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poivrons - photo : DR

Pourquoi le prix du poivron flambe ?

Plusieurs facteurs expliquent la forte hausse du prix du poivron, quels sont-ils ?

Produit de première nécessité pour le consommateur, en particulier pendant le mois sacré du Ramadan, le marché marocain du poivron vécu une importante flambée des prix. Superficies cultivées faibles ou augmentation des prix des intrants, plusieurs autres éléments contribuent à l’augmentation du prix de cette culture, coûtant aujourd’hui 20 DH pour le poivron rouge et jaune, et 9 à 12 DH pour le poivron vert. Nos intervenants nous dévoilent les vraies causes de cette hausse des prix.

La culture du poivron est assez répandue au Maroc, surtout dans la région du Souss, les régions côtières et le Saïs. Cette culture permet d’avoir une production en deux périodes : novembre – mi-Janvier et mars – fin mai. Durant la période de fin janvier à mars, la production est généralement faible, alors que la demande est élevée.

Superficies récoltées et productions de poivrons
Superficies récoltées et productions de poivrons – Source : FAO

Recul de la production en 2020

Selon l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Maroc a cultivé 4 436 ha de poivrons en 2017, engendrant une production de 191 096 T. En 2019, 5 084 ha de poivrons ont été cultivés, pour une production de 24 7609 T. Entre 2017 et 2019, les rendements de la filière ont connu une claire évolution, passant de 43,08 T/ha à 48,70 T/ha.

L’agriculteur a cherché d’autres produits à valeur ajoutée

Or, l’année 2020 a témoigné d’un recul du secteur, en superficies et en rendement. En effet, 4 146 ha de poivrons sont cultivés en 2020, en résulte une production de 143 884 T, soit une baisse de -28% en rendement par rapport à l’année 2019. Les superficies faibles de cette culture ont été interprétées par un des producteurs : « avant, le poivron ne coutait pas cher du tout mais les consommateurs l’abandonnaient. Depuis, l’agriculteur a cherché d’autres produits à valeur ajoutée. »

Rendements des productions en poivron (T-ha)
Rendements des productions en poivron (T-ha) – Source : FAO

Des importations importantes alors que la production marocaine décroit

D’après les statistiques de l’Office des changes, les quantités de poivrons importées par le Maroc ont été très faibles en 2018 (7,3 T). Depuis, les importations de poivrons ont grimpé à 64,3 T en 2020, puis à 15,3 T en 2021. Les valeurs des importations pour ces deux années ont été respectivement 310 143,33 DH, soit 4,8 DH/kg et 103 042,48 DH, soit 6,7 DH/kg. Ces résultats prouvent la demande élevée que connait ce légume pendant les deux années précédentes, accompagnée d’une production faible.

En 2021, la part la plus importante des importations des poivrons a été consacrée à l’Espagne (43 370,48 DH), suivie par la France (59 67 DH).

Importations des poivrons en quantité et en valeur
Importations des poivrons en quantité et en valeur – Source : Office des Changes

Des exportations stables

D’après le Ministère de l’agriculture, les exportations de fruits et légumes frais, réalisées entre le 1er septembre 2020 et le 27 juillet 2021, ont atteint près de 2 millions de tonnes, contre 1,88 million de tonnes durant la campagne précédente à la même date, enregistrant une croissance de 5%. De bonnes performances durant le début de la saison malgré un contexte international difficile caractérisé notamment par les effets de la pandémie liée au Covid-19.

Les petits producteurs qui alimentaient le marché local sont devenus de plus en plus rares

Avec une situation commerciale favorable sur les marchés de destination, la croissance a été particulièrement marquée pour certains produits comme les poivrons et les piments (+20%). Cependant, la croissance de l’export ne signifie pas forcément une autosuffisance locale. « Maintenant, pour pouvoir exporter il faut que le marché local soit d’abord alimenté. Plusieurs réunions ont été tenues, dans ce sens », nous confie notre source.

Les exportations en quantité des poivrons ont connu une stabilité depuis l’année 2018. En effet, selon les statistiques de l’Office des changes, entre 2018 et 2021, le Maroc a exporté une moyenne de 148 607,8 T de poivrons vers une dizaine de destinations. Les exportations en valeur ont connu la même stabilité : 1,5 millions de DH (2018), 1,3 millions de DH (2019), 1,4 millions de DH (2020) et 1,5 millions de DH (2021). Pour le prix du kilo, celui-ci a passé de 9,3 DH/kg en 2018, 9,7 DH/kg en 2019, 9,8 DH/kg en 2020, puis 9,4 DH/kg en 2021.

