Les récentes précipitations enregistrées dans la province de Safi marquent un tournant attendu par les agriculteurs après plusieurs campagnes dominées par le déficit hydrique. Dans la commune de Labkhati, à une soixantaine de kilomètres de Safi, les paysages agricoles ont rapidement changé de visage. Les céréales lèvent de manière homogène, les pâturages se régénèrent et le moral des exploitants s’améliore, nourrissant l’espoir d’une campagne 2025-2026 nettement plus favorable.
Selon Khadija Lamsalek, cheffe du service des statistiques et de la protection sociale à la Direction provinciale de l’Agriculture de Safi, la saison avait débuté sous le signe de l’incertitude en raison d’un retard pluviométrique. La situation s’est inversée à partir de la fin novembre avec des cumuls atteignant 297 mm. Elle précise que ces apports représentent « une hausse de 325 pour cent par rapport à la saison précédente et de 50 pour cent par rapport à la moyenne des 35 dernières années ». Cette amélioration hydrique a directement influencé la dynamique des semis.
Les superficies emblavées dépassent désormais les objectifs programmés. Plus de 160.000 hectares de céréales d’automne ont été semés, auxquels s’ajoutent environ 8.000 hectares de légumineuses, 17.000 hectares de cultures fourragères et près de 5.000 hectares de maraîchage d’automne et d’hiver. Ces chiffres devraient encore progresser avec l’installation des cultures de printemps et d’été. Pour les professionnels de la filière, cette extension des surfaces traduit un regain de confiance des producteurs, encouragés par des réserves hydriques plus confortables.
Les retombées positives concernent également l’élevage. La reconstitution rapide des parcours améliore la disponibilité fourragère naturelle. Khadija Lamsalek souligne que cette situation devrait contribuer à alléger les charges liées à l’alimentation du bétail et à soutenir la productivité du cheptel, dans un contexte où la maîtrise des coûts demeure un enjeu majeur pour les éleveurs, notamment à l’approche de l’Aïd Al Adha. Parallèlement, la recharge des nappes phréatiques et des retenues de surface sécurise les systèmes irrigués, y compris les exploitations équipées en goutte à goutte, et renforce les perspectives de production maraîchère estivale destinée aux marchés.
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Au-delà de l’effet immédiat des pluies, la province de Safi poursuit la diffusion de pratiques agricoles plus résilientes. Le développement du semis direct constitue un axe structurant de cette stratégie. Cette technique d’agriculture de conservation vise un objectif de 57.000 hectares à l’horizon 2030. À ce jour, 19 semoirs acquis par le ministère de l’Agriculture ont été mis à la disposition de coopératives, en particulier de jeunes entrepreneurs agricoles, avec un accompagnement technique assuré par les services provinciaux.
Sur le terrain, les premiers retours sont jugés encourageants. El Mokhtar Ghenbaz, agriculteur à Labkhati, considère que le semis direct représente « une véritable avancée pour le secteur agricole local ». Il met en avant une meilleure rétention de l’eau dans le sol, une amélioration progressive de la fertilité grâce à la matière organique et une préservation de la structure des horizons superficiels. Sur le plan économique, il estime l’économie à près de 1.200 dirhams par hectare, liée à la réduction des travaux du sol et à une utilisation optimisée des semences, limitée à environ 110 à 120 kilogrammes.
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L’exploitant insiste également sur les bénéfices environnementaux de cette approche, qui contribue selon lui au maintien du carbone dans les sols, à la lutte contre l’érosion et à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. L’encadrement technique fourni par les services du ministère est perçu comme un facteur clé pour sécuriser l’adoption de ces innovations.
Portée par des sols réhydratés, des cultures en développement actif et des pâturages revitalisés, la province de Safi aborde ainsi la campagne agricole avec un optimisme mesuré. Les conditions actuelles offrent une opportunité de consolider la résilience des exploitations et de renforcer la stabilité économique du monde rural, dans un contexte où la gestion durable de l’eau et des sols reste au cœur des priorités agricoles.
Avec MAP
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