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dimanche 5 février 2023
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3 questions à Jaouad Bahaji, DG de l’ONCA

Jaouad Bahaji, DG de l’ONCA s’est confié sur l’importance du conseil agricole au Maroc.

Le directeur général de l’Office national du Conseil agricole (ONCA), Jaouad Bahaji, revient dans une interview accordée à la MAP, sur l’importance du conseil agricole et les axes sur lesquels l’Office se concentre actuellement pour accompagner l’agriculteur.

Tout d’abord, en quoi consiste le conseil agricole ?
Jaouad Bahaji : Le conseil agricole a toujours été considéré comme étant l’un des instruments les plus importants de la politique agricole marocaine. Il contribue au développement des multiples facettes de l’agriculture, telles que l’accompagnement des agriculteurs et agricultrices et leurs organisations professionnelles, la modernisation de l’agriculture et l’amélioration de la productivité des agriculteurs.

Pour parler du conseil agricole, il convient de mentionner la Stratégie nationale du Conseil agricole (SNCA), qui constitue, depuis 2010, l’ossature du dispositif de conseil et d’accompagnement des producteurs.

Elle a été élaborée dans le cadre de la mise en œuvre du PMV, et vise à mettre en place un conseil agricole territorialisé, fondé sur une approche de résultats et d’impacts. Cette stratégie est venue avec l’objectif de redynamiser le rôle de l’Etat, réguler et développer le conseil agricole privé et de responsabiliser les acteurs du dispositif du conseil agricole.

Pour le volet organisationnel, l’ONCA a été conçue de façon à répondre aux missions du conseil agricole et pour assurer une bonne intégration de l’Office dans son environnement institutionnel.

Ceci se fait bien évidemment en respectant le découpage géographique des entités décentralisées du ministère de l’Agriculture et des Chambres d’Agriculture, en mutualisant les moyens matériels entre les entités régionales de l’ONCA et les entités décentralisées du ministère. Nous sommes présents sur l’ensemble du territoire national, et comptons actuellement plus de 300 Centres de Conseil Agricole, 50 services provinciaux, 12 directions régionales en plus de 3 directions centrales et de la direction générale.

En effet, l’objectif principal a toujours été de mettre en œuvre un dispositif territorialisé de conseil agricole de proximité, adoptant une approche de gestion basée sur les résultats et l’impact, bien évidemment avec des objectifs bien cernés. Pour ce faire, nous avons intégré une approche territoriale du conseil agricole pour évaluer pertinemment le potentiel et les besoins.

En détail, nous visons à l’horizon de 2025 l’accompagnement et l’identification et cartographie des idées de projets d’environ 20.100 jeunes et femmes (dont 25% sont des femmes) et l’élaboration de 10.000 plans d’affaires (dont 25% sont des femmes).

C’est un fait, la stratégie « Génération Green 2020-2030 » vise à donner la priorité à l’élément humain. Cela me rend fier de partager avec vous, que nous nous inscrivons pleinement dans cette logique avec comme objectif de soutenir l’entrepreneuriat des jeunes.

En détail, nous visons à l’horizon de 2025 l’accompagnement et l’identification et cartographie des idées de projets d’environ 20.100 jeunes et femmes (dont 25% sont des femmes) et l’élaboration de 10.000 plans d’affaires (dont 25% sont des femmes).

Ce chantier a permis d’accompagner des jeunes et des femmes porteurs d’idées de projets d’entrepreneuriat agricole, de promouvoir l’inclusion des jeunes dans des activités entrepreneuriales liées à l’agriculture, et de permettre aux petites et moyennes entreprises opérant dans des chaînes de valeur modernes de produire et commercialiser des produits à valeur ajoutée.

Il va sans dire que l’adaptation des agriculteurs aux évolutions en cours leur impose d’élever leur niveau de professionnalisation, en particulier pour saisir les opportunités du marché et assurer une progression significative du revenu monétaire agricole.

Cela implique pour eux d’avoir accès à des services de proximité qui leur permettent une meilleure maîtrise de la production et de son environnement, dont l’accès aux marchés, une réduction significative des risques économiques et l’acquisition de compétences nouvelles.

Pour mener à bien l’opérationnalisation des axes de la stratégie ‘ »Génération Green 2020-2030″’, nous avons lancé le Programme National de Création des Coopératives Agricoles de Nouvelle Génération (PNCCA-NG).

Conscient de l’enjeu que représente le digital pour le secteur agricole, et afin de répondre aux exigences du secteur, nous avons mis en place divers outils de communication numérique en vue d’accroître l’efficience et l’efficacité de notre activité, notamment à travers différents outils qui nous permettent de gérer, transférer et traiter les informations.

