec un rendement de 20 qx/ha, le quinoa pourrait générer une recette pour l’agriculteur de 70000dhs/ha, ce qui est vraiment très intéressant. En comparaison avec le blé qui génère un bénéfice ne dépassant guerre 7000 dhs/ha en très bonne année, le quinoa reste vraiment une culture d’avenir qui peut se substituer graduellement au blé, denrée de base de la société marocaine..

Remerciements : Dossier élaboré par M. Abdelali Gassem et M. Abdelaziz Rhezali

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