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Bananes : Gestion durable et raisonnée de la fertilisation

Bananes : Gestion durable et raisonnée de la fertilisation

Après les opérations de préparation de la parcelle et de plantation en mode biologique traitées dans un précédant dossier, l’intensification de la culture du bananier ne peut être accomplie sans la maîtrise et la gestion durable de la fertilisation.

Dans le manuel du mémento de l’agronome, la fertilisation en Agriculture Biologique doit respecter trois principes :

  • L’amélioration de la fertilité du sol
  • L’économie des ressources non renouvelables
  • L’interdiction formelle d’introduire des éléments contaminants dans l’agro-système

Des trois principes ci-dessus découlent les objectifs suivants :

  • Eviter les pertes d’éléments solubles ;
  • Utiliser les légumineuses comme source d’azote ;
  • Ne pas employer des produits obtenus par voie chimique ;
  • Prendre en compte les végétaux et les animaux qui vivent dans le sol
  • Lutter contre l’érosion.

Le bananier est une plante exigeante en fertilisation importante, diversifiée, variable dans le temps et équilibré. Ceci est dû à sa croissance rapide et ses potentialités de rendement très élevé. Pour cela, il faut conduire la fertilisation de manière à répondre aux besoins de la culture tout au long de son cycle de développement.

Les besoins en éléments minéraux de la banane sont importants. Après récolte, une partie de ces éléments retournera au sol dans les résidus de récolte (feuilles, racines), et une autre partie (fruits) va être retirée de la parcelle par la récolte des régimes : c’est ce qu’on appelle les exportations.

Les exportations, qui sont dus aux fruits, sont fonction du niveau de rendement souhaité. Dans tous les cas, la formule suivante permet de déterminer les exportations :

Exportations = Rendement (tonnes/ha) * Teneur en élément (unités/tonne)

Les études ont montré qu’une tonne de banane exporte les éléments minéraux dans les proportions suivantes (Ouattar, 1998):
– Azote (1,2 à 2 unités)
– Phosphore (0,42 à 0,51 P2O5)
– Potassium (5,2 à 7,4 K2O)
– Calcium (0,13 à 0,4 CaO)
– Magnésium (0,18 à 0,53 MgO)

La fertilisation azotée

L’azote conditionne la croissance et le rendement du bananier. La fertilisation azotée est le pivot de toute fertilisation rationnelle, en raison de la quasi-impossibilité pour cette espèce, d’accumuler cet élément. Les jeunes bananiers ont des besoins en azote plus élevés qu’en potassium.
Une carence en azote provoque des malformations végétatives, un ralentissement de la croissance de la plante et une réduction importante du rendement. Par contre, l’excès d’azote, au moment de la différenciation et de l’émission florale, rallonge le cycle, rend les fruits plus sensibles, en particulier aux maladies fongiques, favorise l’apparition de la « rouille de maturité » et réduit la circonférence de la plante. Ces effets dépressifs sont accentués, notamment sur des sols déficitaires en potassium.
Il est conseillé de retenir une norme de 18 unités d’azote par tonne de bananes à produire. Il est indispensable d’apporter cette quantité d’azote si le sol est pauvre en matière organique (cas des sols sableux). Cet élément doit être apporté de manière régulière et les apports doivent être effectués tous les 15 jours, ou à défaut tous les mois, afin de limiter les pertes par lessivage par l’eau d’irrigation. A noter aussi que les besoins en azote du bananier sont élevés pendant la période plantation-émission de la dernière feuille ; de ce fait l’azote doit être renforcé et mis à la disposition de la plante pendant les quatre mois suivant la plantation pour assurer un bon démarrage des plants (Ouattar, 1998).