Quelle est l’importance du conseil agricole, notamment durant cette période particulière, marquée par des circonstances climatiques et agricoles difficiles?
Jaouad Bahaji : La mondialisation de l’économie et des échanges a changé les règles du jeu, et les exploitations agricoles et familiales font face à une concurrence accrue. De même, les besoins des agriculteurs en services de proximité ne cessent d’évoluer et leur capacité à défendre leurs intérêts au sein des différentes filières est primordiale.

Ainsi, le rôle de l’ONCA est plus que jamais important. Créé en 2013 dans le cadre du PMV, l’Office a pour objectif de piloter, coordonner et suivre la mise en œuvre de la Stratégie Nationale du Conseil Agricole à l’échelle nationale et appliquer la politique du gouvernement en la matière.

Comme vous le savez, l’essence même de l’activité de l’ONCA consiste à accompagner les stratégies agricoles du pays

L’ONCA assure ainsi, l’accompagnement, l’encadrement et le conseil des agriculteurs, de leurs organisations professionnelles et des professionnels des filières de production agricole grâce à une multitude de techniques de gestion, d’exploitation, de production et de valorisation.

Comme vous le savez, l’essence même de l’activité de l’ONCA consiste à accompagner les stratégies agricoles du pays, notamment le PMV (2008-2020) dont le but était de moderniser l’agriculture et d’ériger le secteur agricole en véritable levier du développement socio-économique au Maroc.

Aujourd’hui, avec la stratégie agricole « Génération Green 2020-2030 », nous sommes dans cette même logique avec une optique de consolidation d’un ensemble d’acquis du PMV, qui a réalisé des résultats remarquables en termes de croissance et de durabilité du secteur agricole. Pour ce qui est de la variabilité climatique, il convient de dire que ceci a toujours constitué une contrainte au développement du secteur agricole au Maroc.

En effet, face à la situation difficile de ressources hydriques qui ne cesse de s’aggraver, l’économie et la productivité d’eau est désormais un axe incontournable de la nouvelle politique de l’eau du Maroc.

Dans ce contexte, nous nous conformons à la vision globale du ministère de l’Agriculture qui œuvre pour le développement d’une agriculture durable et résiliente aux changements climatiques par le dédoublement de l’efficacité hydrique et d’économie de l’eau d’irrigation, ainsi que l’utilisation des techniques de conservation du sol.

Il s’agit essentiellement des actions prévues dans le cadre de la stratégie agricole « Génération Green 2020- 2030 » et du « programme national d’approvisionnement en eau potable et en eau d’irrigation » (PNAEPI).

Encore une fois, en tant qu’accompagnateur du PMV et de la Génération Green 2020-2030, nous déployons des efforts considérables en matière de sensibilisation des agriculteurs sur l’intérêt de l‘économie d’eau et l’adoption de bonnes pratiques pour améliorer la productivité de leurs cultures et ainsi de faciliter leurs organisations dans le cadre des Associations d’Usagers de l’Eau Agricole (AUEA).

Plus précisément, nous tentons aussi fort que possible d’adopter des stratégies d’adaptation et d’atténuation qui permettraient de se doter d’un modèle de gestion inclusif et durable.

Concrètement, nous avons mis en place un certain nombre d’actions qui se sont traduits par un total de 34 périmètres Programme national d’économie d’eau en irrigation (PNEEI) et Programme d’Extension de l’Irrigation (PEI) qui ont fait l’objet d’accompagnement, totalisant 2.565 actions de conseil agricoles qui ont été réalisées, au profit de 14.712 agriculteurs et agricultrices, et ce au titre de l’exercice 2021.

Nous sommes pleinement inscrits dans ce chantier de développement d’une agriculture durable et résiliente aux changements climatiques. Cela est prouvé par le fait que nous mettons en place des approches d’intervention innovantes qui facilitent la diffusion démultipliée des technologies, des innovations et des bonnes pratiques agricoles.

Je pense notamment aux Farmers Field Schools (FFS) communément appelées écoles aux champs, qui s’adressent à des producteurs- trices formateurs-trices et aux coopératives. Ici encore, nous veillons à ce que nos conseillers agricoles soient dotés d’outils didactiques actualisés pour encadrer et former les agriculteurs sur les nouvelles approches développées conformément aux priorités d’éco-efficience et de résilience au changement climatique de la stratégie « Génération Green 2020-2030 ».

Il s’agit principalement d’outils documentés d’itinéraires techniques mais aussi de réglementation sur des questions de conservation environnementale (protection des sols), l’adoption de pratiques agroécologiques, biologiques, la gestion de l’eau économique par les associations d’usagers, l’intégration et la protection des espaces agricoles.

