L’avocat s’est imposé en moins d’une décennie comme l’un des fruits les plus dynamiques du commerce mondial. Portée par une demande soutenue et par un engouement marqué pour les régimes alimentaires valorisant les matières grasses végétales, la filière a connu une croissance soutenue dans plusieurs régions productrices. Mais cette expansion rapide pourrait désormais annoncer une nouvelle phase du marché, marquée par un risque de saturation et une pression accrue sur les prix au sein de l’Union européenne, premier importateur mondial.
L’Europe a longtemps bénéficié d’un approvisionnement structuré en provenance de l’Amérique latine, principalement du Pérou, du Chili et du Mexique, avant de voir émerger de nouveaux acteurs. Ces dernières années, des pays comme la Colombie, la République dominicaine, le Kenya ou encore le Maroc ont renforcé leurs positions. Les plantations ont progressé à un rythme accéléré dans plusieurs de ces zones, soutenues par des conditions agroclimatiques favorables et par des stratégies nationales orientées vers l’export. Cette multiplication des bassins de production a contribué à élargir l’offre mondiale et à rendre les périodes de pénurie de moins en moins fréquentes sur les marchés européens.
Dans ce contexte, plusieurs acteurs de la filière évoquent de manière récurrente un risque d’arrivée à maturité du marché. L’avocat n’est plus un produit de niche ; il est devenu un fruit de consommation courante dans une grande partie de l’Europe du Nord et de l’Ouest. Les distributeurs y ont structuré des gammes complètes, les importateurs ont renforcé leurs infrastructures et la segmentation par qualité ou par origine s’est développée. Mais cette structuration, qui a soutenu la croissance pendant de nombreuses années, pourrait désormais limiter les possibilités d’expansion rapide de la demande.
De nouvelles plantations partout dans le monde.
La progression continue des plantations dans plusieurs régions du monde pourrait ainsi entraîner une pression accrue sur les prix. Lorsque de nouveaux vergers entrent en production, leur montée en régime se traduit souvent par une hausse significative des volumes exportables, alors même que la consommation européenne commence à atteindre une forme de plateau dans certains marchés matures. Les opérateurs européens observent déjà une concurrence plus vive entre origines durant les périodes de pic, avec des arrivages plus rapprochés et une capacité logistique renforcée dans les zones exportatrices.
Pour les pays émergents dans la filière, cette situation représente un défi particulier, notamment lorsque les coûts logistiques ou la distance aux marchés européens limitent la marge de manœuvre. Les origines historiquement établies disposent d’avantages compétitifs en termes de volumes, de contrats long terme ou de capacité de calibrage. À l’inverse, les nouveaux entrants doivent soutenir un niveau de qualité constant et maîtriser les coûts de production pour rester compétitifs dans un marché de plus en plus exigeant.
Tableau 1 — Production mondiale d’avocats (sélection de pays, 2023, tonnes)
| Rang | Pays | Production 2023 (t) | Part du total mondial (%) |
|---|---|---|---|
| 1 | Mexique | 2 973 344 | 28.408 % |
| 2 | Colombie | 1 085 766 | 10.374 % |
| 3 | République dominicaine | 1 016 835 | 9.715 % |
| 4 | Pérou | 982 559 | 9.388 % |
| 5 | Indonésie | 874 046 | 8.353 % |
| 6 | Kenya | 542 278 | 5.182 % |
| … | … | … | … |
| 15 | Maroc | 118 666 | 1.134 % |
| Total mondial (FAOSTAT, 2023) | 10 466 560 | 100 % |
Les parts (%) sont calculées sur la base du total mondial FAOSTAT 2023 = 10 466 560 t (arrondi public).
Sources : FAOSTAT (compilation publique) / synthèses sectorielles.
Dans ce paysage en recomposition, le Maroc occupe une place spécifique. Le Royaume s’est positionné ces dernières années comme un fournisseur fiable de l’Europe, en particulier grâce à des zones de production en expansion et à une fenêtre d’exportation complémentaire de celle de l’Amérique du Sud. Les opérateurs marocains misent sur la qualité, la maîtrise de l’irrigation et l’adaptation variétale pour consolider leur place. Mais eux aussi pourraient être affectés par une éventuelle baisse des prix en Europe si l’offre mondiale continue de progresser plus vite que la demande. La compétitivité passera alors par l’efficience technique, la réduction des pertes post-récolte, l’amélioration des itinéraires culturaux et la valorisation de créneaux logistiques rapides.
Vers quelle tendance ?
Les distributeurs européens, eux, s’interrogent sur la résilience de la consommation dans un contexte d’inflation et de changement des habitudes alimentaires. Si l’avocat reste un fruit très présent dans la restauration et dans les rayons des enseignes spécialisées, la croissance annuelle n’est plus aussi soutenue que lors des années où la tendance « healthy » dominait les réseaux sociaux et les comportements d’achat.
Face à ces évolutions, les experts de la filière s’accordent sur un point : la prochaine phase du marché mondial de l’avocat pourrait être marquée par une plus grande volatilité des prix et une concurrence accrue entre origines. L’Europe, premier débouché mondial, sera au centre de cet ajustement. Pour les exportateurs, l’enjeu consistera à sécuriser les marges, optimiser les chaînes logistiques et renforcer la différenciation, tandis que les producteurs devront miser sur la qualité et la durabilité pour préserver leur compétitivité.
Le marché de l’avocat entre ainsi dans une période charnière. Après une décennie de croissance soutenue, l’heure est à l’équilibre entre une offre mondiale en forte progression et une demande européenne qui se stabilise. Les années à venir montreront si le marché parvient à absorber l’ensemble de ces nouveaux volumes ou si une pression durable sur les prix s’imposera aux producteurs.
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