La belle histoire des Rouges Flamandes.
La famille de Filouse aurait pu disparaitre de la surface du globe. L’égérie du salon de l’Agriculture, une petite vache à tête noire et robe acajou, appartient aux Rouges Flamandes dont il reste 2.000 individus contre plus d’un million au début du XXè siècle.
Seul l’effort d’une poignée d’éleveurs a permis, envers et contre les grands circuits commerciaux, de maintenir en vie des races moins productives.
L’Institut de l’élevage (Idele) estime à 16 le nombre de ces races à petits effectifs – on disait autrefois «en conservation», mais les éleveurs se sont insurgés contre un terme qui les renvoyait au musée et à la naphtaline, alors que leurs vaches sont bien vivantes au pré et continuent de produire du lait et de la viande.
En trop petites quantités cependant pour s’intégrer à l’agriculture productiviste de l’après-guerre mondiale qui a bien failli avoir leur peau.
Ainsi Filouse produit environ 7.000 litres de lait par an, indique son propriétaire Dominique Macke, quand une Prim Holstein, laitière par excellence, dépasse allègrement à force de sélections les 12.000 litres.
Dans la famille de son épouse entre Lille et Dunkerque, c’est la troisième génération qui s’acharne à conserver des Rouges Flamandes, «pour les racines et le travail des ancêtres», insiste-t-il.
«Mais elle demande aussi moins de soin, c’est une rustique comparée à la Prim Holstein: c’est une deu-deuche quand l’autre serait une Formule 1».
Autrefois, la vache occupait une fonction très polyvalente en fournissant le lait pour la famille et le fromage, des veaux et le travail au champ, résume Lucie Markey, spécialiste des petits effectifs à l’Idele.
«Après la Seconde Guerre mondiale, il fallait nourrir la population, on a joué sur la productivité pour développer l’agriculture. On voulait moins de races et celles orientées sur le lait ou sur la viande». L’arrivée des tracteurs a aussi remplacé la vache de la ferme.
– A la Cour d’Angleterre –
Certaines races ont alors totalement disparu en l’espace de 20 ans, comme la Femeline, dans le Centre.
«Jusqu’au sursaut dans les années 70». L’institut a effectué des inventaires, facilité les contacts entre éleveurs, identifié les taureaux reproducteurs, reprend Lucie Markey.
Ont été alors sauvées des races au bord de l’extinction dont les populations se relèvent à peine: la Mirandaise compte 431 vaches, la Maraichine environ 1.000, la Saonoise 1.430.
Représentées au Salon, elles défileront samedi en clôture du ring des concours, avec la Bretonne Pie Noire, 1.600 vaches.
Agnès et Luc Bernard sont venus avec l’une d’elles depuis la Sarthe. Principalement originaire du Finistère, cette petite race (400 kilos) a commencé à péricliter au 19e siècle. «Pourtant, au 18è, sa viande était réputée pour sa finesse jusqu’à la Cour d’Angleterre» souligne l’éleveuse.
Avec 30 Bretonnes, Agnès Bernard gère aujourd’hui un des principaux troupeaux: «On est six éleveurs à avoir plus de 25 vaches, généralement ils en ont 4 à 5».
La Bretonne Pie Noire, avec ses cornes en lyre, est pour l’heure uniquement reconnue comme laitière, avec une production artisanale de 3.000 à 4.000 litres/an. Les éleveurs se battent pour obtenir sa reconnaissance européenne comme race mixte afin d’obtenir également des aides pour la production de viande.
«Elle donne peu, mais elle est aussi plus frugale: elle mange trois à quatre fois moins qu’une charolaise ou une limousine. On est dans une agriculture différente, mais dynamique».
Lucie Makey affirme qu’on lui pose encore la question: à quoi ça sert, de sauver des vaches de l’extinction? Patrimoine et génétique répond-elle. «Elles sont capables d’apporter un peu de diversité génétique en cas de maladie, ou pour rafraichir des races très sélectionnées dont la productivité, à force, s’émousse».
En 2014, selon l’Idele, cinq races (Prim Hostein, Charolaise, Limousine, Montbeliard et Blonde D’Aquitaine) totalisaient 80% de l’élevage bovin français. Les deux premières ont vu leurs effectifs augmenter respectivement de 32 et 20% sur les dix dernières années.
«Et encore, en France on s’en tire pas mal par rapport à nos voisins», fait valoir la jeune femme.
www.agrimaroc.ma et afp