A mon sens, le déploiement d’une agriculture climato-intelligente induira des changements fondamentaux notamment pour faire face aux changements climatiques. En effet, l’agriculture climato-intelligente est devenue la « nouvelle norme » et nous avons fait le choix de se positionner dans ce créneau.

Pour ce faire, nous mettons le focus sur le renforcement des capacités permettant l’émergence d’une nouvelle génération de conseiller(e)s agricoles, de jeunes agriculteurs et agricultrices formé(e)s, d’organisations agricoles organisées autour d’interprofessions performantes et des services axés à la fois sur la digitalisation et les solutions adaptées aux écosystèmes, durables et innovantes.

Quels sont les axes sur lesquels l’ONCA se concentre plus actuellement pour accompagner l’agriculteur, particulièrement face à une situation de stress hydrique ?
Jaouad Bahaji : Le Maroc étant de plus en plus confronté au déficit hydrique causé par une sécheresse structurelle, l’adoption et le déploiement des approches d’adaptation combinant les techniques et pratiques culturales permettant de mieux valoriser la goutte d’eau est une orientation essentielle de « Génération Green ».

En tant qu’établissement qui assure l’offre publique de conseil agricole, nous sommes présents sur le terrain et ce, dans les 12 régions de Royaume munis de nos « soft skills » et « hard skills » qui nous permettent de se rapprocher de nos agriculteurs et agricultrices en vue de leur inculquer les bonnes pratiques agricoles afin d’évoluer vers le développement d’une agriculture résiliente et durable capable de face à cette situation de stress hydrique. Je pense notamment à nos actions de conseil (visite de terrain, FFS…).

Cela me mène à vous parler du semis direct des céréales, l’un des packages technologiques qui a montré son efficacité dans les zones arides et semi-arides.

A titre de rappel, le ministre de l’Agriculture a lancé en novembre 2021, le programme national de promotion du semis direct des céréales qui vise à améliorer la résilience du secteur face aux changements climatiques. A l’horizon 2030, ce programme ambitionne d’augmenter graduellement la superficie pour atteindre une superficie de 1 million d’hectares de céréales en semis direct, partant d’une superficie de moins de 30.000 ha actuellement.

La mise en œuvre de cet important programme sera accompagnée par un certain nombre de mesures, notamment des incitations dans le cadre du Fonds de Développement Agricole (FDA) pour l’acquisition des semoirs de semis direct, le renforcement des actions de conseil agricole à travers les plateformes de démonstration, les écoles aux champs et la formation des conseillers et des agriculteurs. Il s’agit également d’encourager et d’accompagner à la création de sociétés de prestation de service.

Par ailleurs, et depuis l’adoption du PMV, l’agriculture irriguée est entrée, dans une nouvelle ère, celle de la rationalisation et de la valorisation de l’eau d’irrigation. Ainsi, une politique volontariste de généralisation des techniques d’irrigation économes en eau et de valorisation de l’eau agricole a été adoptée et déclinée notamment à travers le Programme National d’Economie d’Eau en Irrigation (PNEEI), le Programme d’Extension de l’Irrigation (PEI) et le Programme de réhabilitation et de sauvegarde des périmètres de Petite et Moyenne Hydraulique (PMH).

Actuellement, nous sommes à la deuxième phase du PNEEI (dans le cadre du programme Génération Green 2020-2030) qui est un programme ambitieux de modernisation des exploitations agricoles visant à augmenter la productivité de l’eau et à améliorer les services d’irrigation, qui vient suite à deux programmes, à savoir le PROMER et le PMGI, permettant d’intégrer les leçons tirées de ces projets précédents.

Aujourd’hui, nous sommes dans une logique de renouvellement et d’amélioration de l’accès au conseil agricole et aux technologies modernes d’irrigation dans les zones irriguées ; je vous parle ici d’une vision long terme dans laquelle nous nous inscrivons actuellement, et qui vise l’encadrement des agriculteurs dans leur conversion vers une irrigation plus économe en eau, ainsi que la professionnalisation de leurs exploitations leur permettant de générer des revenus substantiels.

Autrement dit, notre volonté et notre vision est de créer les conditions favorables pour assurer des services de conseil agricole continus et durables pour les grands systèmes d’irrigation.

Mais encore, nous œuvrons à soutenir les AUEA et les agriculteurs, avec un accent particulier sur les femmes et les jeunes agriculteurs, dans l’accès et la gestion de technologies d’irrigation améliorées.

MAP

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