Au Maroc, « les petits producteurs qui alimentaient le marché local sont devenus de plus en plus rares. Ici, dans la région du sud surtout, tout le monde travaille pour l’export », révèle notre source.

Une flambée des prix sans précédent : les avis divergent

« En tant que consommateurs, nous avons constaté la flambée des prix des poivrons, particulièrement la rapidité et la sévérité de cette augmentation », a déclaré Bouazza Kherrati, Président de la Fédération marocaine des droits du consommateur (FMDC). De 8 DH jusqu’à 30 DH en l’espace d’une semaine, le consommateur marocain s’est trouvé sous le choc de voir un des produits, de première nécessité, devenir inaccessible.

À la date du 21 avril 2022, le prix des poivrons a atteint 20 DH pour le poivron rouge et jaune et 9 – 12 DH pour le poivron vert. « Normalement, le poivron rouge et jaune coûtait de 9 à 10 DH, tandis que le poivron vert coûtait 6 DH », rappelle Abdenbi El Alji, Directeur des marchés de gros à Marrakech.

Le plus malheureux c’est que l’augmentation en question coïncide cette année avec le mois sacré. « Pendant cette période-là, le poivron est devenu indispensable. Tous les gens utilisent les poivrons, surtout dans les pizza pendant le mois du Ramadan », affirme Bouazza Kherrati.

Se posant la question sur cet évènement inattendu, la FMDC se demandait si c’est la demande qui a fait flamber le prix ou c’est autre chose ? La réponse a été claire pour  Bouazza Kherrati : « c’est l’exportation qui est responsable. Le prix du poivron en Espagne a flambé. Par conséquent, les producteurs nationaux profitent de cette opportunité. C’est tout à fait normal. Toutefois, ça ne doit pas toucher le pouvoir d’achat des marocains ».

Le prix des engrais, déjà rares sur le marché, a été multiplié par 3

Pour Abdenbi El Alji, d’autres facteurs expliquent cette hausse des prix. les deux causes principales étant le prix très élevé des engrais et la sécheresse. « L’agriculteur marocain avait auparavant à sa disposition des engrais disponibles sur le marché, à un prix raisonnable. Aujourd’hui, le prix des engrais, déjà rares sur le marché, a été multiplié par 3 », déclare-t-il.

Pire, cette pénurie a créé un nouveau système au sein des marchés de gros. En effet, « le poivron est aujourd’hui un produit sur commande. Si vous ne commandez pas votre quantité 2 jours ou 3 jours à l’avance, impossible de l’avoir », dévoile-t-il.

D’autres causes de la flambée des prix ont été évoquées par un des producteurs : la superficie faible des cultures, l’augmentation des coûts de production et des intrants, la crise liée au Covid-19, ainsi que la guerre actuelle engendrant une augmentation des prix du gasoil et le blocage de certains produits. Plus encore, « les consommateurs créent la pénurie eux même. Au lieu d’acheter 1 kg on en achète 10 kg », explique notre source.

Une flambée des prix épisodique, un retour à la normal prévu pour le poivron

Les marchés étaient bien approvisionnés

Pendant cette période de crise, « nous avons pris acte de la disponibilité des produits agricoles. Les marchés étaient bien approvisionnés mais les prix n’étaient pas à la portée de la bourse du consommateur. La flambée des prix était éphémère. Actuellement, les prix chutent et deviennent à la portée du consommateur », déclare Bouazza Kherrati. Toutefois, Abdenbi El Alji nous assure que « malgré la hausse des prix, le consommateur achète le produit. Tant que le marchand des légumes s’approvisionne en poivron, la demande est donc toujours là. »

S’interrogeant sur l’avenir de la filière, la réponse se veut optimiste. « Le problème du poivron va persister tant que nous souffrons toujours de la sécheresse et aussi longtemps que le prix des engrais ne baisse pas », prévoit Abdenbi El Alji. De son côté, Bouazza Kharrati explique que c’est une question d’offre et de la demande. « Ceci dépend aussi des champs. Actuellement, les poivrons qui existent sont produits sous serre et la production sur champs va commencer. Certainement, les prix vont chuter », conclut-il.

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