La fertilisation phosphatée et potassique

Le phosphore joue le rôle de facteur de précocité qui affecte les phénomènes de fécondation, de mise à fruit et de maturité. C’est un élément de qualité. L’exigence du bananier en matière de phosphore est très faible par rapport à l’azote ; mais sa carence en cet élément provoque des troubles de développement végétatif et affecte la qualité de la production.
Seul le phosphore peut être apporté en grande partie en fumure de fond en début du cycle. Cependant, il est préférable de le fractionner en 4 apports.
Le rôle du potassium pour la floraison et la croissance foliaire est essentiel. Les besoins en cet élément sont plus élevés que ceux de l’azote. Le potassium améliore la croissance de la plante (en augmentant la surface foliaire et la hauteur) et les caractéristiques des régimes (nombre de mains par régime, nombre de doigts par main et taille du fruit). Le potassium favorise aussi la précocité de production et sa carence se manifeste souvent lors de la floraison par le jaunissement très rapide des feuilles de rangs 5 et 6 qui prennent une coloration jaune-orangé et la rupture des nervures foliaires. Nous conseillons d’apporter cet élément de manière régulière et les apports doivent être effectués tous les mois afin de limiter les pertes dues au lessivage par l’eau d’irrigation.

La fertilisation en oligo-éléments

Certains éléments fertilisants, souvent négligés par les producteurs, sont aussi essentiels à la culture et conditionnent l’efficience de tout plan de fertilisation ; ces éléments sont le magnésium, le calcium, le soufre, le bore, le zinc et le manganèse.

La carence en magnésium provoque la chlorose des vieilles feuilles qui s’étend des marges foliaires vers la nervure centrale. Elle s’accompagne d’un dégagement d’une odeur de putréfaction. La chlorose magnésienne s’intensifie lors de déséquilibres entre le magnésium et le potassium.
Le calcium est nécessaire à l’élasticité des cellules et donc à leur allongement. Une déficience en calcium entraîne un rabougrissement végétatif, un aspect tourmenté des gaines foliaires, une altération des racines et un épaississement des nervures. Sa carence affecte peu le rendement mais agit en détériorant irrémédiablement la qualité des fruits ainsi que leur valeur commerciale.
Le soufre étant très peu mobile dans la plante, un déficit en cet élément se manifeste par des symptômes au niveau des organes les plus jeunes. Les feuilles qui apparaissent accusent du retard au niveau de la coloration et restent de couleur jaune pâle pendant une période plus ou moins longue avant de prendre leur coloration verte normale.
Le bore, lorsqu’il est en quantité insuffisante, entraîne des déformations morphologiques très accentuées sur les jeunes feuilles : limbes foliaires fortement et irrégulièrement réduits, ondulation des marges, accélération des chloroses internervaires et développement des striations perpendiculaires aux nervures secondaires sur la face inférieure des feuilles. Une carence très accentuée en bore inhibe complètement la croissance.
Le zinc, quant à lui, fait souvent défaut au bananier, notamment sur des sols calcaires particulièrement sensibles. Une carence très accentuée se manifeste par une chlorose généralisée du limbe des jeunes feuilles accompagnées d’une ponctuation blanche se détachant sur fond jaune pâle. Les feuilles deviennent pointues, très allongées, de tailles réduites et se regroupent sous forme de rosette.
– La carence en manganèse apparaît par une chlorose marginale qui se développe sur les nervures transversales principales et qui donne une couleur plus verte aux espaces internervaires. On parle de « chlorose en peigne marginale » du fait que la feuille prend un aspect strié à partir des bords.

Le tableau suivant donne une idée sur les doses recommandées pour les principaux éléments fertilisants en fonction de l’objectif de rendement.

Tableau : Doses recommandées pour les principaux éléments fertilisants en fonction de l’objectif de rendement.(Ouattar S.)

Le mode d’apport des engrais dépend du type d’engrais organique utilisé. Dans tous les cas, se référer au mode d’emploi et aux conseils du vendeur.

NB : Avant toute fertilisation, il est recommandé de faire une analyse du sol afin d’en déterminer le niveau des éléments minéraux qu’il contient et ainsi de juger par rapport aux quantités supplémentaires à apporter.

Contribution à l’élaboration d’un guide sur la conduite technique de cultures d’origine tropicale en mode bio

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